mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302438 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 juillet et 23 août 2023 Mme B C demande au Tribunal d'annuler la décision du 6 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation DALO du Var a rejeté sa demande d'inscription comme prioritaire pour l'attribution d'urgence d'un logement social présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2023 le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés.
Vu :
- la désignation du président du tribunal ;
- la décision du magistrat statuant seul de dispenser le rapporteur public, M. D, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 23 février 2024, le rapport de M. Privat, président.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code dans sa rédaction applicable : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. (). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux.; -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; -être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".
3. Il résulte du dernier alinéa de ces dispositions que " La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".
4. Mme C habite un logement atteint d'une plombémie élevée, puisque sa fille A née le 7 juin 2011 a fait l'objet d'une analyse toxicologique réalisée le 7 avril 2023 dont la conclusion est " attention limite de toxicité au plomb sanguin dépassée ". Suite à cette analyse le service hygiène et santé de l'agglomération Estérel Côte d'Azur a été rendu destinataire de la déclaration obligatoire faite par l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur. Sa direction du pôle valorisation du cadre de vie a diligenté deux agents qui se sont rendus au domicile le 12 avril 2023 et ont constaté de nombreuses moisissures, l'effritement de la peinture des murs, menuiseries et plafond et le fonctionnement incomplet du système de ventilation mécanique. Le préfet du Var produit un mail daté du 24 février 2023 d'un inspecteur en santé dudit pôle attestant que des travaux de mise en sécurité de l'installation électrique ont été réalisés ainsi qu'une remise en route de l'installation de ventilation mécanique contrôlée mais mentionnant " qu'aucun rapport de contrôle n'a été rédigé " et que " ce dossier a été clôturé ". Il produit aussi une lettre de ladite direction adressée à la requérante indiquant que " lors de cette entrevue [avec elle] la clôture du dossier concernant votre logement vous a été confirmée à la suite des travaux réalisés le 15 décembre 2022 par l'entreprise mandatée par votre propriétaire ". L'analyse toxicologique étant postérieure aux éléments produits par le préfet du Var et datée du 7 avril 2023 il ressort ainsi des pièces du dossier que la commission de médiation Dalo du Var a, le 6 juillet 2023, bien que Mme C n'entre qu'incomplètement dans les prévisions susvisées, entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite Mme C est fondée à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen tiré du risque d'expulsion.
5. Le présent jugement implique nécessairement que la commission de médiation Dalo du Var reconnaisse la requérante comme prioritaire et devant être relogée d'urgence. Cette nouvelle décision devra intervenir dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
DECIDE
Article 1er : La décision susvisée du 6 juillet 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation Dalo du Var de reconnaître Mme C comme prioritaire et devant être relogée d'urgence, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le président-rapporteur La greffière
Signé : Signé :
J-M. PRIVAT K. BAILET
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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