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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301695

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301695

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEGA-CITE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a examiné la requête de la SAS des Caramagnoles contestant le refus du maire de Cogolin de lui délivrer un permis de construire modificatif. La société souhaitait remplacer une citerne aérienne par un poteau incendie pour la défense contre l'incendie de son projet. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, considérant que le maire n'avait pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation en se fondant sur les risques pour la sécurité publique et l'insuffisance de la défense incendie, conformément à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. La décision a également écarté les moyens relatifs à l'incompétence et à l'incomplétude du dossier.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2023, la société par actions simplifiées (SAS) des Caramagnoles, représentée par la SELAS Léga-cité par l’intermédiaire de Me Jacques, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 9 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Cogolin lui a refusé la délivrance d’un permis de construire modificatif ;

2°) d’enjoindre au maire de la commune de Cogolin de lui délivrer le permis de construire modificatif, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cogolin une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée d’incompétence ;
- est entachée d’une erreur de droit, dès lors qu’elle a pour base légale le Règlement départemental de défense extérieure contre l’incendie ;
- est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le maire de Cogolin s’est cru en situation de compétence liée au regard de l’avis de la direction départementale d’incendie et de secours du Var ;
- est entachée d’une erreur de droit, dès lors qu’un devis ne fait pas partie des pièces exigées pour l’instruction d’une demande de permis de construire ;
- méconnaît les dispositions de l’article R. 2225-8 du code général des collectivités territoriales ;
- est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2023, la commune de Cogolin, représentée par la SELARL BRL Bauducco Rota Lhotellier par l’intermédiaire de Me Bauducco, conclut au rejet de la requête, à la cristallisation des moyens à compter d’un délai de deux mois après dépôt du premier mémoire en défense de la commune de Cogolin en application de l’article R. 600-5 du code de l’urbanisme et à ce que soit mise à la charge de la SAS des Caramagnoles la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens sont infondés.

Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 14 novembre 2024.

Une note en délibéré a été enregistrée le 10 décembre 2025 pour la commune de Cogolin, une note en délibéré a été enregistrée le 10 décembre 2025 pour la SAS des Caramagnoles.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ridoux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- et les observations de Me Couderc pour la SAS Des Caramagnoles et celles de Me Lhotellier pour la commune de Cogolin.


Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 19 avril 2022, le maire de Cogolin a accordé un permis de construire à la SAS des Caramagnoles, pour la reconstruction à l’identique d’un logement de fonction détruit par incendie en août 2021. Pour assurer la défense incendie du logement de fonction, le projet initial prévoit l’installation d’une citerne aérienne de 120 m3 à une distance de 194 mètres de l’entrée du logement, ainsi que la réalisation d’un chemin d’accès et d’une aire de retournement pour les véhicules de secours. En raison du montant onéreux des travaux, la SAS des Caramagnoles a déposé une demande de permis de construire modificatif. L’objet de la modification est le remplacement de la citerne initialement prévue par un poteau incendie à créer sur le terrain d’assiette. Par un arrêté du 9 mai 2023, le maire de Cogolin a refusé le permis de construire modificatif. Par sa requête, la SAS des Caramagnoles demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

L’arrêté du 19 avril 2022 portant refus de permis de construire modificatif doit être regardé comme comportant quatre motifs. Le premier motif de refus est tiré de l’absence de devis versé au dossier, qui doit être regardé comme une incomplétude du dossier de demande de permis de construire modificatif. Ensuite, la commune de Cogolin base son refus sur le risque d’atteinte à la salubrité publique en raison de la détérioration de l’eau due à un temps de séjour trop élevé. Dans un troisième temps, un motif technique tenant à la nécessité de poser un compteur d’eau de diamètre de 80 mm pour limiter les pertes de charges, qui empêcherait la comptabilisation des consommations liées à des faibles débits, est avancé. Enfin, le quatrième motif repose sur la défense extérieure contre l’incendie qui ne serait pas assurée.

En ce qui concerne l’incomplétude du dossier de demande de permis de construire modificatif :

Aux termes de l’article R. 431-7 du code de l’urbanisme : « Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ». Aux termes de l’article R. 431-8 du même code : « Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; /e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ».

Le requérant soutient qu’un devis ne fait pas partie des pièces pouvant être exigées par l’autorité compétente pour l’instruction d’une demande de permis de construire. Or pour s’opposer au projet, la commune relève l’absence de devis accepté pour la création du poteau incendie. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive, que le projet consiste en la mise en place d’un poteau incendie d’une capacité de 60 m3 par heure pendant deux heures avec deux sorties en diamètre 100. Le devis exigé n’entre pas dans la liste limitative des pièces à produire. Il s’ensuit que le maire ne pouvait légalement se fonder sur le motif tiré de l’incomplétude du dossier pour refuser le permis de construire modificatif sollicité.

En ce qui concerne les méconnaissances de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme :

Aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ». En vertu de ces dispositions, lorsqu’un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l’autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu’il n’est pas légalement possible, au vu du dossier et de l’instruction de la demande de permis, d’accorder le permis en l’assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d’une nouvelle demande, permettraient d’assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l’administration est chargée d’assurer le respect.

S’agissant du risque de salubrité publique :

Pour s’opposer à la demande de permis de construire modificatif en litige, la commune de Cogolin s’est fondée sur le motif de salubrité publique, précisant qu’un temps de séjour trop élevé entrainerait une détérioration de l’eau.

Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire propose la pose d’un clapet anti-retour, qui semble pouvoir solutionner ce risque de salubrité publique, ce qui n’est pas contesté en défense. De plus, le motif de salubrité publique est peu étayé. Il s’ensuit que le maire ne pouvait légalement se fonder sur un tel motif pour refuser le permis de construire sollicité.

S’agissant du risque incendie :

La commune se borne à affirmer qu’il « ressort des éléments du dossier que la défense extérieure contre l’incendie ne peut être assurée en l’état », alors qu’il ressort des pièces du dossier que le poteau incendie sera d’une capacité de 60 m3 par heure pendant deux heures, à moins de 200 mètres du logement, conformément aux caractéristiques techniques attendues permettant d’assurer un débit suffisant pour couvrir le risque incendie. Il s’ensuit qu’en opposant un tel motif au projet de construction, la commune de Cogolin a commis une erreur d’appréciation.

En ce qui concerne la nécessité de poser un compteur d’eau :

Pour s’opposer à la demande de permis de construire modificatif en litige, la commune de Cogolin s’est fondée sur un motif technique, non dépourvu d’ambigüité, selon lequel « la pose d’un poteau incendie en domaine privé nécessiterait la pose d’un compteur d’eau de diamètre de 80 mm pour limiter les pertes de charges. Un compteur de ce diamètre ne comptabilise pas les consommations liées à des faibles débits. »

Toutefois, la pose d’un poteau incendie à moins de 200 mètres de l’entrée du logement, avec une capacité de 60 m3 pendant deux heures, a pour objectif d’alimenter en eau les engins de lutte contre l’incendie des sapeurs-pompiers, et non la consommation d’eau quotidienne de ce logement. Ainsi, ce motif n’est pas assorti des précisions suffisantes permettant d’en évaluer le bien-fondé. Partant, la commune de Cogolin ne pouvait légalement se fonder sur ce motif pour refuser le permis de construire sollicité.

Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n’est susceptible, en l’état du dossier, d’entraîner l’annulation de l’arrêté attaqué.

Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l’annulation de l’arrêté du 19 avril 2022 en litige.

Sur l’injonction et l’astreinte :

Lorsque le juge annule un refus d'autorisation d’urbanisme, après avoir censuré l’ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément à l’article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition, ou prescrire cette mesure d’office, sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative.

Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard à l’article L 600-2 du code de l’urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent de l’accueillir pour un motif que l’administration n’a pas relevé, ou que par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivré dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

Il ne résulte pas de l’instruction qu’un motif fasse obstacle à ce que le maire de la commune de Cogolin délivre le permis de construire modificatif déposé par la SAS des Caramagnoles. Dans ces circonstances, il y a lieu d’enjoindre à la commune de Cogolin de délivrer le permis de construire modificatif sollicité, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés à l’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Cogolin au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la SAS des Caramagnoles qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Cogolin une somme de 2 000 euros à verser à la SAS des Caramagnoles au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.


D E C I D E:


Article 1er : L’arrêté du 9 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Cogolin a refusé un permis de construire modificatif est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cogolin de délivrer le permis de construire modificatif sollicité à la SAS des Caramagnoles, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Cogolin versera à la SAS des Caramagnoles une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Cogolin présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SAS des Caramagnoles et à la commune de Cogolin.

Copie en sera adressée au préfet du Var.


Délibéré après l'audience du 5 décembre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Ridoux, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.




La rapporteure,
Signé
A.-L. Ridoux
Le président,
Signé
J.-F. Sauton




La greffière,


Signé


I. Rezoug




La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
Le greffier,


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