lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juin 2023, M. B A, représenté par Me Lebreton, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Var lui a refusé le bénéfice d'un contrat d'accompagnement à l'autonomie ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Var de le prendre en charge dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- il n'a jamais eu accès à son test osseux et son consentement libre reste à démontrer ; un tel test n'est pas fiable selon la communauté scientifique ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête qui n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire est irrecevable ;
- subsidiairement, les moyens sont infondés.
Par une décision du 11 avril 2023, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de la présente affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D A, se disant né le 3 janvier 2005 en Côte d'Ivoire, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département du Var à compter du 3 février 2022, par une ordonnance aux fins de placement provisoire de la même date. L'intéressé, devenu majeur, a sollicité le bénéfice d'un contrat d'accompagnement à l'autonomie. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Var lui en a refusé le bénéfice au regard des dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Les dispositions de l'article L. 222-5 du même code, dans leur version alors applicable, prévoient que, sur décision du président du conseil départemental : " () / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du même code : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental et du représentant de l'Etat dans le département en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". Et en vertu du premier alinéa de l'article L. 134-2 dudit code, les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée.
4. Il résulte des dispositions mentionnées aux points 2 et 3 que lorsqu'un majeur âgé de moins de vingt et un ans entend contester la décision par laquelle le président du conseil départemental a refusé de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge dans le cadre des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, l'intéressé se doit, avant d'introduire un recours contentieux, de présenter auprès du président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 134-2 du même code, la mesure d'accompagnement sollicitée constituant une prestation légale d'aide sociale. Seule la décision prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées est susceptible d'être déférée devant le tribunal, en ce qu'elle se substitue à la décision initiale. A défaut d'un tel recours, la contestation portée directement devant le juge administratif est donc irrecevable. En outre, la circonstance que l'obligation du recours administratif prévu à l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles n'ait pas été indiquée dans les voies et délais de recours de la décision litigieuse, aussi regrettable qu'elle soit, si elle empêche que commence à courir le délai de recours contentieux, est en revanche sans incidence sur l'irrecevabilité de la demande aux fins d'annulation de ladite décision présentée directement devant la juridiction.
5. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas justifié avoir exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées. Dans son mémoire en défense enregistré le 23 avril 2024, mis à disposition du conseil de M. A le 25 avril suivant via l'application " Télérecours " et réputé lu deux jours ouvrés après cette transmission en application de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative, le département du Var a opposé la fin de non-recevoir tirée de l'absence de recours administratif préalable obligatoire. Le requérant n'ayant pas justifié avoir exercé ce recours avant de présenter sa requête devant le tribunal, les conclusions aux fins d'annulation de la décision contestée sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée à ce titre doit ainsi être accueillie. Par suite, doivent être rejetées par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. CLa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026