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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301518

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301518

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAide sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de Mme C, qui demandait l'annulation du refus de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Var de délivrer une carte mobilité inclusion (CMI) mention "stationnement" pour son fils autiste. Le tribunal a considéré que les difficultés liées à l'autisme, notamment la mise en danger lors des déplacements, ne répondaient pas aux critères de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles et de l'arrêté du 3 janvier 2017. Ces textes exigent une réduction importante et durable de la capacité de déplacement à pied ou la nécessité d'une aide humaine systématique, ce qui n'était pas établi en l'espèce. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation et de délivrance de la carte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2023 et un mémoire enregistré le 4 septembre 2024, Mme A C, agissant pour le compte de son fils B, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Var a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de rejet de sa demande de carte mobilité inclusion (CMI) mention " stationnement pour personnes handicapées " pour son enfant B C et de lui délivrer ladite carte.

Elle soutient que l'autisme dont souffre son fils, qui a notamment pour conséquence sa mise en danger fréquente durant ses sorties à l'extérieur, nécessite que lui soit octroyée une carte mobilité inclusion (CMI) mention stationnement " stationnement pour personnes handicapées ".

Par un courrier du 21 juin 2024, le département du Var a été mis en demeure de produire un mémoire en défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le département du Var a conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les difficultés rencontrées par le fils de la requérante ne sont pas de nature à justifier l'attribution d'une CMI mention " stationnement pour personnes handicapées ".

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Doumergue.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1.M. et Mme C sont les parents de B C, né en février 2017 et en situation de handicap. Ils ont sollicité une carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " auprès du président du conseil départemental du Var. Par décision du 15 décembre 2022, cette demande a été rejetée. Le recours administratif préalable obligatoire présenté contre ce refus a également été rejeté, le 16 mars 2023. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 16 mars 2023 et l'octroi de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".

2.Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. -La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " permet à son titulaire ou à la tierce personne l'accompagnant d'utiliser, à titre gratuit et sans limitation de la durée de stationnement, toutes les places de stationnement ouvertes au public. / () / V bis. - () Les décisions prises par le président du conseil départemental sur le fondement du présent article peuvent faire l'objet d'un recours devant le juge administratif lorsque la demande concerne la mention " stationnement " de la carte. () ".

3.Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () IV. - Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté () définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou- la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; (). 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. Concernant les enfants il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger () ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ".

4.Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5.Pour demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " et l'attribution d'une telle carte, Mme C fait valoir que son fils, B C, né en février 2017, souffre d'un trouble du spectre autistique associé à un trouble oppositionnel avec provocation qui entrainent des comportements imprévisibles et dangereux durant les sorties de l'enfant qui en outre n'est pas complètement autonome pour réaliser certains actes de la vie quotidienne en particulier à l'école.

6.Il résulte de l'instruction et notamment du certificat établi le 23 mars 2022 pour être joint à la demande à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Var que B C est en mesure de se déplacer à l'extérieur " sans difficulté et sans aide humaine ", sans mention d'une limitation de son périmètre de marche. S'il ressort de plusieurs pièces du dossier que l'enfant ne supporte pas le changement, se met fréquemment en colère, aucune des autres pièces médicales produites au dossier ne fait état d'une limitation du périmètre de marche inférieure à 200 mètres et aucune ne mentionne que l'altération des fonctions cognitives ou psychiques de l'enfant nécessiterait un accompagnement par une tierce personne pour effectuer ses déplacements, du fait qu'il risque d'être en danger. Ainsi, dans le certificat établi le 11 mai 2023, le docteur D E, pédopsychiatre, s'il mentionne que l'enfant présente des " comorbidités dont les troubles oppositionnels d'intensité parfois sévères ", il fait pour le reste essentiellement état des " situations très critiques lors des sorties (loisirs, rendez-vous de soins, école, familiales) qui impactent énormément la résistance psychique de la mère mais également la qualité du lien qui va à l'encontre de l'évolution souhaitée pour l'enfant ", constatant que les liens familiaux sont globalement perturbés par les troubles du comportement de ce dernier. Ainsi, si les déplacements nécessités par la vie quotidienne, dont les rendez-vous de soins, sont difficiles, du fait parfois de l'opposition de l'enfant, ils sont sans rapport avec une réduction de sa capacité et de son autonomie de déplacement à pied ou avec un risque de mise en danger de sa personne. Par suite, en refusant de délivrer à Mme C, au bénéfice de son fils, une carte de mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ", le président du conseil départemental du Var n'a pas fait une inexacte application des dispositions ci-dessus rappelées.

7.Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 mars 2023 ni l'octroi de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ". Dès lors, sa requête doit être rejetée.

D E C I D E:

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département du Var.

Copie en sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. DOUMERGUE La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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