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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302593

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302593

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationAide sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a examiné le recours de Mme D, qui contestait le refus du département du Var de délivrer une carte mobilité inclusion portant la mention "stationnement" pour sa fille mineure, atteinte du syndrome de Bartter. La requérante invoquait les limitations de marche et les douleurs de l'enfant pour justifier ce besoin. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que les éléments fournis ne démontraient pas une réduction importante et durable de la capacité de déplacement à pied, notamment un périmètre de marche inférieur à 200 mètres ou la nécessité systématique d’une aide humaine ou technique, conformément aux critères de l’arrêté du 3 janvier 2017 et aux articles L. 241-3 et R. 241-12-1 du code de l’action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2023, Mme C D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 8 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Var a refusé, suite à son recours administratif préalable obligatoire déposé le 2 mai 2023, de délivrer à sa fille A B la carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention stationnement.

Elle soutient que :

- sa fille, prénommée A, est atteinte du syndrome de Bartter lequel contrarie le fonctionnement des tubules qui composent le rein ;

- elle ressent, en raison de cette maladie, de la fatigue, de sévères crampes ou des douleurs musculaires jusqu'à ne plus pouvoir marcher, ce qui justifie la délivrance de la carte sollicitée laquelle est nécessaire pour ses déplacements.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hamon, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hamon, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 janvier 2025 lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de la présente affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 8 juin 2023, le président du conseil départemental du Var a refusé à Mme D, suite à son recours administratif préalable obligatoire déposé le 2 mai 2023, d'attribuer à sa fille née le 9 mars 2017, la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement ". Par la présente requête, l'intéressée doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles :

" I. - La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. () ". Aux termes de l'article R. 241-12-1 du même code : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement. () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Le premier alinéa de l'article R. 241-15 du même code précise que : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans ".

3. L'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. () () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. / Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Il résulte des dispositions précitées aux points 2 et 3 que l'obtention de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à deux cents mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

6. Le président du conseil départemental du Var fait notamment valoir que la fille de la requérante ne remplit aucune des conditions requises par les dispositions précitées ainsi que cela ressort du certificat médical renseigné le 3 novembre 2022 par le médecin traitant de l'enfant qui l'a ausculté préalablement à la demande de la carte litigieuse. Pour justifier la délivrance de la carte qu'elle sollicite, la requérante soutient que sa fille A, née le 9 mars 2017, souffre d'une maladie congénitale laquelle entraine de la fatigue, de sévères crampes ou des douleurs musculaires jusqu'à ne plus pouvoir marcher. Il résulte du certificat médical du 3 novembre 2022 que la fille de Mme D souffre du syndrome de Bartter, qu'elle présente régulièrement de malaises, au moins quinze jours par mois ainsi que de convulsions de manière ponctuelle. Il est précisé que l'enfant subit un ralentissement moteur, avec la nécessité de pauses et qu'il est nécessaire de l'accompagner pour ses déplacements extérieurs. Eu égard à la pathologie dont souffre A et aux conséquences de cette maladie, le besoin d'accompagnement peut être considéré comme excédant celui qui s'impose pour un enfant du même âge. Compte tenu de ces éléments, la fille de Mme D doit être regardée comme étant atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied. La fille de Mme D doit ainsi être regardée comme remplissant les conditions de délivrance de la carte sollicitée posées par les dispositions susvisées aux points 2 et 3 du présent jugement. Par suite, la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 8 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Var a refusé à Mme D, d'attribuer à sa fille A B, la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement " doit être annulée. La présente décision implique la délivrance de cette carte pour une durée de deux ans par le président du conseil départemental du Var et ce, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Var a refusé à Mme D, d'attribuer à sa fille A B, la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement " est annulée.

Article 2 : Le président du conseil départemental du Var délivrera à la fille de Mme D, A B, née le 9 mars 2017, une carte CMI mention " stationnement " pour une durée de deux ans, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au département du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

L. HAMON

La greffière,

signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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