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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302448

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302448

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBLANCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2023 et le 2 février 2024,

M. A C, M. B C et Mme D C, représentés par Me Blanchard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération en date du 13 avril 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sainte-Maxime a approuvé la révision n°1 de son plan local d'urbanisme (PLU), ensemble la décision du 3 juillet 2023 rejetant leur recours gracieux en date du 24 mai 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Maxime une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération n'est pas suffisamment motivée eu égard aux termes de l'article L211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment précise au regard des objectifs poursuivis par le projet de révision contrairement aux dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, la modification du PLU qui a pour effet de classer leur parcelle (n°B2969) en zone naturelle n'entre dans aucun des objectifs listés par le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors qu'en prévoyant l'aménagement d'équipements publics sur leur parcelle, le PLU révisé étend

-

l'urbanisation à leur parcelle (n°B2969) initialement à vocation agricole, désormais reclassée en zone naturelle ;

- le classement de leur parcelle en zone naturelle procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de la situation existante sur les parcelles voisines, classées en zone A et UEc, qui enclavent leur parcelle, laquelle est une simple friche ;

- le classement en zone naturelle de leur parcelle procède d'un détournement de pouvoir dès lors que la commune souhaite pouvoir acquérir cette dernière à moindre coût pour y aménager des équipements publics.

Par des mémoires en défense enregistrés le 12 janvier 2024 et le 25 avril 2024, la commune de Sainte-Maxime, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des consorts C la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une ordonnance du 25 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 juin 2024 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- etlesobservationsdeMeVoskarides,substituantMeBlanchard,pourles consorts C, ainsi que celles de Me Orlandini pour la commune de Sainte-Maxime.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'une modification de son plan local d'urbanisme (PLU), le conseil municipal de la commune de Sainte-Maxime a, par une délibération du 18 novembre 2021, arrêté un projet de PLU soumis ensuite à avis. Par une délibération du 13 avril 2023, le conseil municipal a approuvé la révision n°1 de son PLU. Par un courrier adressé au maire de Sainte- Maxime le 13 avril 2023, les consorts C ont exercé un recours gracieux à l'encontre de la délibération du 13 avril 2023 en tant qu'elle modifie le zonage de leur parcelle. Par une décision du 3 juillet 2023, leur recours gracieux a été rejeté. Par leur requête, les consorts C demandent à ce que soient annulées cette dernière décision ainsi que la délibération du 13 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la délibération en litige :

2. En premier lieu, les requérants soutiennent que la délibération du 13 avril 2023 portant révision n°1 du PLU n'est pas suffisamment motivée. Toutefois, une telle décision constituant un acte règlementaire, elle n'avait pas à mentionner les circonstances de fait et de droit qui la motivent telles que le prévoient les dispositions des articles L. 211-2 à L. 211-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté comme étant inopérant.

3. En second lieu, en vertu des dispositions de l'article L153-32 du code de l'urbanisme, la révision du PLU est prescrite par délibération du conseil municipal. Aux termes de l'article L153-33 de ce code : " La révision est effectuée selon les modalités définies par la section 3 du présent chapitre relative à l'élaboration du plan local d'urbanisme (). Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3 ".

Les requérants soutiennent que la délibération du 13 avril 2023 portant approbation de la révision n°1 du PLU est insuffisamment précise au regard des objectifs poursuivis par le projet de révision, lesquels auraient dû être expressément rappelés. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions combinées des articles L153-33 et L153-11 du code de l'urbanisme que la délibération approuvant la révision du PLU doive rappeler les objectifs de cette révision. Au demeurant, il résulte des termes de la délibération contestée qu'elle se réfère dans ses visas à la délibération adoptée le 21 décembre 2017 qui prescrit la mise en révision du PLU et rappelle, notamment, les objectifs de la révision. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisamment précis de la délibération approuvant la révision du PLU doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la délibération en litige :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-6 du même code : " Les nouvelles routes de transit sont localisées à une distance minimale de 2 000 mètres du rivage. Cette disposition ne s'applique pas aux rives des plans d'eau intérieurs. / La création de nouvelles routes sur les plages, cordons lagunaires, dunes ou en corniche est interdite. / Les nouvelles routes de desserte locale ne peuvent être établies sur le rivage, ni le longer. / Toutefois, les dispositions des premier, deuxième et troisième alinéas ne s'appliquent pas en cas de contraintes liées à la configuration des lieux ou, le cas échéant, à l'insularité. La commission départementale de la nature, des paysages et des sites est alors consultée sur l'impact de l'implantation de ces nouvelles routes sur la nature. / L'aménagement des routes dans la bande littorale définie à l'article L. 121-16 est possible dans les espaces urbanisés ou lorsqu'elles sont nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau ". Enfin, selon l'article L. 121-8 du même code : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de

1.

distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ".

5. Les requérants soutiennent que la délibération en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que les emplacements réservés relatifs à l'aménagement d'équipements publics prévus sur leur parcelle vont étendre la densité de l'urbanisation de cette dernière, initialement classée en zone agricole avant la révision du PLU la classant en zone naturelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le PLU révisé, adopté le 13 avril 2023, prévoit en zone naturelle des emplacements réservés n°1 et n°2, au bénéfice du département, ayant pour objet la " Création du Contournement Ouest de Sainte-Maxime de la limite de commune avec Grimaud à la RD25 " ainsi que la " Création et aménagement d'un carrefour de connexion entre le COSMA, le CESMA, la RD25 et la RD74 " et aucune extension de l'urbanisation. Par ailleurs, dès lors que, d'une part, les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 5 prévoient des règles dérogatoires aux dispositions portant aménagement et protection du littoral concernant certains ouvrages et routes, et que, d'autre part, les emplacements réservés en cause portent sur l'installation, la construction ou l'aménagement de nouvelles routes, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la délibération contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle des requérants jouxte, au Nord, la route départementale n°25 (RD25), à l'Est ainsi qu'à l'Ouest, des parcelles ayant une vocation économique (parc de stationnement et zone commerciale) et au Sud, des parcelles utilisées à des fins d'exploitation agricole. Les emplacements réservés dont elle fait l'objet, destinés à créer une voie de transit et de contournement à la RD25, selon les termes du PLU révisé, répondent à l'objectif d'organiser des " alternatives pour mieux se déplacer à Sainte-Maxime " (objectif 13 du projet d'aménagement et de développement durable - PADD), garantissant " l'accessibilité des équipements et services en adéquation avec les besoins futurs de la commune " (objectif 3 du PADD). En outre, la parcelle en cause, dépourvue de construction et en " simple friche ",

1.

selon les termes mêmes des requérants est longée au Sud par la rivière le Préconil, et exposée à un risque d'inondation évalué " bleu " par le plan de prévention des risques d'inondation (PPRIn), interdisant les constructions nouvelles sauf aménagement particulier. Si les requérants soutiennent que le classement de leur parcelle en zone N ne tient pas compte de la situation des parcelles avoisinantes, il ressort toutefois des pièces du dossier que les parcelles exploitées économiquement longent la RD25 et que celles situées plus au Sud sont très faiblement urbanisées et principalement destinées à l'exploitation agricole. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que les rédacteurs de la révision du PLU ont pris le parti d'urbanisme de classer la parcelle en cause en zone naturelle sans ouverture à l'urbanisation afin de prévoir des aménagements de la RD25 et ainsi préserver, au Sud de cette dernière, jouxtant le Préconil, la pérennité des grands paysages de Sainte Maxime, conformément à l'objectif n°9 du PADD, des parcelles à usage agricole et naturelles faiblement urbanisées.

9. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la révision du PLU procède d'un intérêt général d'urbanisme. Par suite le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté comme n'étant pas fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 13 avril 2023 approuvant la révision n°1 du PLU.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C et autres au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Sainte-Maxime qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C et autres la somme demandée par la commune de Sainte-Maxime au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Sainte-Maxime présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à M. B C, à Mme D C et à la commune de Sainte-Maxime.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024 à laquelle siégeaient : Mme Doumergue, présidente,

M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

La présidente,

Signé

M. Doumergue

La greffière Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier.

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