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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302838

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302838

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantOLIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse et administrative antérieures :

Par deux requêtes n° 2002408 - 2002409 enregistrées le 9 septembre 2020,

Mme B A, représentée par Me Maillot, a demandé principalement au tribunal administratif de Toulon d'annuler la décision du 2 juillet 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var a rejeté son recours préalable tendant à la révision du montant d'aide personnalisée au logement (APL) qui lui a été versé au cours de l'année 2019, ainsi que la décision du 2 juillet 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Var a confirmé l'indu d'aide personnalisée au logement (APL) qui a été chiffré à 90 euros pour la période de janvier à octobre 2019, d'ordonner à la CAF du Var de fournir les calculs précis et rectifiés des droits à l'APL qui lui a été versée et rétroactivement au jour de la prise à bail soit le 8 août 2005, et de condamner la CAF à lui payer son retard de droits à l'APL, de condamner la caisse au paiement de dommages et intérêts à hauteur de la somme de 10 000 euros.

Par la décision n°2002408-2002409 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Toulon a donné acte du désistement partiel d'instance de Mme A dans l'instance n° 2002408, a annulé les décisions susvisées du 2 juillet 2020 du directeur de la caisse d'allocations familiales du Var, et a renvoyé Mme A devant la caisse d'allocations familiales du Var afin de déterminer son droit à l'APL au titre de l'année 2019, et a mis à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 16 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Maillot, a fait savoir au tribunal que cette décision n'avait pas été exécutée, en ce que la caisse d'allocations familiales du Var n'avait pas procédé à la détermination du droit à l'APL de l'intéressée. Elle a demandé en outre qu'une astreinte soit prononcée à l'encontre de cet organisme.

Procédure actuelle :

Par une ordonnance du 5 septembre 2023, la Présidente du tribunal administratif de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, a ouvert la procédure juridictionnelle à la demande d'exécution de Mme A.

Par des mémoires enregistrés les 7 septembre 2023 et 2 février 2024, la caisse d'allocations familiales du Var doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- elle a correctement réexaminé les droits de l'intéressée à l'Aide personnalisée au Logement (APL) au titre de l'année 2019 ; le montant des charges assortissant le loyer principal a été pris en compte, conformément aux dispositions de l'article R. 351-17-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- Mme A ne peut bénéficier de l'abattement sur les revenus, au titre des dispositions de l'article R. 822-4 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 157 du code général des impôts, car elle détient une carte d'invalidité inférieure à 80% ;

- Me Maillot n'a jamais communiqué sa renonciation à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ; à la réception de cette renonciation, la caisse d'allocations familiales du Var versera à Me Maillot la somme de 1 500 euros ;

- elle ne doit pas être condamnée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative car elle a appliqué la réglementation ; en outre, Mme A a demandé l'aide juridictionnelle et elle va donc percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Par un mémoire enregistré le 17 avril 2024, Mme A demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Var de procéder à la détermination du droit à l'APL au titre de l'année 2019 en exécution du jugement du Tribunal Administratif de Toulon en date 8 novembre 2022 avec astreinte de 60 euros /jour au profit de Mme A ;

2°) de verser à Mme A les sommes en découlant assorties des intérêts légaux avec capitalisation, à compter du premier jour du deuxième mois à compter de la notification de la présente décision, en vertu de l'article L 911-4 du Code de Justice Administrative ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var une somme de 1 500 euros à lui verser, correspondant aux honoraires que son conseil lui aurait facturés si elle n'était pas bénéficiaire de l'aide juridictionnelle fondée sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la caisse d'allocations familiales du Var n'a pas procédé au calcul de son droit à l'Aide personnalisée au logement au tire de l'année 2019, en dépit d'une lettre de mise en demeure envoyée par son conseil en date du 17 février 2023, reçue le 22 février 2023 ;

- les points jugés par le tribunal dans sa décision du 8 novembre 2022 et relatifs d'une part à la prise en compte du montant forfaitaire au titre des charges du loyer, conformément aux dispositions de l'article R. 351-17-3 du code de la construction et de l'habitation, et d'autre part à l'abattement pour personnes invalides au titre de l'article 157 du code général des impôts ont autorité de force jugée et ne sauraient être à nouveau discutés devant le tribunal ; la caisse d'allocations familiales du Var n'a pas exécuté le jugement du tribunal administratif du 8 novembre 2022 puisqu'elle discute toujours des règles à appliquer, et qu'elle refuse de prendre en compte le montant forfaitaire des charges du loyer et l'abattement pour personnes invalides au titre de l'article 157 du code général des impôts.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement du tribunal administratif de Toulon N° 2002408-2002409 du

8 novembre 2022 ;

- l'ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Toulon du

5 septembre 2023.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Mme C, représentant la caisse d'allocations familiales du Var.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'injonction et de versement des sommes dues au titre de l'année 2019 :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ". En outre, selon les dispositions de l'article R. 921-6 du code de justice administrative : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. Toutefois, à l'expiration de ce délai de six mois, lorsque le président estime que les diligences accomplies sont susceptibles de permettre, à court terme, l'exécution de la décision, il informe le demandeur que la procédure juridictionnelle ne sera ouverte, le cas échéant, qu'à l'expiration d'un délai supplémentaire de quatre mois. Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours. L'affaire est instruite et jugée d'urgence. Lorsqu'elle prononce une astreinte, la formation de jugement en fixe la date d'effet ".

2. D'une part, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, si la décision dont l'exécution lui est demandée prescrit déjà les mesures qu'implique nécessairement cette décision, d'en préciser la portée dans l'hypothèse où elles seraient entachées d'une obscurité ou d'une ambigüité. Le cas échéant, il lui appartient aussi d'en édicter de nouvelles en se plaçant, de même, à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée. D'autre part, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites ou qu'il prescrit lui-même par la fixation d'un délai d'exécution et le prononcé d'une astreinte suivi, le cas échéant, de la liquidation de celle-ci, en tenant compte tant des circonstances de droit et de fait existants à la date de sa décision que des diligences déjà accomplies par les parties tenues de procéder à l'exécution de la chose jugée ainsi que de celles qui sont encore susceptibles de l'être.

3. En l'espèce, dans son jugement du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Toulon a enjoint à la caisse d'allocations familiales du Var de procéder au réexamen de la situation de Mme A, en prenant en compte le montant forfaitaire pour la déduction des charges du loyer et d'autre part en prenant en compte l'abattement pour personne invalide. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales du Var fait valoir d'une part que l'allocataire a fourni une carte d'invalidité mention " priorité " qui est attribuée à toute personne atteinte d'une incapacité inférieure à 80 %, ce qui ne justifie pas de l'invalidité permanente soit au minimum de 80 % ou une invalidité de 3ème catégorie ou classés en groupe 1 ou 2 de la grille AGGIR, comme l'exige l'article 157 bis du code général des impôts et, d'autre part, que les droits de Mme A ont été calculés en prenant en compte le montant forfaitaire au titre des charges assortissant le loyer principal de l'appartement sis 112 rue Yasser Arafat à La Seyne-sur-Mer, comme le prévoit l'article R. 351-17-3 du code de la construction et de l'habitation. Ces éléments ne sont pas contestés par la requérante. Dans ces conditions, il y a lieu de constater que la décision n° 2002408-2002409 du 8 novembre 2022 a bien été exécutée sur ces deux points.

4. Il résulte de ce qui précède, qu'il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions formulées par la requérante de versement des sommes qui seraient dues par la caisse d'allocations familiales du Var à Mme A au titre des allocations personnalisées au logement (APL) au titre de cette année 2019.

5. En outre, la caisse d'allocations familiales du Var fait valoir, sans être contestée sur ce point, que Me Maillot n'a pas communiqué à la caisse d'allocations familiales du Var sa renonciation à percevoir la contribution de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle. Ainsi, selon les termes mêmes de l'article 4 du jugement dont l'exécution est demandée, la caisse d'allocations familiales du Var n'était dès lors pas tenue de verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 :

6. La caisse d'allocations familiales du Var n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de cet organisme quelque somme qui soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales du Var.

Copie sera adressée au préfet du Var et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

N°2302838

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