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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302795

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302795

jeudi 4 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, M. C D, représentée par Me Dhib, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dès lors qu'elle établit résider en France depuis plus de dix ans et qu'elle est intégrée socialement ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle vit depuis plus de seize ans en France ;

La décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Var, à titre principal, oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête de Mme D, et, à titre subsidiaire, conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. Harang a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née en 1971, déclare être entrée en France le

11 septembre 2006 munie d'un visa court séjour, et ne plus avoir quitté le territoire depuis lors. Le 30 novembre 2011, la requérante a contracté mariage avec un ressortissant français dont elle a divorcé le 14 octobre 2021. Suite à des demandes de titres de séjour déposées en 2012, en 2015, et en 2018, l'intéressée a fait l'objet de trois refus de titre de séjour assortis d'obligation de quitter le territoire français le 2 juin 2014, 15 décembre 2015 et le 21 janvier 2018. Le 17 août 2021,

Mme D a déposé une demande de régularisation de son séjour. Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/17/MCI du 22 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 55, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer, notamment, tous les actes et décisions en matière de police des étrangers. En cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, la délégation est exercée par Mme B F, directrice de cabinet du préfet du Var, et en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, par Mme A E, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet du Var. Dès lors qu'il appartient à la partie contestant la qualité du bénéficiaire d'une délégation de signature d'établir la preuve que le délégant n'était ni absent ni empêché à la date où la décision que cette partie conteste a été prise et que Mme D ne rapporte pas cette preuve, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des attestations d'hébergement de la requérante au sein du CHRS géré par l'association Accueil Femina du 2 avril 2013 au 11 mai 2014 puis du 12 janvier 2018 au 11 mars 2021, des très nombreux documents médicaux et d'hospitalisation produits sur chacune des années de 2011 à 2022, du certificat médical rédigé en 2021 de son médecin traitant, confirmé par de nombreuses ordonnances, attestant suivre l'intéressée depuis le 29 novembre 2010, et de l'attestation de l'aide médicale d'Etat précisant que la requérante en a bénéficié de 2008 à 2012, de 2012 à 2014 et de 2017 à 2019, que Mme D justifie d'une résidence habituelle en France sur différentes périodes depuis son entrée sur le territoire jusqu'à la date de l'arrêté attaqué. Néanmoins, les justificatifs qu'elle produit pour les années de 2015 à 2016, et de 2021 à 2023, composés de quelques documents médicaux ne couvrant qu'un ou trois mois sur l'année, d'une promesse d'embauche, d'attestations de domiciliation au CCAS de Toulon, et de procédures administratives et contentieuses ponctuelles à l'encontre de décisions de refus de titre de séjour, ne sont suffisamment nombreux pour chacune de ces années pour démontrer sa résidence habituelle sur le territoire français pendant ces périodes. Ainsi, en estimant que Mme D ne justifiait pas d'une résidence habituelle sur le territoire français de dix ans, le préfet du Var n'a pas méconnu l'article 6-1 précité, ni davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen n'est donc pas fondé et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si Mme D allègue être intégrée socialement et avoir des liens personnels en France du fait de sa présence continue sur le territoire depuis 2011, elle ne produit aucune pièce au dossier, hormis une attestation de 2018 de l'association Femmes dans la cité qui précise que la requérante participe à leurs activités depuis 2008 et est devenue bénévole en 2016, permettant d'établir le caractère intense et pérenne de ses liens personnels sur le territoire. En outre,

Mme D ne justifie pas de l'impossibilité de mener une vie personnelle normale en Algérie. Eu égard aux conditions de séjour de l'intéressée en France, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En dernier lieu, le refus de titre de séjour n'étant pas illégal, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller,

M. Helayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2024.

Le président, rapporteur,

Signé

Ph. HARANG

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Z. KARBAL La greffière,

Signé

A.CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

N° 230258

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