mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301530 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2023 et un mémoire enregistré le 24 juin 2024, qui n'a pas été communiqué, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex, agissant par leurs représentants légaux et représentées par Me Hamri, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le maire de Toulon s'est opposé à la déclaration préalable déposée en leur nom par l'entreprise Graniou Azur en vue de l'implantation de 6 antennes de téléphonie mobile de 3 m de hauteur, 16 coffrets techniques, 2 armoires techniques et de garde-corps sur la toiture terrasse d'un immeuble situé sur une parcelle cadastrée 137 EP 299, 146 route des Commoni, sur le territoire de cette commune ;
2°) d'enjoindre à la commune de Toulon de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable déposée le 13 mars 2023 et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision émane d'une autorité incompétente faute de justification de la délégation régulière accordée à l'adjoint signataire ;
- le site dans lequel s'insère le projet n'est pas dépourvu d'intérêt mais il ne présente rien de remarquable : il s'agit d'un environnement, proche comme lointain, urbain résidentiel sans caractère
-
particulier ; le projet a fait l'objet d'un traitement particulier destiné précisément à permettre son insertion harmonieuse et le bâtiment d'implantation a été choisi compte tenu à la fois des contraintes techniques de l'opérateur mais également de ses dimensions par rapport aux constructions avoisinantes ; la décision est ainsi entachée d'une erreur d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2023, la commune de Toulon, agissant par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des sociétés requérantes une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2024, par application de l'article R.613-1 du code de justice administrative.
Par un courrier du 10 juin 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R.611-7-3 du code de justice administrative, de ce qu'une injonction de délivrer un arrêté de non- opposition à déclaration préalable était susceptible d'être prononcée par le tribunal.
Par une production enregistrée le 19 juin 2024, la commune de Toulon a transmis un arrêté du 18 juin 2024 portant non-opposition à la déclaration préalable déposée pour le compte des sociétés requérantes.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme A pour la commune de Toulon.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex demandent l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le maire de Toulon s'est opposé à la déclaration préalable déposée par l'entreprise Graniou Azur en vue de l'implantation de 6 antennes de téléphonie mobile de 3 m de hauteur, 16 coffrets techniques, 2 armoires techniques et de garde-corps sur la toiture terrasse d'un immeuble situé sur une parcelle cadastrée 137 EP 299, 146 route des Commoni, en zone UEp du PLU, sur le territoire de cette commune.
2. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la pétitionnaire pour le compte des sociétés requérantes, la commune de Toulon, se fondant sur les dispositions combinées des articles
1.
2 des dispositions générales et UE11 du PLU, a estimé que " la taille imposante des antennes de radiotéléphonie sur la toiture d'un bâtiment ayant des faibles dimensions en hauteur présente un impact visuel trop important et ne s'insère pas dans l'environnement bâti et naturel " et que " le bâtiment sur lequel sont projetés ces équipements est en contre bas de la voie, et donc très visible depuis le domaine public ", de sorte que le projet ne serait pas conforme à ces dispositions.
3. Aux termes de l'article 2.3.1. " Antennes de radiotéléphonie et équipements afférents " des dispositions générales du PLU : " De manière générale, leur implantation sera à privilégier sur les toitures terrasses. // • Les antennes de radiotéléphonie : leur nombre et leurs dimensions seront limités en fonction du contexte. a) Sur toitures terrasses : la distance du nu des façades à l'antenne sera au moins égale à la moitié de la hauteur de l'antenne (mât compris) par rapport au-dessus de l'acrotère. Toutefois une distance inférieure pourra être acceptée sous réserve que l'antenne soit intégrée à des éléments techniques ou architecturaux existants permettant de limiter l'impact visuel dans le paysage et l'environnement. b) Sur toitures à pentes : Par exception il pourra être étudié l'implantation d'antennes de radiotéléphonie. Leur impact visuel dans le paysage et l'environnement sera apprécié en tenant compte des émergences existantes (tourelles, souches).
c) Autres cas leur implantation sera étudiée afin d'assurer leur intégration dans l'environnement bâti et non bâti. (). " et aux termes de l'article UE11 " aspect extérieur " : " Les constructions, installations et aménagements devront être étudiés afin de ne pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, au site, paysage naturel ou urbain, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Les gabarits des bâtiments seront étudiés en fonction des proportions des bâtiments composant l'environnement. (). Les constructions doivent présenter une simplicité de volume, une unité d'aspect et de matériaux, en harmonie avec leur environnement bâti et naturel. ".
4. Il ressort de l'examen des pièces du dossier, notamment de la comparaison entre la vue actuelle et le visuel élaboré par les pétitionnaires, que l'apparence générale du projet et le parti architectural choisi, intégrant les antennes dans un coffrage abritant également tous les équipements annexes, édifié sur la toiture de la partie du bâtiment la plus haute, ont pour effet de masquer la hauteur des antennes et, partant, leur impact visuel, même si l'immeuble d'assiette du projet se situe en contrebas de la route. Par ailleurs, les lieux avoisinants, bâtis ou naturels, même s'ils comportent quelques maisons d'habitation de type provençal traditionnel, ne correspondent néanmoins qu'à une zone péri-urbaine pavillonnaire ou de petits collectifs, entrecoupée d'espaces verts, ne présentant ni caractère particulier ni intérêt précisément défini. Ainsi, en s'opposant au projet, pour les motifs énoncés au point 2, le maire de Toulon a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à en demander l'annulation.
5. Pour l'application de l'article L.600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de fonder l'annulation demandée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Eu égard à l'édiction le 18 juin 2024 de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable sollicité, les conclusions des sociétés requérantes tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Toulon de leur délivrer, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 13 mars 2023 par l'entreprise Graniou Azur agissant pour leur compte, sont devenues sans objet.
1.
Sur les frais relatifs au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 2 000 euros à verser aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex, prises conjointement, et de rejeter les conclusions présentées sur le même fondement par la commune de Toulon, partie perdante à la présente instance.
DECIDE
Article 1er : L'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le maire de Toulon s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 13 mars 2023 par l'entreprise Graniou Azur, en vue de l'implantation de 6 antennes de téléphonie mobile de 3 m de hauteur, 16 coffrets techniques, 2 armoires techniques et de garde-corps sur la toiture terrasse d'un immeuble situé sur une parcelle cadastrée 137 EP 299, 146 route des Commoni, sur le territoire de cette commune, est annulé.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Toulon de délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 13 mars 2023.
Article 3 : La commune de Toulon versera aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex, prises conjointement, une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex et à la commune de Toulon.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Quaglierini, premier conseiller Mme Bonmati, magistrat honoraire
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La rapporteure, Signé
D. BONMATI
Le président, Signé
P. HARANG
Le greffier, Signé
P. BERENGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,
Le greffier.
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