lundi 13 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2023, M. B A, représenté par Me Oreggia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait et d'appréciation au regard des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au regard de son ancienneté de séjour, de sa situation familiale et de son insertion dans la société française.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2023 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 13 mai 1976, a déposé le 14 février 2022 une première demande de titre de séjour tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 28 juin 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande et assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France le 24 octobre 2014. Il s'est cependant maintenu irrégulièrement sur le territoire français par la suite, n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation administrative jusqu'au dépôt de la demande de titre de séjour en litige le 14 février 2022, et s'est soustrait à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Var le 26 mars 2019. S'il a épousé en France le 21 août 2021 une compatriote sénégalaise avec laquelle il a eu un enfant né le
9 octobre 2017, il a non seulement déclaré le 26 mars 2019 dans son procès-verbal d'audition par les services de la police aux frontières qu'il était célibataire, qu'il ne vivait pas avec la mère de sa fille et qu'il était hébergé par ses deux sœurs résidant à Toulon, mais en outre ne verse aux débats, malgré la demande de production de pièces que lui a adressée le greffe du tribunal le
27 septembre 2023, aucun document justifiant d'une communauté de vie avec son épouse dont il n'établit d'ailleurs pas qu'elle serait en situation régulière. La seule déclaration de communauté de vie co-signée par M. A et son épouse et jointe à sa demande de titre de séjour est insuffisante à cet égard, alors d'ailleurs que cette déclaration qui affirme que la vie commune aurait commencé en 2017 est contredite par le procès-verbal d'audition du 26 mars 2019 précité dans lequel M. A indique qu'il ne vivait pas avec la mère de sa fille à cette date. Le requérant ne démontre pas davantage contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant né en 2017 ni de son second enfant dont il indique dans sa requête qu'il serait né le 28 janvier 2023, sans produire aucun acte de naissance ni de reconnaissance de paternité. Par ailleurs, si M. A soutient disposer d'une promesse d'embauche, il ne la produit pas et, en tout état de cause, ne justifie d'aucun travail, d'aucune expérience professionnelle ni d'aucune ressource. De surcroît, il ne justifie d'aucune insertion dans la société française dont il a volontairement méconnu les lois en n'exécutant pas la précédente mesure d'éloignement du 26 mars 2019, et ne produit pas les attestations dont il se prévaut. Enfin, si l'intéressé invoque la présence en France de trois de ses frères et sœurs, il ne produit aucune pièce justifiant de l'intensité des liens qu'il pourrait avoir avec eux et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le Sénégal, où il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans et où résident, selon ses propres déclarations, ses parents et trois autres membres de sa fratrie. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il disposerait en France de liens personnels et familiaux justifiant la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement reprocher au préfet du Var de ne pas avoir pris en compte la naissance de son deuxième enfant le 28 janvier 2023, dès lors qu'il ne justifie ni de cette naissance, ni de sa paternité, ni de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, ni au surplus avoir informé le préfet de cette nouvelle circonstance de fait.
5. En troisième lieu, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur de fait en retenant l'absence de justification par M. A tant de la communauté de vie avec son épouse que de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de leurs deux enfants, puisque, ainsi qu'il a été dit, le requérant ne produit aucune pièce en ce sens malgré la demande de pièces qui lui a été envoyée par le greffe du tribunal le 27 septembre 2023.
6. En quatrième lieu, les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents.
7. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement reprocher au préfet du Var d'avoir apprécié sa vie privée et familiale au regard notamment des déclarations qu'il avait faites lors de son audition par les services de la police aux frontières le 26 mars 2019, dès lors, d'une part, que ce procès-verbal d'audition permet d'éclairer son parcours de vie sur plusieurs années et donc d'apprécier l'ancienneté et la stabilité de ses liens en France et que, d'autre part, le préfet ne s'est pas fondé exclusivement sur ce document mais aussi sur la situation actualisée de l'intéressé à la date de son arrêté.
8. En dernier lieu, il ressort des pièces versées aux débats par le préfet du Var que c'est seulement par un courriel du 6 janvier 2023 que le conseil de M. A a informé les services préfectoraux de la nouvelle adresse de ce dernier au 37 avenue Auguste Berthon à Toulon. La convocation du 17 novembre 2022 a été envoyée à l'adresse que l'intéressé avait initialement indiquée dans son formulaire de demande de titre de séjour, soit 114 rue Jean Jaurès à Toulon, qui était la seule adresse dont les services préfectoraux avaient alors connaissance. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en retenant que le requérant ne s'était pas présenté au rendez-vous fixé par cette convocation. En tout état de cause, ce motif de l'arrêté attaqué tiré de la non-présentation du requérant à la convocation du 17 novembre 2022 est surabondant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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