vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301424 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 mai 2023, le 16 mai 2023, le 8 juin 2023 et le 14 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Nguema, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est intégrée à une formation initiale suite à la modification de son inscription ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnait le principe du contradictoire et le droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet du Var, à titre principal oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté manifeste de la requête et, à titre subsidiaire, conclut au rejet au fond de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible, s'il décidait que les conclusions à fin d'annulation de la requérante étaient fondées, de prononcer d'office une injonction de délivrance d'un titre de séjour portant la mention "étudiant" sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tel que le prévoit l'article L.911-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Sauton a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante gabonaise née en 1992, est entrée régulièrement en France le 17 octobre 2020 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 7 octobre 2020 au 7 octobre 2021. La requérante a bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " du 11 février 2022 au 10 octobre 2022. Le 3 septembre 2022, elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 14 mars 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Il ressort de la première page de la requête initiale, sans apparaître dans les conclusions, que la requérante sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Ainsi, aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Var :
3. Le préfet du Var oppose une fin de non-recevoir aux conclusions de Mme A tirée de la tardiveté de sa requête. Dans le cas où le pli contenant une décision, envoyé en recommandé à l'adresse indiquée par le requérant, a été retourné à l'administration avec la mention "pli avisé et non réclamé", le délai de recours contentieux de l'article R. 421-1 du code de justice administrative court de la date à laquelle l'intéressé doit être regardé comme ayant été régulièrement avisé que ce pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relève. Cette date résulte des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe et l'avis de réception retournés à l'expéditeur ou, à défaut, des attestations de l'administration postale ou de tout autre élément de preuve.
4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'attestation postale, qu'un avis de passage aurait été déposé au domicile de la requérante, alors que cette dernière était absente, l'informant de la mise à disposition de son courrier à partir du 22 mars 2023 dans un point de retrait postal. Néanmoins, l'intéressée nie avoir reçu cet avis de passage et produit, à l'appui de ses allégations, quatre courriels adressés entre le 18 avril 2023 et le 24 avril 2023 aux services de la préfecture les interrogeant sur le traitement de sa demande de renouvellement suite à la réception de la mention de clôture de sa demande, communiquée en ligne. Il ressort du contenu d'un des deux courriels du 19 avril 2023, sans que cela ne soit contesté en défense, que la requérante s'est rendue le jour-même en préfecture afin d'obtenir davantage d'information sur sa situation, et que l'agent qui l'a reçue n'a pas pu accéder à son dossier. Trois des quatre échanges de courriels, et le déplacement de la requérante à la préfecture se sont déroulés avant le 22 avril 2023, soit dans le délai de recours contentieux de 30 jours à compter de la notification de l'arrêté attaqué, en l'espèce, le 22 mars 2023. La requérante allègue avoir finalement obtenu en main propre l'arrêté en litige le 24 avril 2023, et avoir introduit son recours auprès du Tribunal le 12 mai 2023, soit moins de
30 jours à compter de la notification avérée de l'arrêté attaqué. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, compte tenu du suivi actif de la situation par la requérante, la preuve de notification par pli recommandé n'est pas apportée par la préfecture. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. (). ".
6. Pour fonder sa décision de refus de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet du Var s'appuie sur la circonstance que l'inscription à une formation professionnelle continue ne peut être regardée comme conférant la qualité d'étudiant au sens de l'article L. 422-1 précité. Toutefois, la formation professionnelle continue ouvre droit au bénéfice du titre de séjour " étudiant " au sens de l'article susvisé. Ainsi, le préfet du Var, ne fondant sa décision sur aucun autre motif et attestant du caractère sérieux et progressif des études de la requérante par l'obtention des diplômes ciblés, a méconnu l'article L. 422-1 susvisé.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à l'avocat de Mme A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours.
Article 4 : En application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat versera à Me Nguema, avocat de Mme A, la somme de 1 000 euros, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Nguema et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Faucher, première conseillère,
M. Quaglierini, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le président rapporteur,
Signé
J-F SAUTON
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
S. FAUCHER
La greffière,
Signé
B. BALLESTRACCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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