mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ITEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin et 27 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Durand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole a délivré à la SAS Apertura le permis d'aménager n° PA 083 111 22 O0003 en vue de la division en dix lots à bâtir de la parcelle cadastrée section C n° 535, sise à Les Negadisses à Sainte-Anastasie-sur-Issole (83136) ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'il a intérêt à agir ;
- l'arrêté a été signé par une personne incompétente en l'absence de délégation de signature régulière ;
- le dossier de demande de permis d'aménager est insuffisant à l'aune des articles
R. 442-7 et R. 441-3 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UE 6 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole relatives aux limites séparatives ;
- la notice décrivant le terrain et le projet d'aménagement est insuffisante et erronée dès lors que le bassin de rétention des eaux pluviales est mal positionné et mal dimensionné et ne permet pas l'infiltration des eaux en l'absence d'exécutoire ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UE 8 du règlement du PLU de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole relatives à l'emprise au sol des constructions ;
- le dossier de demande de permis de construire est insuffisant à l'aune de l'article
R. 441-1 du code de l'urbanisme dès lors que le projet, qui porte sur une surface supérieure à
1 hectare et inférieure à 20 hectares, est soumis à la loi sur l'eau en application de l'article
R. 214-1 du code de l'environnement et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation à l'aune de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UE 3 du règlement du PLU de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole relatives à la desserte du projet.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre 2023 et 16 février 2024, la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole, représentée par Me Marchesini, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de justice administrative et demande, en tout état de cause, que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle oppose une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir du requérant et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La requête a été communiquée le 22 août 2023 à la SAS Apertura qui n'a pas produit de mémoire en défense ni versé de pièces à l'instance.
Par un courrier du 20 juin 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de prononcer un sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin de régulariser le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UE 3 du PLU de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole dès lors que le chemin de la Bassaque ne permet pas d'assurer la desserte du projet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- les observations de Me Durand représentant le requérant ;
- et les observations de Me Gonzalez-Lopez représentant la commune de Saint- Anastasie-sur-Issole.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 décembre 2022, la SAS Apertura a déposé une demande de permis d'aménager en vue de diviser en dix lots à bâtir un terrain de 9 862 mètres carrés, situé sur la parcelle cadastrée section C n° 535 à Les Negadisses à Sainte-Anastasie-sur-Issole. Par un arrêté du 24 avril 2023, le maire de Sainte-Anastasie-sur-Issole a délivré le permis d'aménager sollicité. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'occupation du sol de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction.
3. Il ressort de l'acte notarié d'acquisition en date du 25 mai 2018 que M. C est propriétaire des parcelles 391 et 393, la première étant mitoyenne du terrain d'assiette du projet. En outre, le requérant soutient que le projet, par son ampleur, avec la création de dix lots à bâtir, son implantation, en amont de son terrain, et ses caractéristiques entraînant une imperméabilisation des sols importante, est susceptible de générer des nuisances et, notamment, de créer un risque d'inondation supplémentaire de sa parcelle. Dès lors, M. C, voisin immédiat du projet et qui n'a pas à établir le caractère certain des atteintes qu'il invoque, justifie de troubles susceptibles d'affecter les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. () ". En outre, l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Saint Anastasie-sur-Issole a délégué à M. B D, premier adjoint, sa compétence en matière d'urbanisme par un arrêté n° 65/2020 en date du 27 mai 2020, transmis au titre du contrôle de légalité au préfet du Var le même jour. Dès lors, M. D bénéficiait d'une délégation régulière et suffisamment précise pour prendre un arrêté de permis de construire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté a été signé par une autorité incompétente.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 442-7 du code de l'urbanisme : " Le dossier de la demande est, sous réserve de ce qui est dit à l'article R. 442-8, complété par l'engagement du lotisseur que sera constituée une association syndicale des acquéreurs de lots à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien des terrains et équipements communs. ".
7. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni même n'est allégué en défense que le lotisseur s'est engagé à constituer une association syndicale des acquéreurs de lots, ni à rétrocéder à la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole les espaces communs une fois les travaux terminés. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 442-7 du code de l'urbanisme.
8. En dernier lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. Aux termes de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords et indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; (). ".
10. M. C soutient que l'insuffisance de la notice dans la description de l'état du terrain avant travaux et de ses abords n'a pas permis au service instructeur d'apprécier le dénivelé du terrain et, par conséquent, la prise en compte du risque d'inondation sur les propriétés avales. Cependant, d'une part, le requérant n'identifie pas les dispositions du PLU qui ont été méconnues et, d'autre part, les dispositions de l'article R. 441-3 précitées n'imposent pas au lotisseur de préciser l'altimétrie du terrain. Au surplus, il ressort du plan de l'état actuel du terrain à aménager ainsi que de ses abords, que les points NGF ont été indiqués sur l'ensemble du terrain, y compris au nord, et rendent compte de la déclivité du terrain en dépit de la circonstance qu'ils ne sont pas situés sur la limite séparative de la propriété du requérant. En outre, un plan " profils de terrain naturel initial " (PA 05) a été fourni par le lotisseur matérialisant notamment, à l'ouest et à l'est, deux profils en long sud-nord. Par ailleurs, la notice indique que " le dénivelé du foncier du nord au sud est en pente régulière : 14,77 % environ " et contient un croquis éclairant sur ce point avec les cotes NGF : 318.16 au sud et 304.33 au sud. Enfin, au demeurant et ainsi qu'il est dit au point 19 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige présente un risque pour la sécurité et la salubrité publique à l'aune de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, la déclivité du terrain a bien été portée à la connaissance du service instructeur, lequel disposait également d'informations suffisantes sur l'insertion du projet de lotissement dans son environnement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance des pièces du dossier manque en fait.
En ce qui concerne la légalité interne :
11. En premier lieu, aux termes de l'article UE 3 du règlement du PLU de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole : " Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées répondant à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions qui y sont édifiées sans être toutefois inférieures à 4 m de plate-forme. Une largeur inférieure à 4m n'est tolérée que dans le cas de rétrécissements ponctuels de voies de dessertes. / Une autorisation d'urbanisme (déclaration préalable, permis de construire ou d'aménager) peut être refusée sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des aménagements ou constructions envisagés. Un refus peut également être opposé si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. ".
12. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'huissier établi le 27 septembre 2023, que le chemin de la Bassaque, voie privée desservant le terrain d'assiette du projet, mesure 3,40 m puis se réduit à 3 m, 2,90 m, 3, 20 m, 3,10 m et 3,40 m au droit de l'entrée du terrain. Ainsi, la largeur de la voie de desserte est inférieure à 4 mètres. Si la commune en défense fait valoir qu'il ne s'agit que de rétrécissements ponctuels, elle n'apporte cependant aucun élément corroborant cette allégation. Il en ressort également que le projet, qui permet la construction de dix nouvelles maisons individuelles, a pour effet d'augmenter significativement la fréquentation du chemin - de près de 30% d'après les calculs non contestés du requérant. A cet égard, la commune fait valoir qu'un emplacement réservé pour l'élargissement du chemin des Bassaques à six mètres est prévu par le règlement du PLU. Cependant, cet emplacement réservé ne peut être pris en compte dès lors d'une part, que la circonstance qu'il couvre partiellement le terrain d'assiette, ainsi que le fait valoir la commune en défense, est inopérante et, d'autre part, qu'il n'est ni établi par les pièces du dossier ni même allégué qu'un aménagement ni aucun délai n'est arrêté par le conseil municipal de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole. Enfin, si la défense fait valoir que les retraits des entrées de propriétés permettent de faciliter le croisement des véhicules, cette circonstance ne permet pas, alors même que ces débords sont ponctuels, de remédier à l'étroitesse de la voie sur tout son linéaire. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le maire de Sainte-Anastasie-sur-Issole a fait une inexacte application des dispositions de l'article UE 3 précité en accordant le permis en litige.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article UE 6 du règlement du PLU de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole : " Les constructions doivent s'implanter à une distance des limites séparatives au moins égale à 4 mètres. Cette règle s'applique aux terrains existants ainsi qu'aux terrains issus de divisions constitutives de lotissements et aux terrains issus de divisions effectuées conformément à un permis de construire prévu à l'article R. 431-24 du Code de l'Urbanisme. () ".
14. Le requérant soutient, à l'aune du plan de composition PA 4, que certaines constructions sont implantées au-delà de la ligne de recul de quatre mètres. Cependant, en dépit de la circonstance que ces dispositions sont également applicables aux terrains issus de divisions et que le dossier de permis d'aménager indique l'emplacement prévisionnel des constructions futures, l'arrêté en litige, qui autorise uniquement la division et l'aménagement du terrain en dix lots à bâtir, n'a pas pour objet d'autoriser l'implantation de constructions nouvelles. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article UE 6 précité.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article UE 8 du règlement du PLU de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole : " L'emprise au sol des constructions de toute nature ne peut excéder 10% de la superficie du terrain. Cette règle s'applique aux terrains existants ainsi qu'aux terrains issus de divisions constitutives de lotissements et aux terrains issus de divisions effectuées conformément à un permis de construire prévu à l'article R. 431-24 du Code de l'Urbanisme. () ".
16. D'une part, l'article 2 du permis d'aménager en litige arrête que : " La surface de plancher hors œuvre nette maximale dont la construction est autorisée dans l'ensemble du lotissement est de 1584 mètres carrés. La répartition de cette surface entre les différents lots devra être effectuée de la façon suivante : selon le tableau de répartition en article 15 du règlement du lotissement. ". D'autre part, l'article 15 du règlement du lotissement prévoit que l'emprise au sol totale des constructions est de 963 mètres carrés égale à 10% de la superficie totale de 9 627 mètres carrés. Cependant, eu égard aux termes de l'article UE 8 précité, la règle de l'emprise au sol s'applique lot par lot. Or, il ressort également de l'article 15 du règlement du lotissement, qui indique la superficie du lot ainsi que l'emprise maximale pour chaque lot, que l'emprise au sol maximale projetée dépasse 10 % de la superficie de chaque lot. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le maire de Sainte-Anastasie-sur-Issole a commis une erreur de droit à l'aune des dispositions de l'article UE 8 précité.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
18. Le requérant soutient que le projet expose les propriétés avales à un risque d'inondation accru compte-tenu du dénivelé, de l'imperméabilisation des sols générée par le projet sur un terrain aujourd'hui boisé, de l'emplacement du bassin de rétention et de son insuffisance. Cependant, excepté s'agissant du lot 7, situé en zone d'aléa inondation résiduel par le plan de prévention des risques naturels, il ne ressort pas des pièces du dossier que le terrain d'assiette ni la propriété du requérant sont exposés à un risque d'inondation particulier. En outre, il ressort du plan des réseaux humides, d'une part, que les eaux pluviales résultant de l'imperméabilisation des sols pour la voie d'accès interne s'écoulent vers le bassin de rétention projeté, et d'autre part, que ce bassin de rétention de 88 mètres cubes est dimensionné pour une imperméabilisation de 874 mètres carrés équivalent à la superficie de cette voie. A cet égard, si le requérant soutient que le bassin est insuffisant pour assurer l'évacuation des eaux pluviales résultant de l'imperméabilisation de chaque lot, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que le projet en litige, qui porte uniquement sur la division du terrain et son aménagement en dix lots, autorise ni entraîne une imperméabilisation de chacun des lots laquelle fera, le cas-échéant, l'objet d'autorisations d'urbanisme ultérieures. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le bassin de rétention projeté ne permet pas, par son implantation ni par ses caractéristiques, d'assurer l'évacuation des eaux pluviales générée par l'imperméabilisation de la voie interne et l'aire de retournement alors, au surplus, qu'aucun risque inondation particulier n'est caractérisé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en délivrant le permis d'aménager en litige.
Sur la portée des moyens d'annulation :
19. Il résulte de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
20. D'une part, si la méconnaissance des dispositions de l'article R. 442-7 du code de l'urbanisme et de l'article UE 8 du PLU de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole n'affectent qu'une partie identifiable du projet et sont susceptibles d'être régularisées par la délivrance d'un permis de construire modificatif en revanche, la méconnaissance des dispositions de l'article
UE 3 du PLU relatives à la desserte du projet, eu égard aux caractéristiques de la voie actuelle et à l'ampleur du projet, affecte l'ensemble de la construction. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction ni des écritures en défense, en dépit de l'invitation à produire des observations sur ce point adressée aux parties en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que ce vice est susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le vice tiré de la méconnaissance de l'article UE 3 du PLU ne peut être régularisé par la délivrance d'un permis de construire modificatif.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation totale de l'arrêté du maire de Sainte-Anastasie-sur-Issole en date du 24 avril 2023.
Sur les frais d'instance :
22. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole une somme de 2 000 euros à verser à M. C. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole au titre des frais liés au litige.
DECIDE
Article 1er : L'arrêté susvisé du maire de Sainte-Anastasie-sur-Issole en date du 24 avril 2023 est annulé.
Article 2 : La commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole versera à M. C la somme de 2 000 (deux mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole sur ce fondement sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole et à la SAS Apertura.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
V. VIVES
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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