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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302891

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302891

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantITEM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. A contestant la délibération du 10 mars 2023 par laquelle la commune de Lorgues a approuvé la révision allégée n°1 de son plan local d'urbanisme (PLU). Le tribunal a jugé que la procédure de révision allégée était régulière, notamment en ce qu'elle n'avait pas pour objet de réduire un espace boisé classé, une zone agricole ou naturelle, mais de créer un tel espace, ce qui est autorisé par l'article L. 153-34 du code de l'urbanisme. Il a également écarté les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'atteinte disproportionnée au droit de propriété, estimant que le classement de la parcelle en zone naturelle avec création d'un espace boisé classé était justifié par des motifs d'intérêt général. En conséquence, la délibération attaquée a été validée, et les conclusions accessoires de M. A ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2023 et le 2 juin 2024, M. B A, représenté par Me Paloux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération en date du 10 mars 2023 par laquelle la commune de Lorgues a approuvé la révision allégée n°1 de son plan local d'urbanisme (PLU), ensemble la décision du 11 juillet 2023 rejetant implicitement son recours gracieux en date du 8 mai 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lorgues une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le projet de révision ait fait l'objet d'un examen conjoint par les services de l'État, de l'établissement public intercommunal et de l'ensemble des personnes publiques associées ;

- ledit examen n'a pas pu être achevé tel que l'atteste le procès-verbal de réunion du

22 février 2022 ;

- le classement de la parcelle cadastrée A110 de la zone UDb en zone N, avec création d'un espace boisé classé (EBC), est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne peut être approuvé au terme d'une procédure de révision allégée ;

- ledit classement et la création d'un EBC procèdent également d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la parcelle en cause ne faisait l'objet d'aucune protection particulière, qu'elle s'insère dans une urbanisation existante, qu'elle dispose de tous les raccordements nécessaires, qu'elle a fait l'objet d'un arrêté préfectoral de défrichement ainsi que d'un permis d'aménager en vue de réaliser 6 lots dont 4 à bâtir ;

- la révision allégée en litige constitue une atteinte disproportionnée au droit de propriété ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2023, la commune de Lorgues, représentée par Me Marchesini, conclut, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au sursis à statuer conformément à l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, en toute hypothèse à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par courrier du 25 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1.

Par une ordonnance du 19 juin 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée à effet immédiat.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Toulon n°2202458 du 23 juin 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2024 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- et les observations de Me Paloux pour M. A, ainsi que celles de Me Reghin, substituant Me Marchesini, pour la commune de Lorgues.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'une parcelle cadastrée A 110, située dans le quartier Bouanaourra à Lorgues, d'une superficie de 13 200 m2, pour laquelle l'intéressé s'est vu délivrer une autorisation de défrichement par un arrêté préfectoral du 22 octobre 2021. Par un arrêté du

6 avril 2022, le maire de Lorgues a retiré son arrêté portant permis d'aménagement de ladite parcelle en vue de la création de 6 lots dont 4 à bâtir. Par un jugement n°2202458 du 23 juin 2023, le tribunal administratif de Toulon a annulé ce dernier arrêté. Parallèlement, par une délibération du 25 septembre 2020, le conseil municipal de Lorgues a prescrit la révision allégée de son plan local d'urbanisme (PLU), laquelle a finalement été approuvée par une délibération du 10 mars 2023. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette dernière délibération, ensemble de la décision du 11 juillet 2023 rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'erreur de droit relative à la révision allégée du plan local d'urbanisme :

2. Aux termes de l'article L. 153-34 du code de l'urbanisme : " Dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme, le projet de révision arrêté fait l'objet d'un examen conjoint de l'État, de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou de la commune et des personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 lorsque, sans qu'il soit porté atteinte aux orientations définies par le plan d'aménagement et de développement durables : / 1° La révision a uniquement pour objet de réduire un espace boisé classé, une zone agricole ou une zone naturelle et forestière ; / 2° La révision a uniquement pour objet de réduire une protection édictée en raison des risques de nuisance, de la qualité des sites, des paysages ou des milieux naturels ; / 3° La révision a uniquement pour objet de créer des orientations d'aménagement et de programmation valant création d'une zone d'aménagement concerté ; / 4° La révision est de nature à induire de graves risques de nuisance. / Le maire de la ou des communes intéressées par la révision est invité à participer à cet examen conjoint ".

3. Le requérant soutient que la délibération en litige est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 153-34 du code de l'urbanisme précité n'autorisent la révision allégée d'un PLU que si son objet est de réduire un espace boisé classé, une zone agricole ou une zone naturelle et forestière. Il ressort des pièces du dossier que l'objet de la révision allégée litigieuse est " d'ajuster certaines dispositions règlementaires relatives à l'adaptation de la trame verte, bleu et jaune. Cette adaptation s'opère à travers des reclassements en zone A, N ou U et des évolutions apportées aux EBC ". Dès lors, si, conformément aux dispositions de l'article L. 153-34 du code de l'urbanisme, le conseil municipal pouvait approuver les adaptations portant réduction d'un espace boisé classé, d'une zone agricole ou d'une zone naturelle et forestière, il ne pouvait légalement prévoir, à l'inverse, des adaptations visant le reclassement en zone N de la parcelle cadastrée A 110 précédemment classée une zone UD ni la création d'un EBC sur ladite parcelle, de telles adaptations n'entrant pas dans le cadre limitativement défini par lesdites dispositions. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'évolution du zonage et des servitudes de la parcelle cadastrée A 110 doit être accueilli et que la délibération en litige encourt l'annulation.

4. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît en l'état du dossier susceptible de fonder l'annulation des décisions attaquées.

Sur l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme :

5. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ; / 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Si, après avoir écarté les autres moyens, le juge administratif estime que le vice qu'il relève affecte notamment un plan de secteur, le programme d'orientations et d'actions du plan local d'urbanisme ou les dispositions relatives à l'habitat ou aux transports et déplacements des orientations d'aménagement et de programmation, il peut limiter à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce ".

6. Eu égard à sa nature et à sa portée, le vice exposé au point 3 est susceptible d'avoir influencé le parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme. Il n'est, dès lors, pas régularisable sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme. En revanche, ce vice n'affectant que le classement en zone N et la création d'un EBC sur la parcelle A110, il y a lieu de prononcer l'annulation de ces seules dispositions.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Lorgues la somme de 2 000 euros demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Les conclusions de la commune de Lorgues au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative sont, en revanche, rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 10 mars 2023 du conseil municipal de la commune de Lorgues est annulée en tant qu'elle classe la parcelle A 110 en zone N et qu'elle y crée un EBC.

Article 2 : La commune de Lorgues versera à M. A une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Lorgues présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Lorgues.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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