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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2303175

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303175

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, Mme A F, représentée par Me Chaussade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 août 2023 par lequel le préfet du Var lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", et l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable car elle a respecté les délais légaux pour contester la décision du préfet du Var du 21 août 2023 ; elle dispose d'un intérêt à agir à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- l'arrêté attaqué est entaché du vice d'incompétence de son auteur en ce qu'il n'est pas établi qu'une délégation de signature en la faveur de M. E existe et a été publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été consultée et Mme F n'a pas été convoquée afin de fournir des preuves nécessaires à justifier sa situation ;

- elle remplit les conditions posées à l'article 6-5 de l'accord franco-algérien lui permettant de prétendre au titre de séjour mention " vie privée et familiale " en ce que ses liens personnels et familiaux sont en France ;

- l'arrêté attaqué est illégal du fait d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il la prive de sa vie privée et familiale qui ne se situe qu'en France ; elle vit en concubinage avec un ressortissant français et sa famille est en France ; elle a été domiciliée chez sa tante, qui réside en France ;

- elle est en mesure de justifier son intégration dans la société française en ce qu'elle n'a jamais eu de problème avec la justice, ne démontre pas un comportement manifestement contraire aux valeurs de la République, et parle la langue française couramment ; en outre, elle est particulièrement appréciée par ses voisins et ses proches.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier son article 8 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024, le rapport de M. Bailleux, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Mme A F est une ressortissante de nationalité algérienne née le 8 février 1978 à Oran en Algérie, qui est entrée en France le 23 février 2022. Elle a sollicité le 5 avril 2022 un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 21 août 2023, le préfet du Var a refusé de délivrer à l'intéressée un titre de séjour, et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, il est constant que la décision attaquée est signée par le secrétaire général de la préfecture du Var, M. Lucien Guidicelli, en date du 21 août 2023. L'arrêté n° 2023/47/MCI du 21 août 2023, consultable sur Internet, qui apparaît aux visas de la décision en litige, et qui est produit en défense par le préfet du Var, dispose à son article 2 que : " Sans préjudice des dispositions de l'article 45 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 susvisé relatif aux compétences du secrétaire général de la préfecture en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, délégation de signature est donnée à M. Lucien Guidicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, à l'effet de signer : - tous actes, décisions, recours juridictionnels, saisines juridictionnelles notamment en matière de police des étrangers () ". Le préfet du Var fait valoir en outre que cet arrêté du 21 août 2023 a fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n°156 du 21 août 2023, dont il produit un extrait à l'instance. Ainsi qu'il ressort de ce qui précède, cette délégation de signature est suffisamment précise pour conférer la compétence à M. E, qui était donc compétent pour signer la décision en litige. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une incompétence de son auteur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien , qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". En outre, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est entrée en France le 23 février 2022. Sur ce point, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, sans être utilement contesté sur ces deux points, cette entrée est d'une part récente, et d'autre part, Mme F, qui disposait d'un titre de séjour espagnol, et qui aurait dû se conformer aux procédures d'entrée sur le territoire français fixées par la convention de Schengen du 19 juin 1990, et qui ne l'a pas fait, doit être considérée comme étant entrée de manière irrégulière sur le territoire français. Elle soutient être mariée à un ressortissant de nationalité espagnole dont elle est séparée depuis plusieurs années, et qui habite en Espagne actuellement. Il est constant que Mme F n'a pas eu d'enfant avec son mari.

5. La requérante soutient avoir été hébergée chez sa tante, Mme B D, qui réside en France. Elle produit à ce titre une attestation de cette dernière, qui atteste avoir hébergé l'intéressée du 23 février 2022 au 25 septembre de la même année 2022. Ainsi que le fait valoir le préfet du Var dans la décision en litige toutefois, cette seule attestation d'hébergement ne démontre pas l'intensité des liens qui unissent l'intéressée à sa tante et à ses proches vivant en France. Les quelques attestations produites par l'intéressée et émanant de proches et de voisins ne démontrent en outre pas l'intensité de ces liens.

6. En l'espèce, Mme F soutient avoir rencontré M. C et vivre avec lui, ce dernier ayant produit à l'instance une attestation d'hébergement de Mme F depuis le 25 septembre 2022. M. C indique par ailleurs dans une attestation sur l'honneur être en couple avec Mme F et avoir l'intention de se marier avec elle.

7. Toutefois, et en dépit des nombreuses attestations de proches et de voisins attestant de la gentillesse et du caractère serviable de Mme F, ainsi que du couple qu'elle forme désormais avec M. C, il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante n'est installée avec M. C que depuis le 25 septembre 2022, soit moins d'un an avant que la décision attaquée ne soit prise.

8. Enfin, Mme F n'a pas de travail et elle ne fait pas état d'une intégration importante en France à la date de la décision attaquée. Si, par ailleurs, Mme F soutient qu'elle n'a jamais eu de problème avec la justice, qu'elle ne démontre pas un comportement manifestement contraire aux valeurs de la République, et parle la langue française couramment, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que ses liens en France seraient plus importants que les liens dont elle dispose dans son pays d'origine ou encore en Espagne, pays pour lequel elle dispose d'un titre de séjour, qui était valable jusqu'au 19 novembre 2023, soit postérieurement à la date à laquelle la décision en litige a été prise.

9. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance à la fois des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien de 1968 ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Les dispositions du 1° de cet article ne prévoient la saisine obligatoire de la commission que lorsque l'étranger, auquel l'autorité préfectorale envisage de refuser un titre de séjour, remplit effectivement les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

11. La requérante ne remplissant pas les critères fixés à l'article 6-5 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien, elle ne peut utilement soutenir que le préfet du Var aurait dû consulter la commission du titre de séjour définie à l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté comme étant inopérant.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'ensemble des moyens de la requête ayant été écartés, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A F et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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