lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Oreggia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux a été pris en violation des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreurs de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bernabeu a été entendu lors de l'audience publique du 2 octobre 2023 où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 12 avril 1968 à Toumiat, soutient être entrée en France le 7 octobre 2010 et s'y maintenir depuis lors. Elle a sollicité, le 17 juin 2021, son admission au séjour au titre de la " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. En l'espèce, si Mme B, divorcée depuis 2020 et sans enfant, soutient résider habituellement en France depuis 2010, elle ne produit aucune pièce justificative permettant d'établir une présence habituelle sur le territoire national depuis la date alléguée, telles que bail, relevés d'identité bancaires, fiches de paie, avis d'imposition, pièces médicales ou de l'assurance maladie et tout autre document démontrant une présence effective en France, et se borne à verser des attestations émanant de deux frères et d'une sœur ainsi que d'associations, ces dernières ne pouvant au mieux démontrer qu'une participation ponctuelle à leurs activités. En outre, si la requérante estime que l'arrêté est entaché d'erreur fait dès lors qu'il ne mentionne pas le décès de son père et relève au contraire qu'une assistance peut lui être prodiguée notamment par les organismes sociaux français, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle en aurait informé les services préfectoraux en cours d'instruction de sa demande et, en toute hypothèse, un tel constat est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige, qui se fonde sur une appréciation globale de ses attaches familiales en France. La circonstance que, contrairement aux mentions erronées de cet arrêté, son père n'a pas de fils prénommé C, habitant à son domicile, est, également et par elle-même, sans incidence. Par ailleurs, si deux frères et une sœur de Mme B résident en France, il est constant que l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Maroc où vivent d'autres membres de sa fratrie et où elle a passé la majeure partie de sa vie d'adulte. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'alors que Mme B indique elle-même n'exercer aucune activité professionnelle, l'insertion de la requérante dans la société française, en raison du suivi de cours de français et d'activités associatives, serait telle que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée. Ainsi, eu égard à toutes ces circonstances, les moyens tirés de ce que l'arrêté litigieux méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
5. A supposer que Mme B ait entendu se prévaloir des dispositions précitées au point 4, cette dernière n'a toutefois pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour, de sorte qu'elle ne peut utilement se prévaloir d'une éventuelle violation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant au remboursement des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,
Signé
F. CROS
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
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