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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301882

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301882

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2023, M. A D C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 février 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de lui délivrer un document de circulation pour mineur.

Il soutient que le préfet était tenu de lui délivrer un titre de séjour dès lors qu'il est entré en France à l'âge de 10 ans et y réside habituellement en application de l'article 7bis -e des accords franco-algériens du 27 décembre 1968, alors que les faits reprochés sont entachés d'erreur car il a été innocenté par le juge pour enfants.

Par un mémoire, enregistré le 5 avril 2024, le préfet du Var conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir qu'un titre de séjour a été délivré suite à l'ordonnance de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauton, président ;

- en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 2004, déclare être entré en France en 2015 et ne plus avoir quitté le territoire français. Le 21 octobre 2022, il a déposé une demande de séjour en tant que mineur étranger devenu majeur.

2. Par arrêté du 8 février 2023, le préfet du Var lui a refusé la délivrance d'un premier titre de séjour au motif d'une menace pour l'ordre public, décision que conteste

M. C. Par ordonnance du 7 juillet 2023, le juge des référés du tribunal administratif de B a suspendu l'exécution de la décision du préfet du Var et lui a enjoint de réexaminer le dossier de M. C.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

3. Lorsque l'administration ne prend une décision faisant droit à la demande d'un administré qu'en vue d'assurer l'exécution de l'ordonnance par laquelle un juge des référés a suspendu l'exécution de la décision de refus initiale et enjoint à l'autorité administrative de procéder à un réexamen de la demande, une telle décision, qui revêt par sa nature même un caractère provisoire, n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale de refus. Il suit de là que l'exception à fin de non-lieu opposée par le préfet du Var doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C, le préfet du Var se fonde sur la circonstance que l'intéressé " s'est fait défavorablement connaître auprès des services de police et de gendarmerie, en 2016 et 2022, pour être l'auteur de violence aggravée par 2 circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et de violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ". Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été relaxé pour les faits de 2022 par jugement du tribunal pour enfants de B en date du 13 septembre 2022, et d'autre part, aucune pièce ne permet d'attester de la réalité des faits commis en 2016, ni, à les supposer matériellement exacts, alors qu'ils présentent au demeurant un caractère ancien et isolé, qu'ils soient d'une gravité suffisante à conférer au maintien en France de l'intéressé le caractère d'une menace à l'ordre public. Il suit de là que le préfet du Var a, en l'état du dossier, entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté refusant à M. C un titre de séjour doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

8. D'une part, il est constant que le 3 aout 2023, soit postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Var a délivré à M. C une carte de résident d'un an l'autorisant à travailler, valable du 13 juillet 2023 au 12 juillet 2024. La présente décision, qui annule l'arrêté du 8 février 2023 portant refus de délivrance de titre de séjour, confère, par voie de conséquence, au titre délivré par le préfet du Var le 3 aout 2023, un caractère définitif. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Var de délivrer un tel titre à M. C.

9. D'autre part en toute hypothèse, à la date du présent jugement, M. C né le 31 décembre 2004 est devenu majeur. Dans ces conditions, le présent jugement, bien qu'accueillant les conclusions à fin d'annulation, ne peut impliquer la délivrance d'un document de circulation pour mineur à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var en date du 8 février 2023 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le président- rapporteur,

Signé

JF. SAUTON

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. QUAGLIERINI

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2301882

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