lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300607 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er mars 2023 et le 24 avril 2023, M. C A B, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, sans délai, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 300 euros qui sera versée à
Me Lagardère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle procède de la décision illégale portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 5 mai 2023 :
- le rapport de M. Quaglierini,
- les observations de Me Deous, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 27 août 2004 en Algérie, est entré en France le 12 août 2021 et a été immédiatement confié au service de l'aide sociale à l'enfance du Var par une ordonnance de placement provisoire du tribunal judiciaire de Toulon, jusqu'à sa majorité le 27 août 2022. Le 12 août 2022, l'intéressé a déposé une demande de délivrance d'un premier titre de séjour avec mention travailleur temporaire, mais par un arrêté du
6 février 2023, le préfet du Var le lui a refusé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixant le pays de destination en Algérie ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible. Par cette requête, M. A B entend contester ces décisions.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'obligation faite à un étranger de quitter le territoire français n'a pas à comporter une motivation spécifique distincte de celle du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde si ce dernier est suffisamment motivé.
4. Le requérant soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit. Mais il ressort de l'arrêté litigieux que pour refuser le titre de séjour demandé par M. A B et l'obliger à quitter le territoire français, le préfet du Var, d'une part, vise expressément les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'accord franco-algérien et, d'autre part, relève que l'intéressé a été exclu au bout d'un mois de sa classe d'unité pédagogique pour élèves allophones arrivant en lycée (UPE2A) en raison d'absences quasi-quotidiennes puis, dans le cadre de son inscription en CAP " peintre applicateur de revêtement ", qu'il a cumulé de trop nombreuses absences et qu'il a de grandes difficultés en français. Ainsi, l'arrêté mentionne les considérations de faits et de droit motivant les décisions qu'il comporte. Partant, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
6. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui a dix-huit ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifie suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, il incombe au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.
7. Le requérant soutient que le préfet du Var a commis une erreur d'appréciation sur la qualité de son parcours de formation et sa capacité d'insertion durable dans la société française.
8. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de régulariser la situation de l'intéressé, le préfet du Var relève, tout d'abord, que ce dernier a été exclu de sa classe UPE2A au bout d'un mois pour cause d'absentéisme quasi-quotidien et que, dans le cadre de sa formation au CAP " peintre applicateur de revêtement ", il a été sanctionné de 3 jours d'exclusion ; ensuite, qu'il ne maîtrise pas suffisamment la langue française en conséquence de son manque d'assiduité aux formations théoriques qui lui sont dispensées ; enfin, qu'il ne justifie pas d'une rupture ou d'absence de lien avec sa famille restée dans son pays d'origine alors qu'il affirme au contraire, dans le jugement en assistance éducative du 11 février 2022, avoir des contacts réguliers avec cette dernière. M. A B fait valoir en réponse que ses absences récurrentes en classe UPE2A s'expliquent par le fait qu'il ait été mal orienté dans sa formation initiale en ce qu'elle n'était pas assez professionnalisante, il précise également que son exclusion du Centre de formation d'apprentis (CFA) procède à la fois d'un dysfonctionnement de l'établissement n'ayant pas mis à jour sa base répertoriant les apprentis mineurs pouvant rentrer chez eux lorsqu'un professeur est absent et d'une incompréhension de sa part inhérente à ses difficultés en français qui ne le place pas en capacité de comprendre les subtilités administratives au sein de son établissement ; il indique par ailleurs que s'il n'est pas dépourvu de tout lien avec sa famille restée en Algérie, ces liens sont devenus tenus.
9. Cependant, si le requérant fait état de bons résultats dans sa formation de peintre applicateur de revêtement et d'excellentes observations de la part de son équipe éducative ainsi que de son employeur, son exclusion en classe UPE2A ainsi que sa sanction d'exclusion pendant 3 jours du CFA, font clairement apparaître les difficultés d'intégration de l'intéressé. Ainsi, dès lors que M. A B, célibataire et sans enfant, n'est présent sur le territoire français que depuis le 12 août 2021, ayant ainsi passé plus de 16 années en Algérie où se trouve toute sa famille, avec laquelle il entretient un contact, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu décider de refuser la régularisation de sa situation. Partant, il convient d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation comme n'étant pas fondé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour sont rejetées.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, en conséquence, être écarté.
12. En second lieu, pour les motifs exposés au point n°9 les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
B. QUAGLIERINI
Le président
Signé
J-F SAUTON
La greffière,
Signé
B. BALLESTRACCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
le greffier
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