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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302477

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302477

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Farhat-Vayssière, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français en fixant le pays à destination duquel il doit être reconduit, et assorti cette obligation d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement de l'affaire au fond, dans un délai de huit jours à compter de la notification de ce jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en prenant une décision expresse dans un délai de quatre mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser directement à Me Farhat-Vayssière en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cet avocat renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché de défaut de motivation et de défaut d'examen sérieux de sa situation, eu égard à sa situation familiale et à ses garanties de représentation ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses liens personnels et familiaux en France, à l'intérêt supérieur de son enfant et à son droit à mener une vie familiale normale ;

- il porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- il porte atteinte au droit au regroupement familial ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les observations de Me Farhat-Vayssière pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 3 février 1988, demande principalement l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 2 octobre 2023. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de cette aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 612-6 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Selon l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". L'article L. 613-1 dispose que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () " et l'article L. 613-2 que " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Enfin, aux termes de l'article R. 613-1 : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon. Par un arrêté n° 2023/17/MCI du 22 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Var avait donné délégation à M. C pour signer " tous actes et décisions en matière de police des étrangers ". Il s'ensuit que l'intéressé était compétent pour signer l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet acte manque en fait.

5. En deuxième lieu, si M. B soutient que l'arrêté attaqué est dépourvu de motivation, il ne précise pas quelles dispositions législatives ou réglementaires auraient été méconnues. Par suite, le moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes en droit pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, l'arrêté litigieux indique les dispositions applicables à la situation de M. B et précise suffisamment les circonstances de fait, relatives notamment à la situation personnelle et familiale de l'intéressé, sur lesquelles le préfet du Var s'est fondé pour l'obliger à quitter sans délai le territoire français et lui interdire d'y revenir pendant deux ans. En particulier, l'arrêté contesté mentionne les déclarations de M. B relatives à la procédure en contestation de paternité qu'il a engagée devant la juridiction judiciaire. Si le requérant reproche au préfet de ne pas avoir vérifié ses allégations sur ce point ni sollicité les services de l'aide médicale de l'Etat pour s'assurer qu'il disposait de garanties de représentation suffisantes, une telle circonstance est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de l'arrêté en litige, alors qu'au surplus le requérant ne précise pas quelles dispositions auraient obligé le préfet à procéder à de telles diligences. Dans ces conditions, cet arrêté n'est pas entaché d'insuffisance de motivation ni de défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français, à la date du 30 décembre 2012 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 12 novembre 2013 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 28 avril 2014 de la Cour nationale du droit d'asile, dont il n'est pas contesté qu'elle est devenue définitive. L'intéressé s'est soustrait à l'exécution des deux précédents arrêtés préfectoraux des 17 juin 2014 et 21 août 2019 lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'ayant obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il est célibataire et sans enfant à charge. S'il déclare être le père d'un enfant né le 15 août 2014 et s'il a engagé le 21 janvier 2020 une action en contestation de paternité contre son ex-concubine et le compagnon de celle-ci qui a reconnu l'enfant, le tribunal judiciaire de Toulon a prononcé la radiation de cette affaire du rang des affaires en cours par un jugement du 25 mai 2023, alors qu'au demeurant le requérant ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des liens qu'il pourrait entretenir avec cet enfant. En outre, M. B ne justifie d'aucun revenu, d'aucun travail ni d'aucune insertion sociale en France. Il ne conteste pas que sa famille réside en Algérie où il a vécu, selon ses propres déclarations, au moins jusqu'en 2010 c'est-à-dire jusqu'à l'âge de 22 ans. Enfin, il ressort de son procès-verbal d'audition par la police nationale le 26 juillet 2023 qu'il a déclaré ne pas accepter de retourner dans son pays d'origine en cas de nouvelle mesure d'éloignement. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et alors même que M. B fait valoir sa présence en France depuis 2012 et son hébergement depuis 2021 par un compatriote algérien en situation régulière, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle et familiale du requérant en l'obligeant à quitter le territoire français sans lui accorder un délai de départ volontaire, cette situation entrant dans le champ d'application des dispositions combinées des 3° et 4° de l'article L. 611-1, du 3° de l'article L. 612-2 et des 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur de l'enfant, au sens des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent.

8. En cinquième lieu, M. B soutient disposer de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il est hébergé depuis 2021 par un compatriote algérien titulaire d'un titre de séjour. Toutefois, la décision contestée l'obligeant à quitter sans délai le territoire français se fonde, ainsi que le permettent les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et des 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non seulement sur l'absence de garanties de représentation suffisantes, mais aussi sur la double circonstance que l'intéressé a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il s'est soustrait à l'exécution des deux précédentes mesures d'éloignement dont il avait fait l'objet. Dans ces conditions, le moyen est inopérant. Au surplus, les dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du même code prévoient que l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes notamment lorsqu'il ne peut pas présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, indépendamment de ses conditions de logement ou d'hébergement. En l'espèce, l'intéressé se borne à produire un passeport algérien expiré depuis le 4 mars 2014. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Var a estimé qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes.

9. En sixième lieu, le moyen tiré de l'atteinte portée au droit au regroupement familial n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé, M. B n'expliquant pas en quoi sa situation relèverait d'un tel droit.

10. En dernier lieu, M. B conteste l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre par le préfet du Var pour une durée de deux ans, en faisant valoir que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur ce dernier lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, sauf circonstances humanitaires contraires. Ces dispositions ne subordonnent pas l'édiction d'une interdiction de retour à la condition que l'étranger représente une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen est inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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