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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300535

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300535

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDE LA GRANGE & FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 février 2023, Mme A B épouse E, représentée par Me Tahani M'Barek, demande au juge des référés d'ordonner, en application des dispositions de l'article R.532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise relative à sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer.

Elle soutient que :

- consécutivement à son accouchement le 15 octobre 2017 par césarienne elle a développé une salpingite et un abcès tubo-ovarien droit et de multiples abcès pelviens et subi une laparotomie ;

- à la suite des soins qui lui ont été prodigués, elle est fondée à s'interroger sur les causes de son infertilité consécutivement à son premier accouchement le 15 octobre 2017 par césarienne ;

- au regard des éléments susvisés, la mesure d'expertise sollicitée apparait justifiée afin de déterminer les responsabilités et les préjudices qu'elle a subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la SELARL de la Grange et Fitoussi Avocats agissant par Me Fitoussi, informe la juridiction qu'il n'entend pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée sous les réserves et protestations d'usage, demande au tribunal de compléter la mission d'expertise selon ses dires, en précisant notamment qu'un pré-rapport devra être dressé par l'expert et de rejeter toute autre demande.

La procédure a été communiquée au centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Hamon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Le juge des référés peut, sur le fondement de ces dispositions, ordonner une mission d'expertise dès lors que la demande qui lui est présentée n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et qu'elle n'est pas dépourvue d'utilité.

2. La mesure d'expertise demandée par Mme A B épouse E, a pour objet de déterminer les causes, les responsabilités et les préjudices subis lors de sa prise en charge le 15 octobre 2017 par le centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer pour son accouchement. Cette demande, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les protestations et réserves :

3. La présente ordonnance n'ayant ni pour objet ni pour effet de mettre en cause la responsabilité des parties précitées, les contestations formulées par l'ONIAM quant à sa responsabilité, sont dépourvues d'objet et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Dès lors, les conclusions de l'ONIAM, tendant à ce que la mission d'expertise prévoit le dépôt par l'expert d'un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur D C, expert en gynécologie, demeurant Hôpital Nord- Pôle Femme-Enfants, Chemin des Bourelly à Marseille (13915) et le docteur G F, expert en infectiologie, demeurant Hôpital Sainte-Marguerite, 270 Bd Sainte-Marguerite à Marseille (13009) sont désignés pour procéder, en présence de Mme A B épouse E, du centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer, de l'ONIAM et de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, à une expertise médicale à l'effet de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A B épouse E notamment ceux relatifs aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer à compter du 15 octobre 2017, date de son accouchement ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2°) procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A B épouse E et procéder à son examen clinique le cas échéant ; décrire son état antérieur à sa prise en charge au centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer ; décrire son état de santé actuel ;

3°) dire si sa prise en charge, les diagnostics établis, les suivis et traitements, interventions et soins prodigués ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science au moment où ils ont été pratiqués, s'ils étaient adaptés à l'état de santé de Mme A B épouse E et aux symptômes qu'elle présentait et s'ils ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors de sa prise en charge, notamment si une erreur, une négligence, un retard ou un manquement dans la prise en charge ou le diagnostic et / ou si ce dernier a été tardif ;

5°) donner son avis sur la forme et le contenu de l'information donnée à la patiente sur les risques encourus ;

6°) dire si, et dans quelle mesure, l'évolution de l'état de santé de Mme A B épouse E et les séquelles qu'elle conserve le cas échéant sont imputables à la prise en charge par le centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer ou à d'autres causes ; déterminer notamment les raisons de l'abcès post partum et ses conséquences et donner son avis sur le point de savoir si cet abcès puis les suites qui en ont résulté ont un rapport avec l'accouchement par césarienne ou avec les autres interventions qu'elle a subies par la suite ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si son hydrosalpinx suivi de son infertilité a été causé par une infection nosocomiale ; dans cette éventualité, indiquer si possible d'une part si l'infection était présente ou en incubation au début de sa prise en charge par le centre hospitalier ou si cette infection a pu être contracté au cours ou au décours de cette prise en charge et d'autres part, si l'infection a une autre origine que la prise en charge par le centre hospitalier ;

8°) dire, dans l'éventualité d'une infection nosocomiale, si un manquement aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales peut être relevé et si l'ensemble des mesures de prévention ont été appliquées conformément aux règles de l'art. Dans la négative, analyser la nature des erreurs, manque de précautions, négligences ou autres défaillances relevées ;

9°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés, ont fait perdre à Mme A B épouse E une chance d'éviter les souffrances qu'elle a subies et les séquelles dont elle reste éventuellement atteinte ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par l'interessée ;

10°) indiquer, le cas échéant, la date de consolidation et, en l'absence de consolidation, la date à laquelle il conviendra de revoir Mme A B épouse E ;

11°) donner, s'il y a lieu, en prenant soin de préciser la part de responsabilité du centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer, tous les éléments utiles d'appréciation sur les responsabilités encourues et les préjudices subis, patrimoniaux et extrapatrimoniaux, en distinguant les préjudices temporaires des préjudices permanents ; déterminer notamment, la part des préjudices présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier à l'exclusion de tout état antérieur éventuel, de toute cause étrangère ainsi que de soins ayant pu être pratiqués par d'autres établissements ou par d'autres praticiens ;

12°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel, préjudice professionnel), et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée, en prenant soin de préciser la part du centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer ;

13°) donner à la juridiction tous les éléments permettant d'apprécier les préjudices subis par Mme A B épouse E du fait du ou des manquement(s) éventuellement constaté(s).

Les experts pourront, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. Les experts disposeront des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Ils pourront entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de leur mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Les experts déposeront leur rapport au greffe en deux exemplaires dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et en notifiera copie aux parties conformément à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 4 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal, qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge, conformément à l'article R. 621-13 du code susvisé.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse E, au centre hospitalier intercommunal Toulon La Seyne-sur-Mer, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copie en sera adressée aux experts désignés.

Fait à Toulon, le 6 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

L. HAMON

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier,

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