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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302701

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302701

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPORTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 21 août 2023 et 29 avril 2024, la commune de Ramatuelle, représentée par Me Porta, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 21 juin 2023 du conseil communautaire de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez portant approbation de la modification n°1 du schéma de cohérence territoriale (SCOT) du Golfe de Saint-Tropez en tant qu'elle a délimité les espaces proches du rivage sur le territoire de la commune de Ramatuelle ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la délibération du 21 juin 2023 en tant qu'elle a délimité, sur tout le territoire de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, les espaces proches du rivage ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler en totalité la délibération du 21 juin 2023 du conseil communautaire de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez portant approbation de la modification n°1 du SCOT du Golfe de Saint-Tropez ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez la somme de 3 300 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- une procédure de révision du SCOT aurait dû être mise en œuvre à la place de la procédure de modification, en application des dispositions de l'article L. 143-29 du code de l'urbanisme ; la modification approuvée le 21 juin 2023 impacte plusieurs des objectifs du Document d'orientations et d'objectifs (DOO) relevant de l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme ; cette modification a opéré des changements significatifs portant sur des catégories d'objectifs et orientations visées à l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme ;

- la modification a fait l'objet d'une concertation sur le fondement des dispositions de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme ; les objectifs poursuivis par la procédure de concertation, tels qu'ils sont mentionnés dans la délibération du 24 février 2021 du conseil communautaire ouvrant la concertation publique, ne sont pas décrits de manière suffisamment précise ; la concertation publique, qui n'a duré que deux mois et demi, n'a pas été satisfaisante ; la participation à cette concertation publique a été très faible et le public n'a obtenu qu'une information très limitée ; les premières options du projet de modification ont été profondément bouleversées après la première enquête publique et une seconde concertation aurait été nécessaire ;

- le dossier soumis à l'enquête publique était irrégulier en méconnaissance des dispositions de l'article R. 143-9 du code de l'urbanisme ; les conclusions défavorables de la commission d'enquête de la première commission d'enquête n'ont pas été portées à la connaissance du public, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-21 du code de l'environnement ; l'avis du préfet du Var du 15 octobre 2021, essentiel à la compréhension de la portée de la modification n° 1 du SCOT, n'a pas été joint au dossier de l'enquête publique, qui s'est déroulée du 13 février 2023 au 15 mars 2023, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 143-9 du code de l'urbanisme et de l'article R. 123-8 du code de l'environnement ;

- la commission d'enquête n'a pas exprimé un avis personnel et motivé ; il ne ressort pas du contenu de son rapport que la commission d'enquête ait formulé des observations sur les avis des personnes publiques ; cette irrégularité a eu une influence sur le sens de la décision émise et met en cause les garanties qui s'y attachent ;

- l'étude environnementale menée dans le cadre de la modification du SCOT est insuffisante et suffit à entraîner l'annulation de la décision attaquée ; l'étude environnementale menée dans le cadre du projet de modification, qui complète l'étude environnementale annexée au SCOT approuvé le 2 octobre 2019, est insuffisante ; la mission régionale d'autorité environnementale (MRAe) a d'ailleurs constaté, dans son avis du 8 décembre 2022, que l'insuffisance de l'évaluation environnementale n'avait pas été corrigée ;

- le règlement graphique de la modification du SCOT est en contradiction avec la notice du projet de la modification ; le document d'orientation et d'objectifs et l'addendum à l'enquête publique indiquaient que, s'agissant de la délimitation des espaces proches du rivage, le critère de distance se fonde sur une distance moyenne de référence d'un kilomètre ; toutefois, sur les documents graphiques, la profondeur des espaces proches du rivage varie de 1,4 à 3,5 kilomètres, en particulier sur le territoire de la commune de Ramatuelle ;

- le SCOT est incompatible avec l'article L. 123-13 du code de l'urbanisme en ce qu'il inclut des terrains trop éloignés du rivage à l'intérieur des espaces proches du rivage.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 novembre 2023 et 21 mai 2024, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez représentée par Me Barbeau, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Ramatuelle une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juin 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Porta, représentant la commune de Ramatuelle ;

- et les observations de Me Germe, représentant la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez.

Une note en délibéré, présentée par Me Porta pour la commune de Ramatuelle, a été enregistrée le 12 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la procédure de révision en lieu et place de la modification :

1. Aux termes de l'article L. 143-24 du code de l'urbanisme : " Le schéma de cohérence territoriale est publié et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. Le schéma est exécutoire deux mois après sa transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat ". En outre, l'article L. 143-25 du même code dispose que : " Toutefois, dans ce délai de deux mois, l'autorité administrative compétente de l'Etat notifie par lettre motivée à l'établissement public prévu à l'article L. 143-16 les modifications qu'il estime nécessaire d'apporter au schéma lorsque les dispositions de celui-ci : 1° Ne sont pas compatibles avec les prescriptions particulières prévues à l'article L. 122-26 et, en l'absence de celles-ci, avec les dispositions particulières aux zones de montagne et au littoral mentionnées à l'article L. 131-1 ; 2° Compromettent gravement les principes énoncés à l'article L. 101-2, sont contraires à un projet d'intérêt général, autorisent une consommation excessive de l'espace, notamment en ne prévoyant pas la densification des secteurs desservis par les transports ou les équipements collectifs, ou ne prennent pas suffisamment en compte les enjeux relatifs à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques. Dans ce cas, le schéma ne devient exécutoire qu'après l'intervention, la publication et la transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat des modifications demandées ". L'article L. 143-29 de ce code dispose que : " Le schéma de cohérence territoriale fait l'objet d'une révision lorsque l'établissement public prévu à l'article L. 143-16 envisage des changements portant sur : 1° Les orientations définies par le projet d'aménagement et de développement durables ; 2° Les dispositions du document d'orientation et d'objectifs prises en application des articles L. 141-6 et L. 141-10 ; 3° Les dispositions du document d'orientation et d'objectifs relatives à la politique de l'habitat prises en application du 1° de l'article L. 141-12 ayant pour effet de diminuer l'objectif global concernant l'offre de nouveaux logements ". Aux termes de l'article L. 143-32 dudit code : " Sous réserve des cas où une révision s'impose en application de l'article L. 143-29, le schéma de cohérence territoriale fait l'objet d'une procédure de modification lorsque l'établissement public prévu à l'article L. 143-16 décide de modifier le document d'orientation et d'objectifs ". Par ailleurs, selon les dispositions de l'article L. 141-10 du code précité : " Au regard des enjeux en matière de préservation de l'environnement et des ressources naturelles, de prévention des risques naturels, de transition écologique, énergétique et climatique, le document d'orientation et d'objectifs définit : 1° Les objectifs chiffrés de consommation économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain par secteur géographique ; 2° Les orientations en matière de préservation des paysages ainsi qu'en matière d'insertion et de qualité paysagères des activités économiques, agricoles, forestières et de production et de transport d'énergie, les espaces naturels, agricoles, forestiers ou urbains à protéger, notamment en raison de leur participation à l'amélioration du cadre de vie. Il précise la manière dont les paysages vécus et leurs composantes naturelles, historiques et socio-culturelles sont pris en compte dans les choix d'aménagements et veille à limiter les effets de saturation visuelle. Il transpose les dispositions pertinentes des chartes de parcs naturels régionaux à une échelle appropriée ; 3° Les modalités de protection des espaces nécessaires au maintien de la biodiversité et à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques et de la ressource en eau. Il peut identifier à cette fin des zones préférentielles pour la renaturation, par la transformation de sols artificialisés en sols non artificialisés ainsi que des zones propices à l'accueil de sites naturels de compensation, de restauration et de renaturation ; 4° Les orientations qui contribuent à favoriser la transition énergétique et climatique, notamment la lutte contre les émissions territoriales de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques, l'accroissement du stockage de carbone dans les sols et les milieux naturels et le développement des énergies renouvelables, au sens de l'article L. 211-2 du code de l'énergie. Le document d'orientation et d'objectifs peut également identifier des zones d'accélération pour l'implantation d'installations terrestres de production d'énergies renouvelables arrêtées en application de l'article L. 141-5-3 du même code () ".

2. Il ressort des pièces du dossier que la délibération litigieuse du 21 juin 2023 indique que les changements envisagés ne portent ni sur les orientations définies par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), ni sur les dispositions du document d'orientation et d'objectifs (DOO) concernant les objectifs chiffrés de consommation économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain, les espaces et les sites naturels, agricoles, forestiers ou urbains à protéger, ni sur les modalités de protection des espaces nécessaires au maintien de la biodiversité et à la préservation ou à la remise en état des continuités écologiques, ni sur les dispositions du DOO relatives à la politique de l'habitat, si les changements ont eu pour effet de diminuer l'objectif global concernant l'offre de nouveaux logements ". Ainsi, la délibération du 21 juin 2023 indique que la modification n° 1 du SCOT qu'elle approuve s'inscrit en dehors du champ d'application des dispositions de l'article L. 143-29 du code de l'urbanisme, relatif à la révision du SCOT.

3. La commune de Ramatuelle soutient d'abord que l'objectif n° 8 du DOO du SCOT, qui vise à " recourir à une extension limitée de l'urbanisation dans les espaces proches du rivage " a été modifié, car l'emprise des espaces proches du rivage a été augmentée de manière considérable, en particulier sur le territoire des communes de Cavalaire-sur-Mer, Rayol-Canadel-sur-Mer, Saint-Tropez, La Croix-Valmer et Ramatuelle. La commune de Ramatuelle poursuit en indiquant que la portée de cet objectif n° 8 a été considérablement augmentée. Sur ce point, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir, d'une part, que les dispositions de l'objectif n° 8 du DOO du SCOT, relatives à l'organisation de l'extension limitée de l'urbanisation à l'intérieur des espaces proches du rivage, n'ont pas été modifiées par la modification n° 1 contestée dans le cadre de la présente instance et, d'autre part, que si la délimitation des espaces proches du rivage a quant à elle été modifiée, cette délimitation des espaces proches du rivage relève non pas des dispositions de l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme mais de l'article L. 121-13 du même code, issu de la loi Littoral.

4. La commune de Ramatuelle soutient ensuite que l'objectif n° 26 du DOO a été modifié, en ajoutant des objectifs chiffrés afin de réglementer l'implantation des constructions. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez indique sur ce point que le SCOT approuvé en 2019 faisait déjà référence aux axes 2 et 3 du DOO au sein desquels figure l'objectif n° 26 et que les objectifs chiffrés ajoutés au sein de l'objectif n° 26 ne font que déterminer une limitation des droits de constructions, mais ne constituent pas des objectifs chiffrés de consommation de l'espace, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme. Elle fait encore valoir sur ce point que l'objectif chiffré au sens de l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme est défini, non par l'objectif 26 mais par l'objectif n° 25 du DOO, " maîtriser l'artificialisation des sols en réduisant de près de 60 % la dynamique de consommation d'espace à l'échelle du Golfe ", et qui est resté inchangé entre l'approbation de 2019 et la modification en litige approuvée le 21 juin 2023.

5. La commune de Ramatuelle soutient enfin que la procédure de modification, qui a été mise en œuvre en lieu et place d'une procédure de révision, a privé d'une garantie les administrés et le conseil communautaire, en particulier en raison de l'absence de consultation de la commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), prévue dans le cas d'une révision, du dessaisissement du conseil communautaire au profit du président de la communauté de communes entraînant la privation d'un débat public, et l'absence de l'application de l'ordonnance n° 2020-744 du 17 juin 2020.

6. Sur ce point, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir que la CDEPNAF a été saisie à deux reprises, alors que la saisine de cet organisme n'était pas obligatoire, et elle apporte la preuve de cette double saisine. Elle fait valoir en outre que le préfet du Var a fait part de sa demande dès le 20 février 2019 dans son courrier adressé à la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez. Elle ajoute que la commune de Ramatuelle a été saisie, dès le 27 juillet 2021, d'une demande d'avis mais n'en a émis aucun, et ce dernier a donc été réputé favorable. Elle relève que, suite à l'avis défavorable des services de l'Etat, ainsi que de la commission d'enquête, le projet de SCOT modifié a été réétudié et une seconde enquête publique s'est déroulée du 13 février 2023 au 15 mars 2023. La commune de Ramatuelle a pu alors faire des observations, d'une part, le 19 août 2022, et, d'autre part, le 1er décembre 2022. Enfin, l'association requérante ne démontre pas en quoi l'absence d'application de l'ordonnance n° 2020-744 du 17 juin 2020 à la procédure en cours l'aurait privée d'une quelconque garantie, ou en quoi cela aurait exercé une influence sur le sens de la décision.

7. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 6 que la commune de Ramatuelle n'est pas fondée à soutenir qu'une procédure de révision aurait dû être mise en œuvre en lieu et place d'une procédure de modification, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 143-29 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne la concertation :

8. L'article L. 103-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° Les procédures suivantes : a) L'élaboration et la révision du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme ; b) La modification du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme soumise à évaluation environnementale () ". En outre, l'article R. 104-7 de ce code : " Les schémas de cohérence territoriale font l'objet d'une évaluation environnementale à l'occasion : 1° De leur élaboration ; 2° De leur révision ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 103-3 du même code : " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () ; 3° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. Toutefois, lorsque la concertation est rendue nécessaire en application du 2° ou du 3° de l'article L. 103-2 ou lorsqu'elle est organisée alors qu'elle n'est pas obligatoire, les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation peuvent être précisés par le président de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public compétent ". Enfin, l'article L. 103-4 dudit code de l'urbanisme dispose que : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente ". Enfin, l'article L. 600-11 du code précité dispose que : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées () ".

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la concertation a été mise en œuvre et organisée à l'initiative de l'organe délibérant et que son ouverture a été effectuée par une délibération du conseil communautaire du 24 février 2021, qui prévoyait comme modalités de la concertation, ainsi que le mentionne d'ailleurs la notice explicative de la modification, d'une part, la mise à disposition permanente d'un registre au siège de la communauté de communes, d'autre part, la mise à disposition du public d'un dossier contenant le SCOT révisé du 2 octobre 2019, le courrier du préfet du Var du 20 février 2019 formulant ses observations sur ledit SCOT, ainsi que la décision du préfet du Var du 20 décembre 2019 suspendant le caractère exécutoire du SCOT et, enfin, l'organisation d'une réunion publique. Sur ces deux points, il n'est pas contesté qu'un registre d'observations a été mis à disposition du public et qu'une réunion publique a été organisée, le vendredi 2 avril 2021, sous forme dématérialisée en visio-conférence, et que l'information relative à cette réunion a été relayée sur le site Internet de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, Facebook et les annonces légales.

10. Il ressort des pièces du dossier que la procédure de modification, qui n'impliquait pas d'évaluation environnementale, ne nécessitait pas de procédure de concertation. Par suite, le fait, ainsi que le soutient la commune de Ramatuelle, que la délibération du 24 février 2021 ouvrant la procédure de concertation ne détaillait pas les objectifs poursuivis par la concertation relatifs au projet de modification, ne saurait avoir une quelconque incidence sur la régularité de la procédure suivie et par suite sur la légalité de la délibération en litige. En outre, les personnes participant à cette concertation disposaient des éléments suffisants pour être utilement informées et pour y participer effectivement.

11. Par ailleurs, la commission d'enquête a indiqué, dans son rapport du 19 avril 2023, que : " Le projet de modification a été présenté au travers deux grandes thématiques : - L'intégration de la loi ELAN ; - La loi Littoral. / Chacune de ces thématiques a fait l'objet d'une présentation technique et méthodologique afin d'expliquer au mieux les modifications apportées au SCOT, dans la continuité des objectifs poursuivis par le Projet d'Aménagement et de Développement Durables (PADD) " et que " Malgré le contexte sanitaire complexe, le public a pu exprimer ses observations sur le projet de modification et soumettre ses interrogations ". Si la commune de Ramatuelle soutient que la concertation n'a duré que deux mois et que la participation du public a été faible, d'une part, elle n'invoque aucune disposition légale ou réglementaire qui aurait été méconnue et, d'autre part, elle n'explique pas quelle incidence cela pourrait avoir sur la régularité de la procédure de concertation, et donc sur la légalité de la délibération approuvant la modification n° 1 du SCOT. Le fait, ainsi que le mentionne la commune de Ramatuelle, que la commission d'enquête a indiqué, dans son avis émis le 19 avril 2023, que la concertation n'a eu aucune effectivité quelconque, ne signifie pas que la concertation aurait été irrégulière et aurait entaché d'illégalité la délibération approuvant la modification n° 1 du SCOT.

12. La commune de Ramatuelle soutient encore que les principales options du projet de modification ont été profondément revues après la première enquête publique, en particulier pour ce qui concerne la délimitation des espaces proches du rivage, et que ces modifications auraient nécessité une nouvelle concertation afin d'informer le public. Toutefois, d'une part, ainsi que vu précédemment, la modification n° 1 du SCOT ne nécessitait pas de concertation préalable. Ainsi, à supposer même que le projet ait été modifié à l'issue de la première enquête publique, la commune de Ramatuelle n'explique pas pourquoi une procédure de concertation aurait été nécessaire. D'autre part, si la délimitation des espaces proches du rivage a été modifiée en cours de projet, entraînant une extension du périmètre des espaces proches du rivage, la commune de Ramatuelle ne démontre pas que la nature du projet de modification ou ses principales options auraient été modifiées et auraient donc nécessité une nouvelle concertation. Il ressort des pièces du dossier que le projet résultant de la notice de présentation de septembre 2022 est un projet abouti qui ne pouvait plus donner lieu à une quelconque concertation avec le public. En outre, ce projet a été soumis à une nouvelle enquête publique, qui s'est tenue du 13 février 2023 au 15 mars 2023 et au cours de laquelle le public a pu faire valoir ses observations, dans chacune des communes membres du SCOT.

13. Il ressort de ce qui précède que la commune de Ramatuelle n'est pas fondée à soutenir que la concertation aurait été irrégulière et que la délibération approuvant la modification n° 1 du SCOT méconnaîtrait les dispositions des articles L. 103-2 et L. 103-3 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne l'enquête publique :

14. En premier lieu, aux termes de l'article R. 143-9 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. Il peut, en outre, comprendre tout ou partie des pièces portées à la connaissance de l'établissement par le préfet. Dans le cas mentionné à l'article L. 143-21, la délibération motivée de la commune ou de l'établissement public de coopération intercommunale et l'avis du préfet sont joints au dossier de l'enquête publique.". En outre, selon les dispositions de l'article R. 123-8 du code de l'environnement : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. Le dossier comprend au moins : () 5° Le bilan de la procédure de débat public organisée dans les conditions définies aux articles L. 121-8 à L. 121-15, de la concertation préalable définie à l'article L. 121-16 ou de toute autre procédure prévue par les textes en vigueur permettant au public de participer effectivement au processus de décision. Il comprend également l'acte prévu à l'article L. 121-13 ainsi que, le cas échéant, le rapport final prévu à l'article L. 121-16-2. Lorsque aucun débat public ou lorsque aucune concertation préalable n'a eu lieu, le dossier le mentionne () ". Enfin, l'article R. 123-21 du code précité dispose que : " L'autorité compétente pour organiser l'enquête adresse, dès leur réception, copie du rapport et des conclusions au responsable du projet, plan ou programme. Copie du rapport et des conclusions est également adressée à la mairie de chacune des communes où s'est déroulée l'enquête et à la préfecture de chaque département concerné pour y être sans délai tenue à la disposition du public pendant un an à compter de la date de clôture de l'enquête. L'autorité compétente pour organiser l'enquête publie le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête sur le site internet où a été publié l'avis mentionné au I de l'article R. 123-11 et le tient à la disposition du public pendant un an ".

15. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier soumis à enquête publique ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'autorisation que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

16. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir, sans être utilement contestée sur ce point, que le dossier d'enquête publique comprenait le bilan de la concertation, conformément aux dispositions de l'article R. 123-8 du code de l'environnement. En outre, si la commune de Ramatuelle soutient que les conclusions défavorables de la commission d'enquête, suite à la première enquête publique, qui s'est déroulée du 15 novembre 2021 au 16 décembre 2021, n'ont pas été jointes au dossier de la seconde enquête publique, cette commune ne mentionne pas en vertu de quelles dispositions du code de l'urbanisme ou de l'environnement il aurait été nécessaire de joindre ces conclusions défavorables au dossier d'enquête publique, ni les dispositions de l'article R. 143-9 du code de l'urbanisme, ni celles invoquées de l'article R. 123-21 du code de l'environnement ne l'y obligeant.

17. La commune de Ramatuelle soutient en outre que le courrier du préfet du Var du

15 octobre 2021, dit " courrier d'insatisfaction ", qui comprenait des annexes sur 54 pages, n'a pas été joint au dossier de l'enquête publique, qui a eu lieu du 13 février 2023 au 15 mars 2023, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 143-9 du code de l'urbanisme. Toutefois, s'il est exact que ce courrier des services de la préfecture du 15 octobre 2021 n'a pas été joint au dossier d'enquête publique, il n'est pas contesté, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, qu'un document intitulé addendum EP v3, qui montrait sous forme synthétique et de manière exhaustive les modifications du projet de SCOT, en distinguant les modifications issues de la première modification et celles de la seconde, était quant à lui joint au dossier d'enquête publique. La commune de Ramatuelle n'est ainsi pas fondée à soutenir que la composition du dossier d'enquête publique méconnaîtrait les dispositions des articles R. 143-9 du code de l'urbanisme et R. 123-8 du code de l'environnement.

18. En outre, la commune de Ramatuelle n'a pas expliqué en quoi le fait pour le dossier d'enquête publique de ne pas comporter le courrier du 15 octobre 2021 aurait été de nature à nuire à la bonne information du public, et avoir ainsi une incidence sur le résultat de l'enquête publique, et par voie de conséquence sur la délibération approuvant la modification n°1 du SCOT du 21 juin 2023.

19. Il ressort donc des pièces du dossier que la commune de Ramatuelle n'est pas fondée à soutenir que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article R. 143-9 du code de l'urbanisme, ainsi que celles des articles R. 123-21 et R. 123-8 du code de l'environnement.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête transmet à l'autorité compétente pour organiser l'enquête l'exemplaire du dossier de l'enquête déposé au siège de l'enquête, accompagné du ou des registres et pièces annexées, avec le rapport et les conclusions motivées. Il transmet simultanément une copie du rapport et des conclusions motivées au président du tribunal administratif. Si, dans un délai de trente jours à compter de la date de clôture de l'enquête, le commissaire enquêteur n'a pas remis son rapport et ses conclusions motivées, ni présenté à l'autorité compétente pour organiser l'enquête, conformément à la faculté qui lui est octroyée à l'article L. 123-15, une demande motivée de report de ce délai, il est fait application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 123-15. Si ces dispositions n'imposent pas au commissaire-enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.

21. D'abord, et contrairement à ce que soutient la commune de Ramatuelle, qui n'invoque aucune disposition de droit à l'appui de ce moyen, la commission d'enquête n'était pas tenue de formuler des observations sur les avis des personnes publiques, auxquels elle s'est référée. Ainsi, la commune de Ramatuelle ne peut utilement soutenir que la commission d'enquête n'aurait pas critiqué l'avis du préfet du Var du 20 février 2019.

22. D'une part, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, la commission d'enquête a, en pages 27 à 30 du rapport d'enquête, fait la synthèse des observations sur les différents sujets abordés par le public lors de l'enquête publique. D'autre part, la commission d'enquête a émis un avis sur l'enquête publique, dans un document détaillé de 10 pages environ. Il ressort des pièces du dossier que cet avis est particulièrement motivé, notamment au sein d'un paragraphe intitulé " la commission a pu constater que ", la commission d'enquête étant même parfois critique sur le défaut de communication et d'explication de certains choix, notamment en soulignant l'incompréhension du public face à la délimitation des espaces proches du rivage et des autres secteurs déjà urbanisés. Par ailleurs, la commission d'enquête a émis, à l'unanimité de ses membres, un avis favorable avec une réserve, relative au site du Yotel.

23. Par suite, la commune de Ramatuelle n'est pas fondée à soutenir que la commission d'enquête n'aurait pas motivé son avis et n'aurait pas formulé d'observations sur les avis des personnes publiques ayant participé à l'enquête publique.

En ce qui concerne l'évaluation environnementale :

24. Aux termes de l'article L. 104-3 du code de l'urbanisme : " Sauf dans le cas où elles ne prévoient que des changements qui ne sont pas susceptibles d'avoir des effets notables sur l'environnement, au sens de l'annexe II à la directive 2001/42/ CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001, les procédures d'évolution des documents mentionnés aux articles

L. 104-1 et L. 104-2 donnent lieu soit à une nouvelle évaluation environnementale, soit à une actualisation de l'évaluation environnementale réalisée lors de leur élaboration. Un décret en Conseil d'Etat détermine les critères en fonction desquels cette nouvelle évaluation environnementale ou cette actualisation doivent être réalisées de manière systématique ou après un examen au cas par cas ". En outre, l'article R. 104-7 de ce code dispose que : " Les schémas de cohérence territoriale font l'objet d'une évaluation environnementale à l'occasion : 1° De leur élaboration ; 2° De leur révision ". Enfin, l'article R. 122-20 du code de l'environnement dispose que : " I. L'évaluation environnementale est proportionnée à l'importance du plan, schéma, programme et autre document de planification, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée. II .- Le rapport environnemental, qui rend compte de la démarche d'évaluation environnementale, comprend un résumé non technique des informations prévues ci-dessous : 1° Une présentation générale indiquant, de manière résumée, les objectifs du plan, schéma, programme ou document de planification et son contenu, son articulation avec d'autres plans, schémas, programmes ou documents de planification et, le cas échéant, si ces derniers ont fait, feront ou pourront eux-mêmes faire l'objet d'une évaluation environnementale ; 2° Une description de l'état initial de l'environnement sur le territoire concerné, les perspectives de son évolution probable si le plan, schéma, programme ou document de planification n'est pas mis en œuvre, les principaux enjeux environnementaux de la zone dans laquelle s'appliquera le plan, schéma, programme ou document de planification et les caractéristiques environnementales des zones qui sont susceptibles d'être touchées par la mise en œuvre du plan, schéma, programme ou document de planification. Lorsque l'échelle du plan, schéma, programme ou document de planification le permet, les zonages environnementaux existants sont identifiés ; 3° Les solutions de substitution raisonnables permettant de répondre à l'objet du plan, schéma, programme ou document de planification dans son champ d'application territorial. Chaque hypothèse fait mention des avantages et inconvénients qu'elle présente, notamment au regard des 1° et 2° ; 4° L'exposé des motifs pour lesquels le projet de plan, schéma, programme ou document de planification a été retenu notamment au regard des objectifs de protection de l'environnement ; () ".

25. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'incidence environnementale ne sont susceptibles de vicier la procédure et d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette évaluation que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

26. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la notice de présentation de septembre 2022, que le projet de modification du SCOT a fait l'objet d'une évaluation des incidences sur l'environnement, qui est venue compléter l'évaluation environnementale du SCOT approuvé et qui a été retranscrite dans le tome 3 du rapport de présentation. Les résultats détaillés de cette analyse figurent également aux pages 12 à 31 de la notice.

27. La commune de Ramatuelle soutient d'abord qu'une évaluation environnementale était nécessaire, en raison de l'impact qu'aura l'extension de la délimitation des espaces proches du rivage sur l'activité agricole sur son territoire. Elle n'invoque toutefois aucune disposition de droit à l'appui de son argumentation.

28. La commune de Ramatuelle se borne ensuite à se référer aux deux avis de la mission régionale d'autorité environnementale Provence-Alpes-Côte d'Azur (MRAe PACA), émis le 2 novembre 2021 puis le 8 décembre 2022, pour soutenir que l'actualisation de l'évaluation environnementale est insuffisante. D'une part, le contenu du premier avis concerne la première version de la modification, à laquelle s'est substituée une seconde version davantage aboutie. D'autre part, si dans son dernier avis, la MRAe souligne l'aspect positif pour l'environnement, de la nouvelle délimitation des espaces proches du rivage (EPR), qui aura un impact positif, elle conclut que : " Pour la MRAe, l'évaluation environnementale de la modification n°1 du SCOT ne permet toujours pas d'apprécier de façon pertinente la prise en compte des enjeux du territoire (risques naturels, protections environnementales et paysagères, accès aux réseaux d'assainissement et d'eau potable, qualité de la desserte par les réseaux routiers) notamment lors de la délimitation des secteurs déjà urbanisés (SDU) au sein desquels la densification est possible ". Toutefois, la seule référence à l'avis de la MRAe n'est pas suffisante pour établir que l'actualisation de l'évaluation environnementale serait insuffisante. Il n'est pas contesté que les corrections de mise en conformité du SCOT apportées à la version approuvée de 2019 se soldent en majorité par des réductions de possibilité de construire, soit par réduction des périmètres des agglomérations, villages ou secteurs déjà urbanisés (SDU), soit par suppression de certains SDU, soit enfin par l'élargissement très significatif des EPR. D'ailleurs, sur ce point, la communauté des communes du Golfe de Saint-Tropez fait également valoir que la commission d'enquête, dans son avis du 19 avril 2023, a souligné que les modifications auraient un impact positif sur l'environnement.

29. Il en résulte que la commune de Ramatuelle n'est pas fondée à soutenir que la délibération en litige approuvée le 21 juin 2013 serait illégale en raison de l'insuffisance de l'évaluation environnementale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 104-3 et suivants du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le rapport de présentation :

30. La commune de Ramatuelle soutient que la notice de présentation de la modification, le DOO, ainsi que l'addendum à l'enquête publique indiquent tous trois que la distance moyenne de référence pour la délimitation des EPR est de l'ordre du kilomètre, en contradiction avec le document graphique du DOO, qui montre que la limite des EPR se situe bien au-delà de la distance du kilomètre étalon, comme par exemple entre les communes de Rayol-Canadel-sur-Mer et Ramatuelle, où cette distance a été fixée entre 1,4 kilomètres et 3,5 kilomètres.

31. En réponse, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir que le DOO indique que cette distance étalon de l'ordre d'un kilomètre doit être modulée par les deux autres critères, de la co-visibilité et des caractéristiques des espaces. Ainsi, le DOO indique : " cette distance est modulée en fonction des deux autres critères ".

32. Le DOO précise également que : " le critère de la co-visibilité terre-mer est déterminant en raison de la présence d'un relief marqué sur le littoral et des situations de baie et de golfe. Cette limite s'appuie sur les lignes de relief marquant un ou des plans paysagers successifs ". En outre, la notice de présentation des modifications indique également que : " le DOO localise sur les schémas de préservation du socle paysager et de l'accueil du développement futur la limite des espaces proches du rivage. Cette limite sera à délimiter plus précisément à l'occasion de l'élaboration des documents d'urbanisme locaux. A l'échelle du Golfe de Saint-Tropez, la limite a été établie sur la base des éléments de jurisprudence, selon lesquels il convient de combiner les trois critères majeurs suivants : La distance au rivage ; la co-visibilité ; les caractéristiques des espaces considérés () ". Ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, sans être utilement contestée sur ce point, il n'y a pas de contradiction entre le DOO, la notice de présentation des modifications et les documents graphiques.

33. Il ressort donc des pièces du dossier que la commune de Ramatuelle n'est pas fondée à soutenir que le DOO et la notice de présentation sont en contradiction avec les documents graphiques du DOO en ce qui concerne la limite géographique des EPR. Par suite, ce moyen tiré de la contradiction entre les documents du SCOT en ce qui concerne le positionnement des EPR doit être écarté.

En ce qui concerne la loi " Littoral " :

S'agissant des Espaces Proches du Rivage :

34. Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'urbanisme, applicable en l'espèce : " Les dispositions du présent chapitre déterminent les conditions d'utilisation des espaces terrestres, maritimes et lacustres : 1° Dans les communes littorales définies à l'article L. 321-2 du code de l'environnement ; 2° Dans les communes qui participent aux équilibres économiques et écologiques littoraux, lorsqu'elles en font la demande auprès de l'autorité administrative compétente de l'Etat. La liste de ces communes est fixée par décret en Conseil d'Etat, après avis du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 121-13 du même code : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. En l'absence de ces documents, l'urbanisation peut être réalisée avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites appréciant l'impact de l'urbanisation sur la nature. Le plan local d'urbanisme respecte les dispositions de cet accord. Dans les communes riveraines des plans d'eau d'une superficie supérieure à 1 000 hectares et incluses dans le champ d'application de la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985, les autorisations prévues aux articles L. 122-20 et L. 122-21 valent accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat au titre du troisième alinéa du présent article ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 131-1 de ce code : " Les schémas de cohérence territoriale sont compatibles avec : 1° Les dispositions particulières au littoral et aux zones de montagne prévues aux chapitres I et II du titre II ou les modalités d'application de ces dispositions particulières lorsqu'elles ont été précisées pour le territoire concerné par une directive territoriale d'aménagement prévue par l'article L. 172-1 ; 2° Les règles générales du fascicule du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires prévu à l'article L. 4251-3 du code général des collectivités territoriales pour celles de leurs dispositions auxquelles ces règles sont opposables () ". La compatibilité du SCOT avec la loi " Littoral " doit s'apprécier à l'échelle du territoire qu'il couvre et compte tenu de l'ensemble de ses orientations ou prescriptions.

35. La commune de Ramatuelle soutient d'abord que la délimitation des EPR méconnait le critère de la proximité, qui est un des trois critères définis par la jurisprudence. La commune poursuit en soutenant que le critère de proximité est rempli pour des terrains situés à une distance comprise entre 100 et 1 200 mètres du rivage. Toutefois, cette analyse des EPR consiste à réaliser un examen au cas par cas. La commune indique encore que les EPR n'ont pas à s'appliquer très en profondeur car au-delà des EPR, un autre critère de protection trouve à s'appliquer, qui est la construction en continuité de l'existant.

36. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir sur ce point que le préfet du Var, dans sa décision du 20 décembre 2019, a indiqué que les critères qui prévalaient pour la délimitation des EPR étaient la distance, la co-visibilité et les caractéristiques des espaces, et également que le critère de la distance d'un kilomètre à lui seul était inapproprié. La MRAe a en outre critiqué la délimitation des EPR, dans son avis initial du 2 novembre 2021, ainsi que le soutient la commune de Ramatuelle, en indiquant que des espaces situés au-delà de la bande du kilomètre auraient dû être qualifiés d'EPR. Enfin, la commission d'enquête a repris cette critique dans son avis initial du 13 janvier 2022. La communauté de communes poursuit en faisant valoir que, suite à ces observations, la modification a atténué l'importance du critère de distance.

37. La commune de Ramatuelle poursuit en soutenant que la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme car cette dernière aurait suivi la position du préfet du Var, telle que décrite dans sa décision de suspension du SCOT du 20 décembre 2019, puis confirmée dans son avis du

15 octobre 2021, qui était de s'écarter des critères définis par la jurisprudence pour définir les EPR, notamment le critère de la distance pour prôner les critères de " l'ambiance paysagère homogène " et " la portée de vue ". La commune de Ramatuelle soutient que la commission d'enquête, dans son avis du 19 avril 2023, a également utilisé ces critères de portée de vue, plutôt que le critère de la distance par rapport au rivage. Toutefois, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, la commune ne se réfère pas aux documents du SCOT mais à des courriers émanant notamment du préfet du Var ou de la MRAe. Ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, ces considérations sont inopérantes et sans lien avec la légalité de la décision attaquée.

38. Les énonciations de la circulaire n° 2006-31 du 14 mars 2006 relative à l'application de la loi " Littoral ", qui n'a pas de valeur réglementaire, ne peuvent, en tout état de cause, être utilement invoquées par la commune requérante.

39. La commune de Ramatuelle soutient enfin que la délimitation des EPR englobe, indistinctement forêts, agglomérations et espaces agricoles, sur une bande de 1 à 3,5 kilomètres sur les deux tiers le long du linéaire littoral du territoire du SCOT, et qu'en conséquence, la délimitation des EPR telle que définie par la modification du SCOT approuvée le 21 juin 2023 est incohérente et incompatible avec les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme. Elle n'assortit toutefois pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

40. Il ressort de ce qui a été exposé aux points 35 à 39 que la commune de Ramatuelle n'est pas fondée à soutenir que la délimitation des EPR qui est faite dans le cadre de la modification n° 1 du SCOT serait incohérente et incompatible avec les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-13 du code de l'urbanisme. Il y a lieu, ainsi, d'écarter ce moyen, en chacune de ses branches.

41. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'aucun moyen n'étant fondé, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la présente requête.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

42. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur ce fondement par la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez.

DECIDE

Article 1er : La requête de la commune de Ramatuelle est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Ramatuelle et à la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

La présidente,

Signé :

M. BERNABEU La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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