mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302737 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BAUDINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août et 24 novembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) ANDELIM PROMOTION, représentée par Me Fürstenheim, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Raphaël a refusé de lui délivrer un permis de construire ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Raphaël de lui délivrer un permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2023, la commune de Saint-Raphaël, représentée par Me Baudino, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société ANDELIM PROMOTION la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable à défaut pour M. A de justifier de sa qualité pour représenter la société en justice ;
- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés.
Par courrier du 25 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1.
Par une ordonnance du 11 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée à effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier. Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- les observations de Me Baudino, représentant la commune de Saint-Raphaël,
- la société requérante n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 mai 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) ANDELIM PROMOTION a déposé une demande de permis de construire en vue de la démolition de deux maisons existantes et de ses annexes, et de la construction d'un immeuble collectif de 10 logements sur les parcelles cadastrées section AS n° 42, 44 et 45 situées 292 boulevard Ampère à Saint-Raphaël. Par arrêté du 31 juillet 2023, le maire de cette commune a refusé le permis de construire sollicité. Par sa requête, la société ANDELIM PROMOTION demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né de l'exécution d'un contrat ". Aux termes de l'article R. 431-4 du code précité : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir ".
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3. La présentation d'une action en justice par un avocat ne dispense pas le juge administratif de s'assurer, le cas échéant, lorsque la partie en cause est une personne morale, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour engager cette action. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des statuts de la société ANDELIM PROMOTION, que M. A, gérant unique de cette dernière, est " investi des pouvoirs les plus étendus pour représenter la société et agir en son nom en toutes circonstances, sans avoir à justifier de pouvoirs spéciaux ". Dans ces conditions, il justifie de sa qualité pour engager le présent recours. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande () elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet (), notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article
L. 421-6 ".
5. La société ANDELIM PROMOTION soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé en fait quant à l'atteinte à la sécurité publique en raison de la situation du terrain d'assiette du projet en zone inondable. Toutefois, pour caractériser un tel risque, et retenir la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le maire de la commune de Saint-Raphaël a retenu la circonstance, au-delà de la situation du terrain en zone inondable couverte par le plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation, la circonstance que le projet, qui consiste dans la démolition de la maison individuelle pour la construction d'un immeuble vient densifier l'imperméabiliser de la parcelle et augmenter considérablement le nombre de logements. Dans ces circonstances, il a suffisamment motivé en fait ce motif de refus de permis de construire. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. En outre, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article
R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
7. Pour refuser le permis de construire sollicité par la société ANDELIM PROMOTION, le maire de la commune de Saint-Raphaël s'est fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en raison de la dangerosité de l'implantation d'un local-poubelle sur un rond-point au niveau d'un " cédez le passage ", sur le risque créé par l'accès à la résidence depuis ledit giratoire ainsi que la densification de l'imperméabilisation de la parcelle
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et de l'augmentation considérable du nombre de logements sur un terrain situé en zone inondable couverte par le plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse que le projet comporte une aire de stockage des ordures ménagères située au nord-ouest de la parcelle cadastrée section AS n° 42 donnant sur le boulevard Ampère, en amont du giratoire et du " cédez le passage ". Il n'est ni allégué ni établi que les véhicules de ramassage des ordures, qui effectuent déjà la collecte des déchets pour les containers déjà présents au nord dudit rond-point, auraient des difficultés à assurer ces opérations dans des conditions de sécurité suffisantes. La circonstance tenant à l'arrêt des véhicules de ramassage des ordures ménagères au niveau d'un " cédez le passage " n'est pas de nature à caractériser un risque pour la sécurité publique dès lors que par définition, il s'agit d'un espace réservé à l'arrêt momentané des véhicules pour laisser passer les conducteurs déjà engagés sur le rond-point, avant de s'y engager.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet est situé en limite nord-ouest du terrain d'assiette du projet, donnant ainsi directement sur le boulevard Ampère. Eu égard aux caractéristiques de l'implantation de l'accès, débouchant sur le boulevard Ampère rectiligne, lequel permet une visibilité suffisante pour une sortie, et plus précisément sur un cédez le passage pour une insertion sur un rond-point à voie unique et dont la signalisation existante impose de tourner à droite en sortant du terrain d'assiette du projet, ainsi qu'aux caractéristiques du projet, qui ne conduit pas, avec la réalisation de 20 places de stationnement, à une augmentation significative du trafic, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet accès serait de nature à créer un risque pour la sécurité publique.
10. Enfin, il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe en zone B, " zone estimée exposée à des risques moindres dans laquelle des parades peuvent être mises en œuvre ", et plus précisément, en zone BA du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation, pour lequel les constructions nouvelles à usage d'habitation sont permises " sous réserve de l'application des règles communes aux zones inondables et de l'application des règles de construction édictées ci-après au VII-2 ". La seule circonstance que le projet conduit à une densification de l'imperméabilisation du terrain et à une augmentation du nombre de logements, dont le nombre de 10 ne peut être qualifié d'augmentation " considérable ", et à défaut d'autres éléments permettant d'établir la réalité du risque évoqué par la commune de Saint-Raphaël ou la méconnaissance des règles de construction édictées au VII-2, le maire de cette commune ne pouvait se fonder sur cette circonstance pour caractériser un risque pour la sécurité publique.
11. Dans ces conditions, le maire de la commune de Saint-Raphaël a commis une erreur d'appréciation en opposant la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, ainsi que le soutient la société requérante. Par suite, le moyen doit être accueilli.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 31 juillet 2023 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-1.
du même code demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
14. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un motif fasse obstacle à ce que le maire de la commune de Saint-Raphaël délivre le permis de construire déposé par la société ANDELIM PROMOTION. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Raphaël de délivrer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, le permis de construire sollicité.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Saint-Raphaël au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la société ANDELIM PROMOTION qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël la somme de 1 500 euros demandée par la société ANDELIM PROMOTION au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 31 juillet 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Raphaël de délivrer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, le permis de construire sollicité.
Article 3 : La commune de Saint-Raphaël versera la somme de 1 500 euros à la société ANDELIM PROMOTION en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Raphaël au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée ANDELIM PROMOTION et à la commune de Saint-Raphaël.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024 à laquelle siégeaient : Mme Doumergue, présidente,
M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
La rapporteure, signé
K. Martin
La présidente, signé
M. Doumergue
Le greffier, signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, P/ la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026