lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, M. B A, représenté par Me Oreggia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le préfet du Var a méconnu les stipulations du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié car il justifie résider en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, et que le préfet a commis une erreur de droit en retenant comme période de référence les années 2008, 2011 et 2012.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cros a été entendu au cours de l'audience publique du 4 septembre 2023, lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 19 mai 1974, est entré en France le 8 mai 2005 muni d'un visa de court séjour d'une durée de trente jours. Il a successivement présenté les 9 novembre 2017 et 7 mai 2019 deux demandes tendant à la délivrance d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, en faisant valoir son ancienneté de séjour sur le territoire français d'une durée supérieure à dix ans. Ces demandes ont chacune fait l'objet d'un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français par deux arrêtés du préfet du Var des 13 avril 2018 et 13 novembre 2019, à l'encontre desquels les recours contentieux formés par l'intéressé ont été rejetés, respectivement, par un jugement n° 1801512 rendu le 31 juillet 2018 par le tribunal de céans, confirmé par une ordonnance n° 18MA04110 rendue le 15 novembre 2018 par la cour administrative d'appel de Marseille, devenue définitive, et par un jugement n° 1904392 rendu par le tribunal le 3 mars 2020, confirmé par une ordonnance n° 20MA01488 rendue par la cour le 3 juin 2020, également définitive. M. A a présenté le 13 juillet 2021 une troisième demande de titre de séjour sur le même fondement. Il demande principalement l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de renvoi.
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
3. Pour l'application des stipulations précitées, la période de résidence en France d'au moins dix années s'apprécie à la date de l'arrêté attaqué, soit en l'espèce au 2 mai 2023. Par suite, l'ensemble des soixante-six pièces produites par M. A au titre des années antérieures à 2013 sont inopérantes. Pour l'année 2013, les justificatifs versés au dossier par le requérant, qui se limitent à un relevé bancaire, deux ordonnances médicales et un rapport d'échographie tous datés du mois de janvier, et une autre ordonnance établie en mars, sont insuffisantes pour établir la résidence de M. A en France pendant cette année, ce qui suffit d'ores et déjà à justifier le rejet de sa demande. Au surplus, le requérant ne produit aucune pièce justificative concernant les années 2018 à 2023 incluse, années au cours desquelles sa seule preuve de présence en France résulte des mentions, sur les arrêtés préfectoraux des 13 novembre 2019 et 2 mai 2023, selon lesquelles il a déposé des demandes de titre de séjour les 7 mai 2019 et 13 juillet 2021. Dès lors, la présence continue et habituelle de M. A sur le territoire français n'est pas établie entre 2018 et 2023. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas qu'il réside sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'accord franco-algérien doit ainsi être écarté. Si le préfet a également relevé l'absence de résidence de l'intéressé sur le territoire français pendant les années 2008, 2011 et 2012, cette circonstance surabondante est sans incidence sur la légalité de sa décision.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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