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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300865

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300865

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300865
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2023, et un mémoire, enregistré le 11 avril 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2023 par laquelle le directeur du groupement d'intérêt public (GIP) innovation e-santé sud (ieSS) l'a licencié au terme de la période d'essai de son contrat de travail ;

2°) de condamner le GIP ieSS à lui verser la somme de 32 000 euros correspondant à six mois de salaires en compensation de la perte d'emploi subie.

Il soutient que :

- ses absences non rémunérées de juin et juillet 2022 auraient dû conduire à prolonger sa période d'essai ; il fallait également prendre en compte ses deux semaines d'absence en novembre et sa semaine d'absence en décembre ;

- aucun motif valable de licenciement ne lui a été communiqué ;

- les motifs de licenciement exposés dans les écritures en défense du groupement d'intérêt public n'ont pas été évoqués lors de l'entretien préalable au licenciement ;

- aucun des motifs évoqués n'est établi et n'est de nature à entrainer son licenciement ;

- à cet égard, il lui est reproché d'avoir cherché à acheter des prestations informatiques auprès de prestataires sans engagement de résultat alors que le GIP pratiquait régulièrement de la sorte ;

- l'évènement organisé avec ses collaborateurs était juste un moment de partage qu'il prenait à sa charge ;

- il n'a pas été absent le 8 décembre 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 octobre 2023 et le 13 mai 2024, le GIP ieSS, représenté par l'AARPI Oppidum Avocats agissant par Me Beguin, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2013-2013 du 5 avril 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Zadeh, substituant Me Beguin, pour le GIP ieSS.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté le 13 juin 2022 par le GIP ieSS afin d'occuper les fonctions de " responsable coordination et projet du pôle performance métier et socle numérique ". Ce contrat à durée indéterminée prévoyait une période d'essai de quatre mois. Par un avenant au contrat de travail en date du 6 octobre 2022, la période d'essai a été reconduite pour une durée de quatre mois. Par une décision du 3 février 2023, le directeur du GIP a décidé de licencier l'intéressé au terme de sa période d'essai, soit le 12 février 2023. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du II de l'article 1 du décret du 5 avril 2013 relatif au régime de droit public applicable aux personnels des groupements d'intérêt public : " A l'exception des agents publics placés en situation de mise à disposition ainsi que des personnels mis à disposition par une personne morale de droit privé membre du groupement en application du 1° de l'article 109 de la loi du 17 mai 2011 susvisée et régis par l'article 3 du présent décret, les personnels d'un groupement d'intérêt public relevant du I sont régis par les dispositions du décret du 17 janvier 1986 susvisé sous réserve des dispositions du titre Ier du présent décret ". Aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Le contrat ou l'engagement peut comporter une période d'essai qui permet à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent () La période d'essai peut être renouvelée une fois pour une durée au plus égale à sa durée initiale. / La période d'essai et la possibilité de la renouveler sont expressément stipulées dans le contrat ou l'engagement () Le licenciement au cours de la période d'essai doit être motivée () ".

3. En premier lieu, si M. A soutient que sa période d'essai aurait dû être prolongée d'une durée égale à ses absences, dont le motif n'est au demeurant pas précisé, il ne résulte toutefois d'aucune disposition législative ou règlementaire, ni d'aucun principe général du droit, ni même d'aucune clause du contrat de travail de l'intéressé, que sa période d'essai aurait dû être prorogée d'une durée égale à ses absences, y compris celles causées par un congé de maladie. Par suite, le GIP ieSS a pu légalement licencier l'intéressé au terme de sa période d'essai sans avoir prolongé cette dernière de la durée des absences de M. A.

4. En deuxième lieu, dès lors que le licenciement de M. A est intervenu au terme de la période d'essai, les dispositions précitées de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 en vertu desquelles le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé ne sont pas applicables. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de licenciement doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour justifier le licenciement de M. A au terme de sa période d'essai, le GIP ieSS s'est fondé sur l'inadéquation du comportement de l'intéressé avec son poste et son environnement de travail, en relevant l'insistance du requérant à ne pas respecter les instructions du directeur des achats envers lequel il n'aurait pas toujours utilisé le bon registre de langage, l'organisation par l'intéressé d'un évènement d'équipe ayant lieu en partie sur les horaires de travail sans l'aval de ses supérieurs hiérarchiques ou encore la circonstance que M. A n'aurait pas signalé son absence du 8 décembre 2022.

6. Si M. A conteste avoir cherché à acquérir une prestation informatique en méconnaissance des règles régissant la commande publique, il est toutefois suffisamment établi par les pièces du dossier qu'à l'occasion de la préparation à l'achat d'une prestation de service informatique, l'intéressé a cherché à favoriser des développeurs informatiques qu'il connaissait personnellement et n'a pas tenu compte, à plusieurs reprises, des instructions écrites que le directeur des achats lui a adressées. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. A a pu s'adresser, sur une messagerie interne, au directeur des achats en employant l'expression " Ok Google " et qu'il a sollicité l'arbitrage du directeur du GIP en vue de finaliser au plus vite la demande auprès du prestataire en dépit des instructions du directeur des achats. En outre, si l'absence de l'intéressé le 8 décembre 2022 au cours de son service n'apparaît pas suffisamment établie, il ressort des pièces du dossier que M. A a également organisé un moment de convivialité avec ses équipes se déroulant partiellement sur des heures de travail sans en rendre compte auprès de sa hiérarchie. Dès lors, l'ensemble de ces éléments témoigne de difficultés relationnelles et de positionnement de l'intéressé à l'égard de sa hiérarchie apparus au cours de la période d'essai conduisant à un climat de défiance réciproque et de perte de confiance susceptible d'affecter le bon fonctionnement du service. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le GIP ieSS a pu licencier M. A au terme de sa période d'essai au motif que sa manière de servir n'était pas satisfaisante.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 février 2023 par laquelle le directeur du groupement d'intérêt public innovation e-santé sud l'a licencié au terme sa période d'essai.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'en procédant au licenciement de M. A à l'issue de sa période d'essai, le GIP ieSS n'a commis aucune illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité. Par suite, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à demander la condamnation de son ancien employeur à lui verser une somme représentative de six mois de salaires.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le GIP ieSS au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du GIP ieSS présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur du groupement d'intérêt public innovation e-santé-sud.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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