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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301198

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301198

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, M. A C, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet du Var a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, sans délai, d'un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet du Var n'a pas procédé à un examen complet et réel des données propres à sa situation et a entaché sa décision d'erreur de droit ;

- il a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en se fondant sur des motifs généraux pour rejeter sa demande de titre de séjour ;

- il a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant sa présence comme une menace à l'ordre public ;

- la décision contestée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison des conséquences d'une exceptionnelle gravité que celle-ci comporte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Déous, substituant Me Lagardère, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 4 avril 1982 est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France le 17 décembre 2017. Il a sollicité, le 19 avril 2021, son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 31 mars 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

3. L'arrêté en litige vise les dispositions juridiques sur lesquelles se fonde la demande de titre de séjour, indique notamment les conditions d'entrée et de séjour de M. C et précise sa situation personnelle et familiale. Par suite, le préfet a mentionné, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des mentions de l'arrêté en litige, qui précise notamment la situation personnelle et familiale en France de M. C, que le préfet du Var n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de sa situation avant de décider de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. D'une part, si M. C soutient que le préfet du Var a méconnu l'article

L. 423-23 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant sa présence comme une menace à l'ordre public, il ressort cependant de la motivation de l'arrêté litigieux que l'autorité préfectorale ne s'est pas fondée sur un tel motif pour rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, un tel moyen est inopérant.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré, de manière irrégulière, sur le territoire français et a sollicité, le 29 janvier 2018, sans succès, son admission au séjour au titre de l'asile. Il a ainsi fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français par arrêté du 4 juillet 2019, confirmé par le tribunal administratif le 20 août suivant. Suite à son interpellation, il s'est vu, une seconde fois, ordonné de quitter le territoire le 24 aout 2020 avec une interdiction de retour d'une durée d'un an. Si l'intéressé se prévaut d'un pacte civil de solidarité (PACS) conclu le 21 octobre 2020 avec une ressortissante française, les éléments versés au dossier, dont un bail locatif, des attestations de tiers dressées pour la cause et une attestation de la caisse d'allocations familiales du Var relative à des prestations perçues en janvier 2023, ne sont pas suffisantes pour établir l'effectivité d'une vie commune stable et pérenne depuis 2018, ni même depuis la conclusion du PACS, ainsi que le requérant l'allègue. Si l'intéressé se prévaut d'une bonne intégration en France, notamment de par la maîtrise de la langue française, il ne justifie d'aucune activité professionnelle sur le territoire national. Enfin, malgré le décès de ses parents en 1991 et 1993, il ne démontre pas qu'il serait privé de tout lien personnel et familial dans son pays d'origine, où résident actuellement deux de ses enfants mineurs nés d'une précédente union. Par suite, en rejetant la demande de titre de séjour présentée par M. C, le préfet, qui ne s'est pas fondé sur des considérations générales mais sur une analyse complète de sa situation personnelle et familiale, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, si M. C fait valoir que l'arrêté litigieux viole les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, un tel moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, le couple qu'il dit former avec une ressortissante française n'a donné lieu à la naissance d'aucun enfant, tandis qu'ainsi qu'il a été déjà dit ci-dessus, l'intéressé dispose en Côte d'Ivoire de la présence de deux de ses enfants.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour sera écarté car infondé, la décision refusant de délivrer le titre de séjour n'ayant pas été jugée illégale par le présent jugement.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 mars 2023 présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- M. Sportelli, premier conseiller,

- Mme B, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

T. SPORTELLI

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

Le greffier.

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