mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302328 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VALETTE-BERTHELSEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2023 et 2 novembre 2023, la SCI Méditerranée, représentée par Me Baudino, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté né du silence gardé par le maire de la commune de Fréjus sur la demande de permis de construire n° PC 083 061 22 F 0120 déposée le 15 décembre 2022 par la SCI Méditerranée en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier créant 75 logements sur les parcelles cadastrées section BD n° 87, sises 184 rue Joseph Aubenas à Fréjus (83608) ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Fréjus, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire, le cas-échéant assorti des prescriptions permettant d'assurer le respect des observations formulées par l'Architecte des Bâtiments de France dans son avis émis le 1er février 2023, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de permis de construire ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article UA 9.3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Fréjus et des articles
L. 111-11 et L. 332-15 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, l'arrêté n'est pas motivé en l'absence de réponse dans le délai d'un mois à la demande de communication de motifs formée le 26 mai 2023, conformément à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, la commune de Fréjus, représentée par Me Fürstenheim, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 9.3 du règlement du PLU de la commune de Fréjus.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune de Fréjus ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mars 2024 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- et les observations de Me Baudino représentant la SCI Méditerranée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 décembre 2022, la SCI Méditerranée a déposé une demande de permis de construire n° PC 083 061 22 F 0120 en vue de la réalisation d'un immeuble créant 75 logements, dont 23 logements locatifs sociaux sur une parcelle cadastrée section BD n° 87 située 164 rue Joseph Aubenas à Fréjus. Par un courrier du 10 janvier 2023, le maire de la commune de Fréjus a informé la société pétitionnaire de la prolongation du délai d'instruction en application des articles R. 423-24 à R. 423-33 du code de l'urbanisme, de la saisine de l'Architecte des Bâtiments de France (ABF) pour avis conforme et de la naissance d'un arrêté de refus de permis de construire tacite dans l'hypothèse d'un avis défavorable ou d'un avis favorable assorti de prescriptions de l'ABF sur le projet. Le 1er février 2023, l'ABF a donné un avis favorable au projet sous réserve du respect des prescriptions. Par un courrier du 25 mai 2023, la société Promogim a demandé au maire de communiquer les motifs de refus à la demande de permis de construire n° PC 083 061 22 F 0120. Par un courrier du 14 juin 2023, le maire de Fréjus a informé la société pétitionnaire, en application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, de son intention de procéder au retrait de l'arrêté de permis de construire tacite obtenu le 15 mai 2023. Par un courrier du 27 juin 2023, la SCI Méditerranée a, par l'intermédiaire de son conseil, sollicité à nouveau la communication des motifs de la décision implicite de refus de permis de construire. La SCI Méditerranée demande l'annulation de l'arrêté par lequel le maire de Fréjus a implicitement rejeté sa demande de permis de construire par le silence prolongé gardé sur sa demande déposée le 15 décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article UA 9.3 du règlement de PLU de la commune de Fréjus : " 9.3 - Réseaux divers : Toute construction susceptible de requérir une alimentation en électricité doit être desservie par un réseau de capacité suffisante. / Pour toute construction ou installation nouvelle, les branchements aux lignes de distribution d'énergie et d'éclairage public ainsi qu'aux câbles téléphoniques doivent être réalisés en souterrain ".
3. En outre, d'une part, l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé ou un certificat d'urbanisme négatif doit être délivré lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
4. D'autre part, l'article L. 332-15 du même code dispose que : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, (). L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () ". Il résulte de ces dispositions que, pour l'alimentation en électricité, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'électricité, notamment les ouvrages d'extension ou de branchement en basse tension, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.
5. Il ressort des termes de l'avis d'Enedis rendu le 1er juin 2023 que le projet nécessite une alimentation en électricité d'une puissance de 840 kilowattheures et implique, d'une part, une extension du réseau haute tension sur quarante mètres et du réseau basse tension sur cinquante mètres, d'autre part, l'installation de deux postes de distribution publique d'électricité sur le terrain d'assiette du projet. La commune fait valoir que les ouvrages d'extension du réseau basse tension ont eux-mêmes le caractère d'équipement public. Cependant, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les travaux en litige portent sur la voie publique sur une distance inférieure à cent mètres et représentent, dès lors, un simple allongement du réseau. Par ailleurs, ni l'avis du 1er juin 2023, ni aucune autre pièce du dossier, ne permet d'établir que la création de deux postes de distribution, au surplus situés sur le terrain d'assiette du projet, implique la réalisation de travaux de renforcement de la capacité du réseau public de distribution d'électricité. Dans ces conditions, les travaux permettant d'assurer la desserte du projet par le réseau public d'électricité ne nécessitent pas une extension de ce réseau et constituent, dès lors, un équipement propre dont la charge incombe au pétitionnaire en application des dispositions précitées. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le maire de Fréjus a fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui délivrer le permis de construire sollicité.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Méditerranée est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le maire de Fréjus a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité pour le motif explicité dans son courrier du 14 juin 2023.
7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1, l'autre moyen soulevé n'est pas de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas-échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.
9. Compte tenu des motifs d'annulation, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif serait susceptible de justifier ce refus, ni qu'un changement de circonstances serait intervenu et ferait obstacle à la délivrance de ce permis, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au maire de la commune de Fréjus de délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
10. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 1 500 euros au bénéfice de la SCI Méditerranée. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune de Fréjus au titre des frais liés au litige.
DECIDE
Article 1er : L'arrêté susvisé né du silence prolongé gardé par le maire de Fréjus sur la demande de permis de construire déposée le 15 décembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Fréjus de délivrer à la SCI Méditerranée le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Fréjus versera à la SCI Méditerranée la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la commune de Fréjus sur ce fondement sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Méditerranée et à la commune de Fréjus.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026