jeudi 4 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, M. A B, représenté par Me Dhib, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- a été prise sans saisine préalable de la commission du titre de séjour alors qu'il réside en France depuis plus de dix ans et le préfet était tenu de le faire ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans, qu'il y est intégré socialement et professionnellement, qu'il a de nombreuses attaches familiales sur le territoire et qu'il parle le français au regard des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7ter de l'accord franco-tunisien du
17 mars 1988 modifié ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que ses oncles, avec qui il entretient des relations intenses et pérennes, et ses cousins, sont présents sur le Territoire ;
La décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du droit d'asile ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
M. Harang a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né en 1990, déclare être entré en France le 5 avril 2011, et ne plus avoir quitté le territoire depuis lors. Le 17 mai 2021, M. B a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 3 août 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 156, le préfet du Var a donné délégation à
M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les actes et décisions notamment en matière de police des étrangers dans le département du Var. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / (). ". Et aux termes de l'article 7ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " () d) Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : / les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 20083, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans / (). ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. D'une part, M. B fait valoir résider habituellement en France depuis 2011. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des factures de téléphone ou de factures variées ponctuelles, des relevés bancaires faisant état de mouvements bancaires nécessitant une présence physique sur le territoire, des justificatifs de transferts d'argent depuis la France en 2012, en 2018, en 2020, en 2021, des documents du réseau de transport public Mistral en 2018 et en 2023, des cartes d'aide médicale d'Etat de 2013 à 2022, ou encore des ordonnances et des avis d'imposition pour les années 2014, 2016, 2018, 2019 et 2022, que M. B justifie, au mieux, d'une présence ponctuelle sur le territoire depuis 2011 dès lors que les éléments produits, n'étant pas suffisamment probants ou nombreux sur chacune des années jusqu'à la date de l'arrêté attaqué, ne sont pas de nature à attester d'une résidence habituelle de plus de dix ans sur le territoire national. Ainsi, le préfet du Var a pu légalement refuser le titre de séjour sollicité sans être tenu de saisir au préalable la commission du titre de séjour. Par suite, ce moyen n'est pas fondé et doit donc être écarté.
6. D'autre part, si M. B allègue entretenir des liens familiaux et personnels en France, et être bien intégré socialement et professionnellement, il ne produit aucune pièce au dossier, hormis deux attestations d'hébergement rédigées par un membre de sa famille, incomplètes et non circonstanciées, permettant d'établir le caractère intense et pérenne de ses liens familiaux et personnels sur le territoire. En outre, M. B ne justifie pas de l'impossibilité de mener une vie personnelle normale en Tunisie où résident ses parents et sa fratrie, comme le requérant le déclare lui-même dans son dossier de demande de titre de séjour. Eu égard à la durée, comme il a été dit au point 5, et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que l'arrêté soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En dernier lieu, le refus de titre de séjour n'étant pas illégal, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dhib et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Karbal, conseiller,
M. Helayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2024.
Le président, rapporteur,
Signé
Ph. HARANG
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Z. KARBAL
La greffière,
Signé
A.CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026