jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2303290 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023, M. B C A, représenté par Me Dhib, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 juin 2023 par laquelle le préfet du Var lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer titre de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
* La décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :
- a été signée par une personne incompétente ;
- est entachée d'un vice de procédure à l'aune de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que son droit au séjour n'a pas été apprécié à l'aune de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à l'aune de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation à l'aune des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
* La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est illégale par voie d'exception à l'aune de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est infondé.
Par un courrier du 2 février 2024, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que la formation de jugement était susceptible de retenir un moyen d'ordre public soulevé d'office et tiré de l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté.
Par une décision du 2 octobre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 6 février 2024, le rapport de Mme Le Gars.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 8 octobre 1994 à Dakar, est entré sur le territoire français le 5 octobre 2012 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " salarié " valable jusqu'au 4 octobre 2013 puis a obtenu un titre de séjour temporaire en qualité de " travailleur temporaire " valable jusqu'au 4 octobre 2014. Il obtenu un second titre de séjour en qualité de travailleur temporaire valable du 1er août 2016 au 31 juillet 2017. Le 12 décembre 2017, le préfet du Var a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de renvoi. Le 31 janvier 2022, M. A a déposé une demande de carte de résident pour résidence régulière depuis plus de dix ans. Par un arrêté du 28 juin 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023/17/MCI du 22 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 55, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer, notamment, tous les actes et décisions en matière de police des étrangers.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
4. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que, si le législateur a prévu que la commission nationale de l'admission exceptionnelle au séjour donnera un avis sur les critères d'admission exceptionnelle au séjour, il a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
5. D'une part, M. A soutient qu'il séjourne en France depuis octobre 2012. Il ressort des pièces du dossier que si M. A produit des éléments attestant d'une présence intermittente sur le territoire national entre 2016 et 2021 en tant que footballeur au sein du club olympique Londais et en tant qu'apprenti au sein d'une entreprise d'aménagement paysager il ne produit cependant aucun élément justifiant d'une intégration particulière ou de motif exceptionnel. Dans ces conditions et eu égard aux considérations exposées aux points 6 et 8 du présent jugement, le préfet du Var a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation et alors qu'il n'en était pas saisi, estimer que ces éléments, tant personnels que professionnels, étaient insuffisants pour permettre son admission exceptionnelle au séjour.
6. D'autre part, il est constant que M. A a résidé régulièrement sur le territoire français d'octobre 2012 à octobre 2014 en tant que travailleur temporaire. M. A soutient avoir résidé de manière continue sur le territoire français depuis son arrivée. Il produit à ce soutien une attestation de formation d'insertion professionnelle pendant six mois jusqu'en mars 2015, des copies de contrats de travail à durée déterminée entre septembre 2016 et avril 2019 au sein du club olympique Londais et d'une entreprise d'aménagement paysager. Il produit également des relevés bancaires de septembre 2020 à avril 2021 puis de juillet à octobre 2021 n'indiquant que quelques opérations de retrait anecdotiques. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A était présent de manière ininterrompue pendant dix ans sur le territoire national en particulier entre mars 2015 et septembre 2016 et juillet 2017 à janvier 2018, d'autant que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 12 décembre 2017. Ainsi, les pièces du dossier permettent d'établir uniquement une présence intermittente de M. A sur le territoire entre octobre 2012 et octobre 2021, soit moins de dix ans. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait dû saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées.
7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. M. A est célibataire et sans charge de famille. Il ressort des pièces du dossier que sa famille, ses parents et ses quatre frères et sœurs, résident toujours au Sénégal où il a vécu la majeure partie de sa vie. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est investi et apprécié au sein du club de foot Londais et de l'entreprise d'aménagement paysager, il n'apporte cependant pas d'autres éléments relatifs à son insertion associative ni ne justifie pas avoir tissé des liens personnels stables et intenses sur le territoire, y compris auprès de son oncle auprès duquel il allègue vivre. Ainsi, il n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts familiaux et moraux en France. Dans ces conditions, le préfet du Var n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour au titre de la vie privée et familiale. Il n'a pas davantage porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire :
9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (). ".
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. A n'est pas fondé à solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var a commis une erreur de droit en procédant à son éloignement sur le fondement des dispositions précitées.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas recevable à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
DECIDE
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B C A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
V. VIVES
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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