lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mars 2023, M. A B, représenté par Me Lebreton, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Var lui a refusé le bénéfice du contrat d'accompagnement à l'autonomie ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Var de signer avec lui un contrat d'accompagnement à l'autonomie dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- selon l'ordonnance n° 469133 du 12 décembre 2022 du juge des référés du Conseil d'Etat, le refus de la prise en charge globale des besoins essentiels du jeune majeur porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit à une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance du jeune majeur qui remplit les conditions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête qui n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire est irrecevable ;
- subsidiairement, les moyens sont infondés.
Par une décision du 3 janvier 2023, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de la présente affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Var lui a refusé le bénéfice du contrat d'accompagnement à l'autonomie.
2. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code, dans sa version alors applicable : " () / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisant. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
4. Pour refuser à M. B, la signature d'un contrat d'accompagnement à l'autonomie, le président du conseil département du Var s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressé ne pouvait régulariser sa situation administrative sur le territoire français, de sorte que ses projets d'insertion socio-professionnelle étaient compromis, et, d'autre part, de ce que son autonomie était acquise.
5. En premier lieu, le requérant conteste le premier motif en soutenant qu'il a demandé un titre de séjour et qu'il s'est vu attribuer un récépissé portant la mention " autorisation de travail ". Si le département du Var fait valoir que la police aux frontières a émis le 25 mai 2022 un avis défavorable sur les pièces d'identité qu'il a fournies, il ne peut en déduire lui-même que le requérant ne pourra être admis au séjour, une telle décision relevant in fine du préfet du Var. Par suite, le premier motif tiré de ce que M. B ne pouvait pas régulariser sa situation sur le territoire français au regard de son droit au séjour est erroné en droit. Cependant, le président du conseil départemental s'est également fondé sur la circonstance que l'intéressé avait acquis son autonomie. En défense, l'administration fait ainsi valoir sans être contestée qu'il dispose d'un salaire mensuel de 1 200 euros dans le cadre d'un contrat d'apprentissage et d'une épargne de 1 900 euros. Eu égard à la marge d'appréciation dont le président du conseil départemental dispose dans la mise en œuvre des dispositions précitées des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, un tel motif tiré de l'autonomie de M. B, qui n'est pas contesté par le requérant qui n'apporte aucun élément sur sa situation personnelle et sur d'éventuelles difficultés d'insertion sociale, pouvait, à lui seul, légalement justifier le refus litigieux. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était uniquement fondée sur ce motif. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
6. En second lieu, M. B soutient que, selon l'ordonnance n° 469133 du 12 décembre 2022 du juge des référés du Conseil d'Etat, le refus de la prise en charge globale des besoins essentiels du jeune majeur porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit à une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance du jeune majeur qui remplit les conditions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Cependant, une telle caractérisation d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale qui est opérée au regard des conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative relatives au référé liberté, n'est pas par elle-même de nature à entraîner l'illégalité d'une décision refusant à un jeune majeur la signature d'un contrat d'accompagnement à l'autonomie, dont il a été dit précédemment au point 5 qu'elle reposait sur un motif légal.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Var lui a refusé le bénéfice du contrat d'accompagnement à l'autonomie. Par suite, doivent être rejetées par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. CLa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier,
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