Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, la SCEA Fondugues-Pradugues, représentée par Me Jalade, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d’ordonner une médiation conformément aux dispositions de l’article L. 213-7 du code de justice administrative ;
2°) d’annuler la décision en date du 4 novembre 2022 par laquelle l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer (France AgriMer) lui exige le remboursement
d’un montant de 48 238,96 euros concernant l’aide aux investissements de l’organisation mondiale du commerce vitivinicole, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux
du 19 février 2023 et la décision de rejet explicite qui lui a été notifiée le 3 avril 2023 ;
3°) de mettre à la charge de France AgriMer une somme de 3 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’auteure de la décision attaquée n’avait pas compétence pour la signer ;
- FranceAgriMer a entaché sa décision d’une erreur matérielle dès lors qu’elle n’a pas pris en compte la réalisation des travaux au regard des marchés de base validés pour l’octroi
des subventions, la réalisation des travaux devant ainsi se concevoir pour une réalisation à 95%, pour chaque poste, à la date limite de réalisation des travaux, le 31 décembre 2020.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer (France AgriMer), représenté par sa directrice en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Par une ordonnance du 4 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée
au 1er septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil du 22 octobre 2007 ;
- le règlement (CE) n°491/2009 du Conseil du 25 mai 2009 ;
- le règlement (UE) n°1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le décret n°2013-172 du 25 février 2013 ;
- la décision INTV-GPASC 2015-80 du 30 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 21 novembre 2025, en l’absence des parties :
- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
La SCEA Fondugues-Pradugues, exerçant une activité viticole dans la commune
de Ramatuelle, a déposé une demande de subvention pour des investissements relatifs au secteur du vin auprès de l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer
(France AgriMer) le 4 janvier 2016, dans le projet de développer son activité en construisant
une cave viticole, comprenant des bâtiments de production et un caveau de vente. Par décision
du 8 novembre 2016, France AgriMer a notifié à l’intéressée son éligibilité à l’aide demandée et en a précisé ses conditions, notamment concernant la date à laquelle les travaux devront être réalisés (correspondant à la date d’émission des factures). Une avance de 168 370,47 euros lui a été versée le 28 novembre 2016. À deux reprises, la bénéficiaire a sollicité un report de la date
de réalisation des travaux eu égard à des difficultés rencontrées pour obtenir l’autorisation d’urbanisme exigée pour y procéder et, eu égard à la crise sanitaire, France AgriMer l’informait finalement que la prorogation du délai pour ladite réalisation courait jusqu’au 31 décembre 2020. Par un courrier du 24 novembre 2020, France AgriMer demandait le reversement de la somme
de 2 359,33 euros correspondant au reliquat de l’avance versée, celle-ci n’étant pas couverte
par les factures produites par la bénéficiaire 2 années plus tard, en méconnaissance des dispositions de l’article 5.9.1 de la décision INTV-GPASC 2015-80 du 30 décembre 2015. Par la suite,
par courrier du 16 avril 2021, la SCEA Fondugues-Pradugues demandait à France AgriMer
de procéder au paiement de l’aide aux investissements vitivinicole, joignant en annexe un tableau récapitulatif des factures signées. Par courrier du 7 octobre 2021, France AgriMer lui annonçait l’intervention d’un contrôle sur place dans le cadre de l’instruction de sa demande et, par courrier du 9 mai 2022, elle l’informait que des dépenses liées aux travaux réalisés étaient devenues
non éligibles au motif qu’elles ont été engagées au-delà du délai fixé. Dans ces circonstances, préalablement au reversement de l’aide indue, pour un montant de 48 238,96 euros,
France AgriMer a invité la bénéficiaire à présenter ses observations. En dépit des réponses présentées par cette dernière le 8 juin 2022, France AgriMer a décidé, le 4 novembre 2022,
de procéder au reversement de la somme précitée. Le 19 décembre 2022, la SCEA Fondugues-Pradugues a exercé un recours gracieux à l’encontre de cette décision, lequel a été implicitement rejeté le 20 février 2023, puis de manière explicite, par décision du 3 avril 2023. Par sa requête, l’intéressée demande l’annulation de la décision du 4 novembre 2022, ainsi que des deux décisions rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, Mme A... B..., cheffe de l’unité « investissement
vitivinicole », a reçu délégation de signature de la directrice générale de France AgriMer par décision du 18 août 2021, produite par le défendeur. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteure de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
En second lieu, d’une part, les articles 103 decies et suivants du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil du 22 octobre 2007, dans sa version modifiée par le règlement (CE)
du Conseil n°491/2009 du 25 mai 2009, autorisent les États membres à mettre en œuvre un régime d’aide en faveur du secteur vitivinicole, dont l’article 103 quaterdecies fixe les différentes mesures. Aux termes de l’article 1er du décret du 25 février 2013 relatif au programme d’aide national
au secteur vitivinicole pour les exercices financiers 2014 à 2018 : « Le programme d’aide national au secteur vitivinicole mentionné à l’article 103 decies du règlement (CE) n° 1234/2007
du Conseil du 22 octobre 2007 susvisé et rendu applicable dans les conditions prévues à l’article 103 duodecies de ce règlement et à l’article 2 du règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 susvisé pour les exercices financiers 2014 à 2018 est mis en œuvre
par l’Établissement national des produits de l’agriculture et de la mer (FranceAgriMer).
/ Á ce titre, sous réserve de l’article 2, le directeur général de l’établissement détermine notamment, après avis du conseil spécialisé intéressé : 1° Les modalités de demande des aides, les conditions d’éligibilité aux aides, la procédure et les critères de sélection des demandes,
le montant des aides attribuables et leurs modalités de paiement ; 2° Le cas échéant, le taux
de réduction applicable aux aides, en fonction du taux de dépassement des crédits communautaires disponibles ; 3° Les réductions du montant des aides applicables en cas de non-respect du régime d’aide concerné ».
D’autre part, la décision du directeur général de FranceAgriMer INTV-GPASV-2015-80 du 30 décembre 2015, dans sa version applicable à l’espèce, précise dans son article 2
les investissements éligibles à une aide, notamment « - La construction d’un bâtiment neuf (…) lorsque [sa] destination est la production de vins. La réception des vendanges, la transformation, le conditionnement et le stockage (…) sont ainsi concernés (…). / - La construction de laboratoires d’analyse et de salles de dégustation. (…) / Concernant la salle de dégustation pour les appels à projets 2015 et suivants : il s’agit d’une salle technique à usage exclusif de la dégustation, soit pour des tests œnologiques, soit pour la découverte des vins aux particuliers pourvue obligatoirement d’aménagements spécifiques et fixes et contenant à minima des équipements mobiliers dédiés à la dégustation (par exemple des crachoirs et/ou points d’eau répartis dans le lieu et/ou paillasses…). Un local qui pourrait servir à d’autres activités que celles de la dégustation (réception, appoint…) n’est pas éligible. / - La construction d’un caveau de vente de vin sous réserve des conditions suivantes : - il est ici entendu comme le lieu de vente où l’entreprise qui vinifie le vin le commercialise. Il peut s’agir de points de vente individuels ou collectifs (…) ». Aux termes de l’article 5.6 de cette décision : « On entend par date de fin de travaux la date d’émission de la dernière facture présentée dans le cadre de la demande de versement du solde
de l’aide. / Pour les dossiers de type approfondi, les travaux prévus doivent être réalisés
dans les 2 années suivant la date de signature du courrier de notification de l’aide, prorogeable d’une année sur demande justifiée du porteur de projet (la preuve du démarrage des travaux
dans un délai de 6 mois suivant la notification pourra être exigée pour apprécier la diligence
du bénéficiaire). / La demande de prorogation, doit être présentée auprès de FranceAgriMer
au plus tard 1 mois avant la date limite de réalisation des travaux. / Dans des circonstances particulières dûment justifiées, d’autres demandes de prolongation pourront être introduites ;
le délai de prolongation sera laissé à l’appréciation du Directeur général de FranceAgriMer
(…) ».
Pour contester le reversement de l’aide qui lui a été versée, la SCEA Fondugues-Pradugues soutient que France AgriMer a entaché sa décision d’une erreur matérielle, dès lors que le montant des dépenses éligibles servant de base de calcul de l’aide était de 1 915 333 euros et non de seulement 308 319 euros, et d’une erreur d’appréciation dès lors que l’ensemble
des marchés de bases a été validé à plus de 95%. Toutefois, il résulte de l’instruction que par
une décision d’éligibilité à une aide aux investissements vitivinicoles, notifiée à la SCEA Fondugues-Pradugues le 8 novembre 2016, France AgriMer a expressément informé
la bénéficiaire que pour la réalisation du projet en litige, le montant des dépenses éligibles
est plafonné à 945 757 euros et qu’après instruction, le montant maximal de l’aide octroyé est
de 336 740,95 euros. La requérante n’ayant jamais contesté ces montants au travers des différents échanges avec France Agrimer, notamment pour solliciter des reports de la date de réalisation
de travaux, elle ne saurait être fondée à la contester lorsqu’une mesure de reversement a été prononcée à son encontre compte tenu de la non-réalisation des travaux dans le délai fixé.
Par ailleurs, si la requérante soutient qu’au 31 décembre 2020, l’ensemble des travaux des marchés de base a été réalisé à 95%, produisant un tableau récapitulatif exposant
des réalisations excédant les 100%, voire les 200%, de tels résultats sont obtenus en rapportant,
de manière erronée, la somme de 1 915 333 euros par rapport au montant maximal des dépenses éligibles, plafonné à 945 757 euros tel qu’il a été dit au point précédent. En outre, contrairement à ce que soutient la requérante, le récapitulatif de l’avancement des travaux, qu’elle produit, indique qu’au 16 décembre 2020, les travaux inhérents au lot « gros-œuvre dallage » présentaient une réalisation de 76,6%, les travaux inhérents au lot « VRD » présentaient une réalisation de 93,82%, les travaux inhérents au lot « électricité » présentaient une réalisation de 91,72%, les travaux inhérents au lot « menuiserie » présentaient une réalisation de 60% et ceux inhérents au lot « charpente » présentaient une réalisation de 92,76%.
Il s’ensuit que la SCEA Fondugues-Pradugues n’est pas fondée à soutenir que
la décision du 4 novembre 2022, par laquelle France AgriMer a prononcé le reversement de l’aide qui lui a été octroyée, est entachée d’illégalité. Par conséquent, ses conclusions aux fins d’annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la SCEA Fondugues-Pradugues au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de France AgriMer qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCEA Fondugues-Pradugues est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Fondugues-Pradugues et à l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (France AgriMer).
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Ridoux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2025.
Le rapporteur,
signé
B. Quaglierini
Le président,
signé
J.-F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
Le greffier,