mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301860 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, Mme B C, représentée par Me Moutoussamy demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé le 24 janvier 2023 contre la décision du 2 novembre 2022 par laquelle le département du Var du 2 novembre 2022 a prononcé la suppression totale du revenu de solidarité active (RSA), après suspension des droits pendant plus de quatre mois ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental a suspendu son droit au RSA à compter de septembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au département du Var de lui verser les sommes non versées du fait de la suspension du RSA à compter du mois de juillet 2022, dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge du département du Var le versement à Me Moutoussamy de la somme de 1 250 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- La décision de suspension est entachée d'un vice de procédure tenant au non-respect du principe du contradictoire et ce en méconnaissance des dispositions de l'article L262-37 du code de l'action sociale et des familles ;
- La décision de suspension des droits et celle supprimant les droits au RSA sont illégales dès lors que l'allocataire n'a pas commis de faute ; en effet elle n'a pas fait obstacle au contrôle et n'a pas communiqué des documents qui n'avaient pas à être demandés, soit qu'ils n'existent pas soit qu'ils ne sont pas pertinents.
Vu les autres pièces du dossier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le département du Var, conclut au rejet de la requête de Mme B C.
Il soutient que :
- la décision de rejet du recours administratif préalable obligatoire (RAPO) contre la décision lui notifiant la fin de ses droits au RSA est fondée ;
- Madame C n'a pas fourni les documents réclamés par le département permettant de justifier l'origine de ses revenus ;
- la procédure de suspension a été respectée.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2023.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Mme A pour la CAF du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme A pour la CAF, à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C était bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis une demande du 23 juillet 2007. Par plusieurs courriers des 4 juillet 2022, 25 août 2022 et 28 septembre 2022, le département du Var a demandé à Mme C de lui transmettre les pièces nécessaires à la mise à jour de son dossier. Par un courrier du 28 septembre 2022, l'intéressée est informée de la suspension du RSA suite à une réponse partielle aux demandes de pièces qui lui ont été adressées et invitée à justifier de la nature et ou de la provenance des sommes portées au crédit de ses comptes tel qu'il ressort de tableaux joints en annexe. Par un courrier du 2 novembre 2022, la CAF l'informe qu'elle ne perçoit plus le RSA depuis plus de quatre mois, suite à une décision du conseil départemental et qu'en conséquence il est mis fin à ses droits au RSA. Le 24 janvier 2023, un recours administratif a été formé contre cette décision. En l'absence de réponse de l'administration, ce recours a donné naissance à une décision implicite de rejet. Dans sa requête susvisée, Mme C demande l'annulation de la décision de suspension de ses droits au RSA et de la décision implicite de rejet de son recours préalable contre la décision de suppression de son droit à RSA et doit être regardée comme demandant le rétablissement de son droit au RSA à compter du mois de septembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.Aux termes de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / () 4° () lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre. Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-38 du même code : " Le président du conseil départemental procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme d'une période, définie par décret, sans versement du revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article R. 262-40 du même code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas :/ () 2° Le premier jour du mois qui suit une période de quatre mois civils consécutifs d'interruption de versement de l'allocation () ". En outre, il résulte de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale, applicable en vertu de l'article R. 262-83 du code de l'action sociale et des familles, que la non-présentation à l'organisme chargé du service de la prestation des pièces justificatives nécessaires au contrôle des conditions d'ouverture de droit entraîne la suspension " du versement de la prestation jusqu'à la production des pièces demandées ".Enfin, aux termes l'article R. 262-83 du même code : "Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ainsi que les membres du foyer sont tenus de produire, à la demande de l'organisme chargé du service de la prestation et au moins une fois par an, toute pièce justificative nécessaire au contrôle des conditions d'ouverture de droit, en particulier au contrôle des ressources, notamment les bulletins de salaire. En cas de non-présentation des pièces demandées, il est fait application des dispositions de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale ".
3.Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre une décision de suspension du versement du revenu de solidarité active ou de radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active prononcée sur le fondement des dispositions citées au point 3, lesquelles ne présentent pas le caractère de sanctions, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et notamment des pièces le cas échéant produites en cours d'instance par le requérant. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé pour la période courant à compter de la date de suspension des droits et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
4. En premier lieu, Mme C soutient que la décision de suspension de ses droits au RSA est irrégulière au motif qu'elle a été prise sans respecter le principe du contradictoire prévu à l'article L262-37 du code de l'actio sociale et des familles. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la décision contestée ait été prise sur le fondement de cet article. Par suite le moyen invoqué doit être écarté.
5.En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la suspension des droits au RSA de Mme C résulte de la communication, seulement partielle, des pièces qui lui étaient demandées par le département du Var pour mettre à jour son dossier. L'intéressée soutient que c'est à tort que ses droits au RSA ont été suspendus puis supprimés en faisant valoir qu'elle ne s'est pas opposée au contrôle et qu'elle n'a pas produit des pièces qui n'avaient pas à lui être demandées, soit qu'elles n'existent pas soit que les demandes n'avaient pas de pertinence. Toutefois, il résulte de l'instruction que le département du Var a demandé à l'intéressée des justificatifs de toute sorte relatifs à sa situation professionnelle, à ses ressources et à celles de ses enfants, tels que des relevés bancaires, des justificatifs d'assurance-vie, des avis d'imposition, à savoir toutes pièces de nature à permettre qu'elle remplissait les conditions pour percevoir le RSA. Ainsi, le département par courrier du 4 juillet 2022 a demandé à Mme C de lui communiquer un justificatif de son activité de lissage brésilien, des relevés bancaires depuis janvier 2021 et les avis d'impositions des années 2019, 2020 et 2021. Dans un courrier du 19 juillet 2022, Mme C a répondu partiellement à cette demande en contestant exercer une activité de lissage brésilien et sans fournir son avis d'imposition 2019. Dans un nouveau courrier du 25 août 2022, le département du Var lui a demandé des pièces complémentaires, à savoir ses avis d'imposition des années 2018, 2019 et 2022, ses relevés annuels d'assurance- vie de 2017 à 2022, les relevés de l'ensemble de ses comptes courants et de placements ainsi que ceux de ses enfants pour la période du 1er juin 2017 au 31 décembre 2020 et les relevés de l'ensemble de ses comptes courants et de placements de ses enfants pour la période du 1er janvier 2021 au 31 juillet 2022. Dans un courrier du 21 septembre 2022, Mme C a fourni au département du Var, ses relevés d'assurance-vie pour les années 2017 à 2019, les relevés de compte courant des années 2017 à 2022 ainsi que les avis d'imposition des années 2018 à 2022. Dans un courrier du 28 septembre 2022, le département constate que les relevés de compte des enfants et les relevés d'assurance-vie 2021 et 2022 pourtant demandés à Mme C ne lui ont pas été communiqués.
6.Néanmoins, après cette date, et à l'appui d'un courrier du 15 octobre 2022 produit par le département en défense, Mme C a produit des justificatifs relatifs à deux contrats d'assurance-vie souscrits l'un en septembre 2017, l'autre le 28 janvier 2021, dont elle a procédé aux rachats et au titre desquels elle a perçu sur son compte bancaire, au titre du premier, 2 000 euros le 19 mars 2020, 660 euros le 19 mars 2020 et 2554,09 euros le 22 décembre 2020, et au titre du second, 2 422,25 euros le 21 juin 2021. Par ailleurs, elle affirme que les comptes de ses enfants sont fermés et que les virements fréquents effectués par M. E et Belkacem le sont pour ses filles. Toutefois l'intéressée ne produit pas les justificatifs correspondant aux fermetures des comptes de ses enfants, ni aucune pièce sur la nature exacte des virements précités, ni aucune explication circonstanciée sur les dépôts d'espèce créditant ses comptes bancaires. De plus, et contrairement à ses déclarations trimestrielles de ressources dans lesquelles elle a déclaré ne percevoir aucune ressource depuis 2017, il résulte de l'instruction et notamment des termes du mémoire du département, non contredits par l'intéressée, que les sommes portées au crédit de ses comptes bancaires s'élèvent à 51 842 euros sur cinq ans, dont 3 259 euros de janvier à juillet 2022, dont 2 080 euros de dépôts d'espèce. Enfin, le département fait valoir, sans être contesté, que Mme C exerce une activité professionnelle relative au lissage brésilien, à la taninoplastie et aux injections d'acide hyaluronique notamment, qu'elle n'a jamais déclarée. Dans ces conditions, et même si Mme C a, peu à peu et sur demandes répétées du département, présenté une grande partie des justificatifs demandés, y compris après la suspension du droit au RSA, ces justificatifs sont parcellaires et témoignent que contrairement à ses déclarations trimestrielles de ressources, elle n'était pas sans ressource. En outre, ainsi qu'il a été dit, elle ne conteste pas avoir exercé une activité professionnelle pendant la période en litige. Enfin, elle n'a produit en cours d'instance aucune pièce de nature à justifier qu'elle devait être rétablie dans ses droits au RSA. Par suite, et en application des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, c'est à bon droit que le département du Var a prononcé la suspension puis la radiation des droits au RSA, à l'encontre de Mme C, contrairement à ce qu'elle soutient.
7.Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, Me Moutoussamy et au département du Var.
Copie de la présente décision sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La présidente-rapporteure
Signé
M. D
La greffière,
Signé
G. Bodiger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
P/ le Greffier en chef,
La greffière,
N°2301860
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026