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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300623

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300623

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 mars 2023 et le 5 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Deous, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 10 janvier 2023 par laquelle le maire de la commune de la Valette du Var a mis fin à ses fonctions de directeur de cabinet ;

2°) de mettre à la charge de la commune de la Valette du Var une somme de

3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas pu préparer utilement son entretien préalable dès lors que son dossier individuel ne comportait aucun élément lui étant reproché ;

- elle ne mentionne pas précisément les considérations de droit lui étant applicables ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que les griefs lui étant opposés ne sont pas matériellement établis ;

- elle procède d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 octobre 2023 et le 9 février 2024, la commune de la Valette du Var, représentée par Me Rota, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 9 février 2024, la clôture d'instruction a été prononcée le jour même.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 87-1004 du 16 décembre 1987 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Deous, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté par contrat à durée déterminée en date du 7 juillet 2020, en qualité de directeur de cabinet du maire de la Valette du Var, ayant exercé ces mêmes fonctions lors d'un précédent contrat à durée déterminée conclu le 4 juin 2018. Par décision n°2023-01 du 10 janvier 2023, le maire de la commune a mis fin à ses fonctions à l'échéance de son préavis, soit à compter du 20 mars 2023. Par sa requête, l'intéressé demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, un agent contractuel recruté par un maire en qualité de collaborateur de son cabinet doit, avant son licenciement intervenu en considération de sa personne, avoir été mis à même de demander en temps utile la communication de son dossier.

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a eu notification, par lettre recommandée du 8 novembre 2022, de sa convocation à un entretien préalable du 1er décembre 2022, en vue de son licenciement pour des motifs exposés dans ladite notification. Il est constant que le requérant a été informé de ses droits de défense, ayant d'ailleurs demandé à pouvoir consulter son dossier individuel. Si les rapports circonstanciés de la responsable du service culture et patrimoine, de la responsable du service communication et de la directrice du pôle juridique, urbanisme et habitat ainsi que les attestations de 4 agents publics, produits par la commune à l'instance, antérieurs à la date de la décision attaquée, auraient dû lui être communiqués lorsqu'il exerçait son droit de communication, il résulte toutefois de la décision attaquée que le maire de la commune de la Valette du Var ne s'est pas exclusivement fondé sur ces seuls faits circonstanciés pour décider du licenciement du requérant, exposant ainsi une divergence sur la ligne politique du maire et sur les publications sur le réseau social Facebook fragilisant l'image et la fonction de directeur de cabinet. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant était parfaitement informé qu'il lui était reproché d'être à l'origine de dysfonctionnements au sein des services, dont certains rapports circonstanciés font état, dès lors qu'il a été convoqué et a participé à une réunion du 17 octobre 2022 avec le maire, le directeur général des services et les directeurs des pôles dont les attestations rédigées par ces derniers indiquent expressément que lesdits dysfonctionnements lui ont été exposés. Ainsi, l'absence de communication de ces pièces à l'intéressé ne saurait être regardée comme l'ayant privé d'une garantie ou avoir eu une influence sur le sens de la décision prise dès lors que le motif justifiant son licenciement a également pour origine des évènements n'étant pas mentionnés par lesdites pièces.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, faisant expressément mention des articles L. 333-1 à L. 333-3 du code général des collectivités territoriales ainsi que du décret n°87-1004 du 16 décembre 1987 relatif aux collaborateurs de cabinet des autorités territoriales, est suffisamment motivée en droit. Il convient ainsi d'écarter le moyen tiré du défaut de motivation comme étant infondé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 333-1 du code général de la fonction publique : " Pour former son cabinet, l'autorité territoriale d'une collectivité ou d'un établissement mentionné à l'article L. 4 peut librement recruter un ou plusieurs collaborateurs et mettre librement fin à leurs fonctions ". En outre, aux termes de l'article 6 du décret du 16 décembre 1987 relatif aux collaborateurs de cabinet des autorités territoriales : " Les fonctions de collaborateur de cabinet prennent fin au plus tard en même temps que le mandat de l'autorité territoriale qui l'a recruté ". Pour apprécier le bien-fondé de la décision mettant fin aux fonctions d'un collaborateur de cabinet, le juge vérifie seulement qu'elle ne repose pas sur un motif matériellement inexact ou une erreur de droit et n'est pas entachée de détournement de pouvoir.

7. Pour prononcer le licenciement de M. A, la commune de la Valette du Var s'est fondée sur son soutien et sa participation à une réunion politique ne correspondant pas à la ligne politique défendue par le maire, ses publications et interventions régulières sur les réseaux sociaux lors de discussions polémiques qui fragilisent l'image de la fonction de directeur de cabinet du maire, ainsi que sur ses manques de préparation et de méthode dans la gestion des dossiers qui lui ont été confiés, notamment la gestion de l'agenda du maire.

8. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est souvent intervenu sur le réseau social Facebook, ses publications, dont la teneur est toujours restée mesurée, prenaient position en faveur du maire et de son travail. Ainsi, la matérialité d'une perte de confiance n'apparaît pas établie compte tenu de l'implication de l'intéressé sur les réseaux sociaux.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, M. A a participé à une réunion politique organisée par une personnalité politique dont il ne pouvait ignorer, du fait de sa fonction, qu'elle ne suivait pas la même ligne politique que celle défendue par le maire. D'autre part, lors d'une réunion organisée par le maire le 17 octobre 2022 réunissant les directeurs de pôles, le directeur général des services ainsi que le directeur de cabinet, plusieurs dysfonctionnements dans l'organisation des services ont été identifiés comme relevant de demandes régulières de ce dernier. Aussi, les différentes tensions apparues entre le directeur de cabinet et les services de la commune, exposées lors de la réunion précitée, ont pu être de nature à créer une perte de confiance du maire vis-à-vis de l'intéressé. Par conséquent, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le maire de la commune de la Valette du Var a pu justifier une perte de confiance sur les motifs tirés du soutien politique de l'intéressé et de ses manques de préparation et de méthode dans la gestion des dossiers qui lui ont été confiés. Ainsi, il convient, par voie de conséquence, d'écarter le moyen tiré du détournement de pouvoir comme étant infondé.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il convient de laisser aux parties la charge de leur frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de la Valette du Var au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de la Valette du Var.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

JF. Sauton

La greffière

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2300623

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