vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ITEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2023 et le 8 mars 2024,Bçoise A, représentée par Me Paloux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 1er avril 2023 par laquelle le maire de la commune de Lorgues a implicitement refusé sa demande d'abrogation du plan local d'urbanisme (PLU) approuvé le 12 juillet 2017 en tant qu'il intègre ses parcelles cadastrées M28 et M29 dans l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) de la Muscatelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de Lorgues d'abroger partiellement son PLU, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lorgues une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le PLU attaqué méconnaît l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme dès lors que le rapport de présentation ne comporte aucune justification sur la cohérence concernant la création d'espaces paysagers de respiration prévue par l'OAP de la Muscatelle ;
- il méconnaît l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme dès lors que les espaces paysagers de respiration précités ne sont pas en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ;
- il méconnaît l'article 1er du protocole additionnel de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-
maire ;
-
il procède d'un détournement de pouvoir compte tenu d'un litige d'ordre privé avec le
- le règlement de la zone 1UA est illégal dès lors qu'il conditionne la constructibilité des
-
parcelles en incohérence avec le PADD.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2023, le maire de la commune de Lorgues, représenté par Me Marchesini, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que Mme A ne justifie pas de sa qualité de propriétaire d'un terrain à Lorgues de sorte qu'elle ne dispose pas d'un intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués sont infondés ;
Un mémoire présenté par la commune de Lorgues a été enregistré le 26 mars 2024 sans être communiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Par lettre du 29 mai 2024, les parties ont été informées du renvoi de l'affaire à l'audience du 26 juin 2024.
Un mémoire présenté par Mme A a été enregistré le 20 juin 2024 sans être communiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 7 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 20 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier ; Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2024 :
- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marchesini, pour la commune de Lorgues.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier adressé à la commune de Lorgues en date du 1er février 2023, Mme A a demandé au maire de procéder à l'abrogation du PLU approuvé le 12 juillet 2017 en tant que ses parcelles, cadastrées M28 et 29, sont intégrées dans l'OAP de la Muscatelle et en tant qu'elles sont classées en zone 1AUa. En l'absence de réponse du maire, une décision implicite de rejet est née le 1er avril 2023. Par sa requête, l'intéressée demande l'annulation de cette décision et l'annulation partielle du PLU.
1.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire intervenant après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l'exception ou sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.
En ce qui concerne la cohérence de l'OAP vis-à-vis du rapport de présentation :
3. La requérante soutient que le rapport de présentation n'apporte pas de justification sur la cohérence entre les OAP et les objectifs définis par le PADD. Toutefois, il résulte du point précédent qu'un tel moyen, relevant d'un vice de forme du PLU, ne peut être utilement invoqué par la requérante dans le cadre d'un tel litige concernant la décision du maire de la commune refusant d'abroger partiellement le PLU. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne l'incohérence entre l'OAP de la Muscatelle et le PADD :
4. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'OAP en litige concerne le secteur de la Muscatelle, situé au Nord du centre-ville de Lorgues, défini par le PLU comme " un potentiel de greffe urbaine intéressant pour assurer une transition entre le centre ancien et les quartiers récents " dont il est prévu, notamment, " l'aménagement d'espaces communs ". Le PLU joint à l'OAP un document graphique représentant le secteur concerné, lequel matérialise l'aménagement d'espaces paysagers de respiration et, plus spécifiquement, indique au niveau des parcelles de la requérante la mention " Espace public ". La requérante oppose une incohérence entre ces espaces paysagers de respiration matérialisés par le document graphique et les objectifs du PADD qui prévoient de favoriser l'urbanisation des terrains en centre-ville et ses abords. Toutefois, les orientations du PADD prévoient des objectifs visant à organiser les quartiers et la densité suivant un schéma concentrique à partir du centre-ville, à stopper l'étalement urbain des zones à faible densité les plus éloignées du centre-ville, à promouvoir la réalisation d'opérations alliant densité et qualité de vie par un habitat intermédiaire et à ménager des espaces de transition par la création de traitements paysagers appropriés. Ainsi, l'aménagement d'espaces paysagers de respiration n'est pas incohérent avec les objectifs du PADD.
6. La requérante soutient également que la création de ces espaces paysagers de respiration a pour effet de créer une rétention foncière, voire de rendre inconstructible sa parcelle. Toutefois, de tels espaces, institués au titre d'orientations d'aménagement et de programmation, n'ont pour seul objet que d'orienter l'usage et la disposition des parcelles en cohérence avec le PADD. Partant, ils ne sauraient, à eux seuls, ni créer un emplacement réservé, ni rendre inconstructibles les parcelles de la requérante tel qu'elle le soutient.
1.
7. Il résulte ainsi de ce qui précède que le moyen tiré de l'incohérence de l'OAP par rapport au PADD doit être écarté comme étant infondé.
En ce qui concerne l'atteinte de droit de propriété inhérente à l'OAP de la Muscatelle :
8. La requérante soutient qu'en aménageant des espaces paysagers de respiration, l'OAP en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit de propriété en ce qu'elle rend inconstructible la totalité du tènement foncier dont elle est propriétaire. Toutefois, il résulte de ce qui précède qu'une OAP n'a pour seul objet que de prévoir des aménagements en cohérence avec les objectifs du PADD, de sorte que ses dispositions ne peuvent pas, à elles seules, rendre inconstructibles les parcelles litigieuses. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ses parcelles seraient devenues inconstructibles par les seules dispositions de l'OAP.
En ce qui concerne le détournement de pouvoir :
9. La requérante soutient que le classement de ses parcelles dans l'OAP en litige procède d'un détournement de pouvoir ayant pour origine les différends qui l'opposent avec la commune. Toutefois, en relevant simplement l'ensemble des refus d'autorisations d'urbanisme qui lui ont été opposés ainsi qu'à son fils, la requérante n'établit pas que le classement de ses parcelles reposerait illégalement sur l'unique volonté de la commune de lui nuire. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté comme n'étant pas fondé.
En ce qui concerne la légalité du règlement de la zone 1AU :
10. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles
L. 101-1 à L. 101-3 ".
11. La requérante soutient que le règlement de la zone 1AU est incohérent avec les objectifs du PADD dès lors que l'article 1UA2 limite la constructibilité des habitations aux seules extensions. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article 1UA 2 que sont également admises
" l'extension des habitations existantes et leurs annexes, sous réserve de ne pas compromettre l'aménagement de la zone et de ne pas être contraire aux principes et conditions définis dans l'orientation d'aménagement relative à ce secteur ", ainsi que " les occupations et utilisations du sol non interdites à l'article 1AU1 dès lors que les conditions suivantes sont cumulativement remplies : /- les constructions sont desservies par des voies et des réseaux de capacités suffisantes, / - les constructions respectent les principes et conditions définis dans l'orientation d'aménagement relative à ce secteur, / - l'urbanisation est réalisée dans le cadre d'une ou plusieurs opérations d'aménagement ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'illégalité de la zone 1AU doit être écarté comme n'étant pas fondé.
Sur l'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce de laisser à chacune des parties la charge de ses frais d'instance non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Lorgues présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Lorgues.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. Quaglierini
Le président,
Signé Ph. Harang
Le greffier, Signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Le greffier
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