lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301668 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement n° 1600870 du 12 juin 2018, le tribunal administratif de Toulon a, d'une part, condamné l'Etat à indemniser le préjudice de Mme C en lui versant une somme, assortie des intérêts au taux légal et aux intérêts capitalisés, égale à la différence entre l'intégralité des traitements, primes et indemnités statutaires qu'elle a effectivement perçus entre le 1er janvier 2011 et la date de lecture de ce jugement et ceux qu'elle aurait dû percevoir, au titre de ladite période, en cas de déroulement de carrière identique aux conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP), qui ont été nommés en qualité d'élève de l'ancien corps des conseillers d'insertion et de probation (CIP) en juin 2009 et titularisés dans celui de CPIP en juin 2011 et, d'autre part, renvoyé la requérante devant l'administration pour qu'il soit procédé à la liquidation de ladite indemnité.
Par une demande, enregistrée le 15 mars 2023, Mme D C demande au tribunal de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 1600870 du 12 juin 2018 et au besoin de prononcer une astreinte.
Par une ordonnance en date du 1er juin 2023, la présidente du tribunal administratif a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bernabeu, présidente-rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".
2. D'une part, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, si la décision dont l'exécution lui est demandée prescrit déjà les mesures qu'implique nécessairement cette décision, d'en préciser la portée dans l'hypothèse où elles seraient entachées d'une obscurité ou d'une ambigüité. Le cas échéant, il lui appartient aussi d'en édicter de nouvelles en se plaçant, de même, à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.
3. D'autre part, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites ou qu'il prescrit lui-même par la fixation d'un délai d'exécution et le prononcé d'une astreinte suivi, le cas échéant, de la liquidation de celle-ci, en tenant compte tant des circonstances de droit et de fait existant à la date de sa décision que des diligences déjà accomplies par les parties tenues de procéder à l'exécution de la chose jugée ainsi que de celles qui sont encore susceptibles de l'être.
4. Par un jugement n° 1600870 du 12 juin 2018, le tribunal administratif de Toulon a condamné l'Etat à indemniser le préjudice de Mme C en lui versant une somme, assortie des intérêts au taux légal et aux intérêts capitalisés, égale à la différence entre l'intégralité des traitements, primes et indemnités statutaires qu'elle a effectivement perçus entre le 1er janvier 2011 et la date de lecture de ce jugement et ceux qu'elle aurait dû percevoir, au titre de ladite période, en cas de déroulement de carrière identique aux conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP), qui ont été nommés en qualité d'élève de l'ancien corps des conseillers d'insertion et de probation (CIP) en juin 2009 et titularisés dans celui de CPIP en juin 2011. Ce jugement, devenu définitif, a été notifié le 21 juin 2018 au garde des sceaux, ministre de la justice. Les éléments permettant de calculer le montant de l'indemnité due dans cette mesure par l'Etat à Mme C ne figurant pas au dossier, le tribunal a renvoyé l'intéressée devant la ministre de la justice afin de procéder à la liquidation de l'indemnité à laquelle elle a droit. Par un courrier enregistré au greffe le 15 mars 2023, Mme C a demandé au tribunal l'exécution de ce jugement. Le tribunal a alors ouvert une phase administrative, puis une procédure juridictionnelle de l'exécution du jugement concerné.
5. Le garde des sceaux, ministre de la justice, à qui a été transmise la demande tendant à l'exécution du jugement n° 1600870 du 12 juin 2018 n'a produit aucune observation dans le cadre de la présente procédure. Il ne justifie par suite d'aucune mesure d'exécution du jugement précité, ni d'aucune impossibilité d'exécuter cette décision juridictionnelle, ni de la moindre diligence accomplie à cette fin. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à la liquidation de l'indemnité à laquelle Mme C peut prétendre en réparation de son préjudice financier, conformément à ce qui a été jugé par le tribunal au point 6 du jugement du 12 juin 2018, et le versement de l'indemnité correspondante, laquelle sera assortie des intérêts au taux légal et des intérêts capitalisés, tels que calculés conformément aux motifs exposés aux points 8 et 9 du jugement du 12 juin 2018. Compte tenu de la nécessité d'assurer l'exécution du jugement en litige et en l'absence de diligences accomplies en ce sens par l'administration, il y a également lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de deux mois.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à la liquidation de l'indemnité à laquelle Mme C peut prétendre en réparation de son préjudice financier, conformément à ce qui a été jugé par le tribunal au point 6 du jugement n° 1600870 du 12 juin 2018, et au versement de l'indemnité correspondante, laquelle sera assortie des intérêts au taux légal et des intérêts capitalisés, tels que calculés conformément aux motifs exposés aux points 8 et 9 du jugement précité du 12 juin 2018. Cette injonction est assortie d'une astreinte de 50 euros par jour, à compter de l'expiration du délai de deux mois.
Article 2 : Le garde des sceaux, ministre de la justice, communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le jugement n° 1600870 du 12 juin 2018.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,
- M. A et M. B, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,
Signé
F. A
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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