vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300492 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 février 2023 et le 28 mai 2024, Mme A B, représentée par Me De Hantsetters, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2022 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Var a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de rejet de sa demande de carte mobilité inclusion (CMI) mention stationnement ;
2°) de lui accorder la carte mobilité inclusion (CMI) mention stationnement ;
3°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
Elle soutient que son handicap lui impose d'être accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements à l'extérieur, ce qui justifie que lui soit octroyée la carte mobilité inclusion (CMI) mention stationnement.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés en ce que les éléments de son dossier ne font pas apparaître une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant un accompagnement pour chaque déplacement.
Par une décision du 7 février 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Doumergue a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.Mme B a présenté le 5 mai 2022 une demande de carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " qui a été rejetée par le département du Var. Son recours préalable obligatoire du 17 octobre 2022 formé devant la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Var a été rejeté par une décision du 15 décembre 2022. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 15 décembre 2022 et l'attribution de la carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention " stationnement ".
2.D'une part, aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte " mobilité inclusion " destinées aux personnes physiques et délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacement ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limité du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ".
3.D'autre part, aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1° Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité () Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne à un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : -une aide humaine ; -une prothèse de membre inférieur ;-une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; -un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficultés le fauteuil ; -ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie ; 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personnes dans leurs déplacements Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière () S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger. Cette condition n'est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée () ".
4.Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant l'attribution de la carte mobilité inclusion (CMI) mention " stationnement pour personnes handicapées " prévue à l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction actuellement en vigueur, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si l'octroi d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit attribuée la mention " stationnement pour personnes handicapées " sur la carte " mobilité inclusion ".
5.Pour établir que son état de santé justifie l'octroi d'une CMI portant la mention " stationnement ", Mme B fait valoir qu'elle est atteinte d'un trouble du spectre autistique qui entraîne chez elle une anxiété telle que ses déplacements du quotidien s'en trouvent compliqués. Toutefois s'il ressort des certificats médicaux des 28 avril et 6 octobre 2022 que Mme B doit avoir recours à une aide humaine pour ses déplacements extérieurs, ce recours n'est que ponctuel. Ni ces certificats, ni aucune autre pièce médicale produite au dossier n'indiquent que l'intéressée ne peut effectuer aucun déplacement seule. Ainsi, en refusant de lui délivrer cette carte, le président du département du Var n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles et de l'arrêté du 3 janvier 2017 rappelées ci-dessus. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation la décision du 15 décembre 2022, ni la délivrance d'une CMI " stationnement pour personnes handicapées " à la date du présent jugement. Par suite, ses conclusions à fin d'application de l'article L761-1 du code de justice doivent, en toute hypothèse, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Var.
Copie en sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. DOUMERGUE La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
P/le greffier en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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