lundi 8 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2303549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Kipffer , demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé son récépissé de demande de carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit à d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros, qui sera versée à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les trois décisions contestées :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure substantiel tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il justifie de sa présence sur le territoire français ainsi que de liens personnels ;
- en examinant sa demande uniquement sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans rechercher si sa situation entrait dans le champ d'application d'autres dispositions de code ou de conventions internationales, l'administration a commis une erreur de droit ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision d'abrogation du récépissé de demande de titre de séjour :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet, qui s'est seulement prononcé sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas examiné si le requérant devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions de ce code ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bernabeu a été entendu lors de l'audience publique, au cours de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 17 octobre 1978, est, selon ses déclarations, né en France. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiales ". Par un arrêté du 6 juillet 2023, le préfet du Var a toutefois refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen relatif à la légalité externe commun aux décisions contestées :
2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions qu'elles ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'un refus de titre de séjour, qui est pris en réponse à une demande, alors même que cette décision emporterait abrogation du récépissé de carte de séjour délivré durant l'instruction de ladite demande.
3. En outre, il ressort des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision portant refus de titre de séjour :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B soutient que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie auprès de la préfecture du Var de sa présence, de liens personnels en France et qu'il est né le 17 octobre 1978 à Lyon. Ces moyens, qui ne sont appuyés d'aucune pièce justificative sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé, ne sont toutefois pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné le droit au séjour de M. B au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". A cet, égard, il résulte de la demande de titre de séjour déposée par l'intéressé, qui a été produite au dossier par le préfet du Var, que ce dernier a uniquement sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Or, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. M. B ne peut donc utilement faire valoir que le préfet de police n'a pas examiné son droit au séjour sur le fondement d'autres dispositions du code précité ni de stipulations de conventions internationales, dont il ne précise même pas les références.
En ce qui concerne la décision d'abrogation du récépissé de demande de titre de séjour :
8. Eu égard à ce qui a été exposé aux points précédents, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour pour demander l'annulation de la décision d'abrogation du récépissé de demande de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
10. Un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Cependant, ainsi qu'il a été exposé précédemment, M. B ne remplit pas les conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-23 de ce code pour se voir délivrer un titre de séjour. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, le préfet n'avait pas l'obligation d'examiner d'office si l'intéressé pouvait prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Par suite, le préfet a pu, sans erreur de droit, prononcer la mesure d'éloignement contestée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 janvier 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,
Signé
F. CROS
La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
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