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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300344

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300344

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAide sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a examiné deux requêtes de Mme F H contestant des décisions de la commission de recours amiable de la CAF du Var du 6 janvier 2023, relatives à un indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 150 euros (requête n°2300344) et à un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 8 637,39 euros (requête n°2301080). La requérante invoquait notamment des vices de forme (absence de signature, méconnaissance des articles L. 212-1 du CRPA et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale), un défaut de procédure contradictoire, et une erreur d'appréciation sur sa résidence en France. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que les décisions attaquées étaient régulières et fondées, et a confirmé le bien-fondé des indus au regard des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, ainsi que des textes applicables aux aides exceptionnelles de solidarité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 2 février 2023 sous le numéro 2300344, Mme F H, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var a rejeté son recours du 26 octobre 2022 en contestation d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ001) d'un montant de 150 euros pour le mois de mai 2020 notifié par courrier du 12 octobre 2022 et de la décharger du paiement de cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var la somme de 2000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA) car elle n'est pas signée ;

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles (A) a été méconnu en ce que l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité a été récupéré sur d'autres prestations à échoir avec lesquelles l'aide exceptionnelle de solidarité ne se confond pas ;

- le retrait de la décision d'attribution de l'aide exceptionnelle de solidarité est intervenu en l'absence de toute procédure contradictoire ;

- la décision contestée procède d'une erreur de droit et d'appréciation dans la mesure où la CAF du Var s'est abstenue d'examiner la réalité de sa situation alors qu'elle a conservé sa résidence stable et effective en France, au sens des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles et que la CAF du Var avait connaissance de ses absences du territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.

Elle ne soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2024, le département du Var a conclu à son incompétence pour défendre en matière d'aide exceptionnelle de solidarité.

II- Par une requête enregistrée le 11 avril 2023 sous le numéro 2301080, Mme F H, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Var a rejeté son recours du 28 octobre 2022 en contestation d'un indu de revenu de solidarité active (INK001) d'un montant de 8 637,39 euros pour la période du 1er novembre 2019 au 30 septembre 2022 ;

2°) d'annuler la décision de notification de l'indu de RSA datée du 12 octobre 2022 et prononcer la décharge du paiement de cet indu ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise totale de sa dette de RSA ;

4°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

- la décision du 12 octobre 2022 notifiant l'indu a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle ne précise pas le motif, la nature et le montant de chacune des sommes réclamées ainsi que les voies et délais de recours, en méconnaissance de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

- la décision du 12 octobre 2022 notifiant l'indu a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'indique pas le droit d'option dont dispose l'allocataire entre les retenues sur les prestations à venir et le remboursement de la dette en un seul versement dans le délai de deux mois, en méconnaissance de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;

- au surplus, la décision du 12 octobre 2022 notifiant l'indu ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le directeur de la CAF du Var n'était pas compétent pour statuer le 6 janvier 2023 sur son recours préalable obligatoire contre l'indu de RSA (article L262-13 du code de l'action sociale et des familles) ;

- la décision contestée du 6 janvier 2023 a été adoptée en méconnaissances des articles L311-3-1 et R311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA) relatifs au traitement algorithmique ;

- la décision de la commission de recours amiable du 6 janvier 2023 est entachée de plusieurs vices de forme car, d'une part, elle ne mentionne pas les prénom, nom et qualité de son ou des auteurs, d'autre part n'est pas signée, et le document d'accompagnement notifiant la décision ne peut régulariser ce vice d'autant qu'il est signé par une personne ne justifiant pas d'une délégation en ce sens ;

- elle n'a pas été informée de la mise en œuvre du droit de communication avant la mise en recouvrement en méconnaissance de l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale ni par la CAF ni par le département ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 6-1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, car en dépit du recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé, les droits de la défense ont été méconnus car elle n'a pu présenter ses observations écrites ou orales et n'avait pas reçu communication des pièces sur lesquelles l'administration se fonde notamment les conclusions du contrôleur de la CAF ;

- la décision du 12 octobre 2022 notifiant l'indu a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle ne précise pas le motif, la nature et le montant de chacune des sommes réclamées ainsi que les voies et délais de recours, en méconnaissance de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

- la décision du 12 octobre 2022 notifiant l'indu a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'indique pas le droit d'option dont dispose l'allocataire entre les retenues sur les prestations à venir et le remboursement de la dette en un seul versement dans le délai de deux mois, en méconnaissance de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;

- au surplus, la décision du 12 octobre 2022 notifiant l'indu ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions en litige ne sont pas motivées en droit ni en fait ;

- sur le fond, la décision du 6 janvier 2023 procède d'une erreur de droit et d'appréciation dans la mesure où la CAF du Var s'est abstenue d'examiner la réalité de sa situation alors qu'elle a conservé sa résidence stable et effective en France, au sens des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles et que la CAF du Var avait connaissance de ses absences du territoire français ;

- sa bonne foi est évidente et elle se trouve dans une situation de particulière précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, la CAF du Var, agissant pour le compte du département, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.

III-Par une requête enregistrée le 11 avril 2023 sous le numéro 2301081, Mme F H, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Var a rejeté son recours du 28 octobre 2022 en contestation d'un indu de prime d'activité (IM3 001) d'un montant initial de 4 538,94 euros pour la période du 1er mai 2020 au 31 juillet 2022;

2°) d'annuler la décision de notification de l'indu de prime d'activité datée du 12 octobre 2022 ;

3°) prononcer la décharge du paiement de cet indu ;

4°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise totale de sa dette ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision de notification de l'indu de prime d'activité du 12 octobre 2022 méconnait les articles R.122-9-2 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale car elle ne lui permet pas d'avoir connaissance de la motivation exacte de l'indu, du montant exact de la somme réclamée, du délai imparti au débiteur pour s'acquitter de la somme réclamée, ni de l'existence de son droit d'option ; au surplus cette décision n'est pas signée ;

- la décision de la commission de recours amiable du 6 janvier 2023 est entachée d'un vice de forme car elle ne comprend pas les mentions des prénom, nom et qualité de son auteur ni sa signature et le document d'accompagnement notifiant cette décision ne peut purger ce vice ; en outre il est a été signée par une personne ne justifiant pas d'une délégation en ce sens ;

- la décision rendue le 6 janvier 2023 a été prise en violation des articles L311-3-1 et R311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration relatif au traitement algorithmique ;

- la décision litigieuse méconnaît l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale dès lors qu'il n'est pas démontré que l'agent de la CAF à l'origine de l'enquête de situation ait été assermenté ;

- elle n'a pas été informée par la CAF de la mise en œuvre du droit de communication prévue par l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- la décision est irrégulière car aucun décompte de la créance n'a été produit ; elle ne peut pas utilement contester l'indu en l'absence d'éléments sur les bases liquidatives de la prétendue créance de la CAF ;

- la CAF du Var a pratiqué des retenues sur ses prestations familiales alors que le caractère de l'indu est contesté ;

- en l'absence de procédure contradictoire, elle n'a pas pu bénéficier des droits de la défense ;

-sur le fond, la décision contestée procède d'une erreur de droit et d'appréciation dans la mesure où la CAF du Var s'est abstenue d'examiner la réalité de sa situation alors qu'elle a conservé sa résidence stable et effective en France, au sens des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles et que la CAF du Var avait connaissance de ses absences du territoire français ;

- elle peut prétendre à une remise de dette car elle est de bonne foi et sa situation de précarité l'empêche de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, la CAF du Var conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.

Madame H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 3 janvier 2023 et du 7 mars 2023.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Doumergue et les observations de Mme G, représentant la caisse d'allocations familiales du Var et le département du Var.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme G à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 12 octobre 2022, la CAF du Var a informé Mme H qu'elle était redevable d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ001) d'un montant de 150 euros pour le mois de mai 2020, d'un indu de de RSA (INK001) d'un montant de 8 637,39 euros pour la période du 1er novembre 2019 au 30 septembre 2022 et d'un indu de prime d'activité (IM3 001) d'un montant initial de 4 538,94 euros pour la période du 1er mai 2020 au 31 juillet 2022. Par un recours formé le 26 octobre 2022, Mme H a contesté ces trois indus et a demandé une remise totale de ses dettes de revenu de solidarité active et de prime d'activité. Par les présentes requêtes, Mme H demande au tribunal d'une part, d'annuler la décision du 12 octobre 2022, qu'elle était redevable d'un indu de RSA et de prime d'activité, d'autre part, d'annuler les décisions du 6 janvier 2023 par lesquelles la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Var a rejeté son recours contre les indus d'aide exceptionnelle de solidarité, de RSA et de prime d'activité, puis de la décharger du paiement des sommes en cause et, à titre subsidiaire, de lui accorder la remise totale de ses dettes de revenu de solidarité active et de prime d'activité.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2300344, 2301080 et 2301081 présentent à juger des questions semblables concernant un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions des requêtes tendant à l'annulation de la décision du 12 octobre 2022 relative aux indus de RSA et de prime d'activité :

3. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / (). ". Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. (). ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

4. Mme H conteste la décision du 12 octobre 2022 l'informant de ce qu'elle est redevable d'indus de prime d'activité et de revenu de solidarité active. Toutefois, les décisions prises par la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Var le 6 janvier 2023, suite au recours administratif préalable obligatoire (RAPO) qu'elle a formé contre ces indus, se sont entièrement substituées à la décision du 12 octobre 2022 qui a disparu de l'ordonnancement juridique. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 octobre 2022 sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 6 janvier 2023 relatives aux indus de RSA, prime d'activité et d'aide exceptionnelle de solidarité :

S'agissant de la régularité de l'indu de revenu de solidarité active :

5. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ".

6. Par ailleurs, s'agissant des décisions prises par une autorité administrative de caractère collégial, et sauf à ce que des dispositions régissent leur forme de façon particulière, il est satisfait aux exigences découlant de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que ces décisions portent la signature de leur président, accompagnée des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article. Il ne peut cependant en aller ainsi, en l'absence de toute disposition législative ou réglementaire imposant une présidence au sein de la commission de recours amiable, que lorsque celle-ci a fait le choix de se doter d'un président. A défaut, il ne peut être satisfait aux exigences découlant des dispositions de l'article L. 212-1 que par la signature de la décision par l'ensemble des membres de la commission, accompagnée pour chacun d'entre eux des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article.

7. Il résulte de l'instruction que la décision par laquelle la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Var a décidé, le 6 janvier 2023, de rejeter le recours préalable formé par Mme H le 2 novembre 2022 contre l'indu de revenu de solidarité active, ne comporte aucune signature, ni aucune des mentions prévues par l'article L212-1 précité. Mme H est donc fondée à soutenir que cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L212-1 du code des relations entre le public et l'administration, sans que la CAF puisse utilement faire valoir que cette décision est accompagnée d'une lettre de notification du 10 janvier 2023, signée par M. D I, directeur de la CAF du Var. Par suite, la décision en cause doit être annulée pour ce motif de forme, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens relatifs à la régularité de cette décision.

S'agissant de la régularité de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :

8.Aucun texte n'impose que la contestation d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité soit précédée d'un recours préalable obligatoire comme en matière de RSA et de prime d'activité. En revanche, il est loisible à l'intéressé de présenter un recours gracieux contre l'indu en cause et un recours contentieux, consécutif au rejet d'un recours gracieux, doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

9. Mme H fait valoir que la décision de la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Var du 6 janvier 2023 qui rejette son recours contre l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ/1) est irrégulière car dépourvue de la signature de son auteur. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que ces conclusions doivent être regardées comme dirigées contre la décision initiale du 12 octobre 2022 qui mentionne les prénom, nom et qualité de son auteur, M. D I, directeur de la CAF du Var mais qui est dépourvue de signature. Ainsi cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration précitées au point 5. Par suite, elle doit être annulée pour vice de forme sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens relatifs à la régularité de cette décision.

S'agissant de la régularité de l'indu de prime d'activité :

10. Il résulte de l'instruction que la décision par laquelle la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Var a décidé, le 6 janvier 2023, de rejeter le recours préalable formé par Mme H le 2 novembre 2022 contre l'indu de prime d'activité, ne comporte aucune signature. Mme H est donc fondée à soutenir que cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L212-1 du code des relations entre le public et l'administration, sans que la CAF puisse utilement faire valoir que cette décision est accompagnée d'une lettre de notification datée du 10 janvier 2023, signée par le président de la commission, M. E C. En toute hypothèse, ce courrier d'accompagnement ne mentionne pas la qualité précise du signataire et aucune pièce n'est produite pour justifier de ce que la commission a choisi de se doter d'un président en la personne de M. E C. Par suite, la décision en cause doit être annulée pour ce motif de forme, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens relatifs à la régularité de cette décision.

Sur le bien-fondé des indus :

S'agissant des indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité :

11. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () " Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

12. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée ". Aux termes de l'article R. 842-2 du même code : " Les conditions mentionnées aux articles L. 842-1 et L. 842-2 doivent être remplies par le bénéficiaire de la prime d'activité () : / 1° Chaque mois civil au cours du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit à la prime d'activité ; et / 2° Le mois du droit / () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

13.Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active et de prime d'activité, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger ainsi que ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

14.Il résulte, également, de ces dispositions que la personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active et de prime d'activité en conserve le bénéfice, lorsqu'elle effectue des séjours à l'étranger dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile excède trois mois, pour les seuls mois civils complets de présence en France.

15.Il résulte de l'instruction que lors du dépôt de sa demande de revenu de solidarité active du 11 novembre 2019, Mme H a notamment déclaré à la CAF du Var être hébergée gratuitement chez ses parents depuis le 15 août 2019 à Toulon. Par la suite, la CAF du Var a procédé à un contrôle de la situation de Mme H. Il ressort de ce contrôle et en particulier du rapport d'enquête, établi le 23 septembre 2022, par un contrôleur de cette caisse, dont les mentions conformément aux dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, font foi jusqu'à preuve du contraire que, l'examen des relevés de compte bancaire de la requérante a révélé une utilisation de ses revenus aux Etats-Unis pour les périodes courant du 14 mars au 9 juin 2020, du 26 août au 11 décembre 2020, du 16 mars au 14 juin 2021, du 13 août au 15 décembre 2021, du 8 janvier au 16 mai 2022 et du 2 juillet au 5 août 2022. Cet examen a mis en lumière une utilisation du compte bancaire de la requérante en France pour les périodes courant du 9 juin au 20 juillet 2020, du 3 août au 26 août 2020, du 11 décembre au 31 décembre 2020, 14 juin au 13 août 2021, du 15 décembre au 31 décembre 2021, du 1er au 8 janvier 2022 et du 2 juillet au 5 août 2022.

16.Il résulte ainsi de l'exploitation des comptes bancaires de la requérante, qu'elle a, pour l'année 2020, correspondant à 366 jours, passé 195 jours aux Etats-Unis et 157 jours en France, pour l'année 2021, correspondant à 365 jours, passé 214 jours aux Etats-Unis et 137 jours en France et pour l'année 2022, pour une période correspondant à 222 jours, passé 161 jours aux Etats-Unis et 43 jours en France. Il en résulte que Mme H a séjourné hors de France plus de trois mois par année civile, ainsi qu'elle le reconnaît dans ses écritures. Si pour contester l'indu de RSA mis à sa charge, la requérante soutient qu'elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France, et que la CAF n'a pas vérifié les motifs de ses séjours à l'étranger, ce moyen est inopérant dès lors que l'indu n'est pas fondé sur l'absence de résidence effective et stable mais sur le fait qu'elle a résidé hors de France plus de trois mois par année civile sur la période en cause, quel que soit l'objet de ses séjours en cause. Si elle fait en outre valoir que la CAF ne l'a pas informée des conséquences de la durée de ses séjours à l'étranger sur la perception du RSA et de la prime d'activité, ces circonstances sont sans incidence sur la régularité et bien-fondé des indus. En toute hypothèse, c'est au bénéficiaire de l'allocation de RSA et de la prime d'activité, en application des articles précités R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles et R846-5 du code de la sécurité sociale, de faire connaître aux organismes chargés du service de ces prestations toutes informations relatives à sa résidence. Enfin, si la requérante fait valoir que la CAF et le département du Var étaient informés de ses séjours à l'étranger pour avoir surveillé ses connexions à son compte CAF et enregistré les adresses IP de ces connexions, ces circonstances sont sans incidence sur l'obligation rappelée ci-dessus qui incombe au bénéficiaire desdites allocations de faire connaître aux organismes chargés du service de ces prestations toutes informations relatives à sa résidence.

17.Dans ces conditions, Mme H ne pouvait pas prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active et de la prime d'activité comme si elle avait résidé à l'année en France.

S'agissant de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :

18. Aux termes de l'article 1er du décret n°2020-519 du 5 mai 2020 : " Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ".

19.Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme H n'avait pas droit au bénéfice du revenu de solidarité active au titre de la période du 1er novembre 2019 au 30 septembre 2022. Par voie de conséquence, elle ne remplissait pas les conditions posées par les dispositions précitées pour bénéficier de l'aide exceptionnelle de solidarité au titre du mois de mai 2020.

Sur les conclusions tendant à la décharge des indus :

20.Il résulte des motifs qui précèdent que les décisions du 6 janvier 2023 par lesquelles la commission de recours amiable de la CAF du Var a rejeté ses recours du 28 octobre 2022 en contestation d'un indu de revenu de solidarité active (INK001), de prime d'activité (IM3 001) et d'aide exceptionnelle de solidarité sont annulées.

21.Toutefois, le présent jugement, qui prononce seulement l'annulation de la décision confirmant un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité pour un motif de régularité, n'implique pas de prononcer la décharge de l'indu en cause. Compte tenu du motif d'annulation retenu, tenant au défaut de signature de la décision de la commission de recours amiable, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

22.Par suite les conclusions à fin de décharge des indus de RSA, de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de solidarité doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de remise de dette de revenu de solidarité active et de prime d'activité :

23. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active.() La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration".

24. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

25. Il résulte des motifs du présent jugement que les indus en litige résultent d'omissions déclaratives qui s'opposent à ce que soit regardée comme remplie la condition de bonne foi. Par suite et quelle que soit la situation financière de Mme H, dont il n'est pas allégué, ni même démontré, qu'elle soit précaire, cette dernière ne peut se voir accorder la remise gracieuse de ses dettes faute de remplir les conditions cumulatives de bonne foi et de précarité.

Sur les frais liés au litige :

26. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de Mme H sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 6 janvier 2023 par lesquelles la commission de recours amiable de la CAF du Var a rejeté les recours de Mme H en contestation d'un indu de revenu de solidarité active (INK001), de prime d'activité (IM3 001) et d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ001) sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H, au département du Var et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La présidente-rapporteure, La greffière,

Signé Signé

M. J B

La République mande ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet du Var en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

N° 2300344 ; 2301080 ; 2301081

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