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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2303562

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303562

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 6 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Aglieri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa demande de titre de séjour " avant le 1er janvier 2023 " et, dans l'attente, de le munir d'un récépissé autorisant sa présence sur le territoire français.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 8 février 1994 dès lors que le comportement du requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il est particulièrement intégré à la société française ; les décisions litigieuses méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits d'l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mention des voies et délais de recours fait défaut ;

- au jour de la notification de la mesure d'éloignement, il disposait d'un titre de séjour en cours de validité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bernabeu a été entendu lors de l'audience publique, au cours de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 2 octobre 1990, est entré en France en 2022 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 24 mai 2022 au 24 mai 2023. Le 28 mars 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 5 octobre 2023, le préfet du Var a toutefois refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. A ne justifie pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, malgré le courrier qui lui a été adressé en ce sens via l'application " Télérecours " par le greffe du tribunal le 29 décembre 2023 et lu le 8 janvier 2024. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a donc pas lieu de faire droit à la demande de l'intéressé tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Selon l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle () au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

4. Les stipulations de l'accord franco-tunisien ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant tunisien la délivrance de sa carte temporaire de séjour lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A, le préfet du Var s'est fondé sur un unique motif tiré de ce que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré en France en 2022, a fait l'objet de deux condamnations le 21 novembre 2022 par ordonnances pénales délictuelles du tribunal judiciaire de Draguignan, la première à une amende de 300 euros pour des faits de refus pour le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter le 7 février 2022, et la seconde à une amende de 300 euros pour des faits de conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis le même jour. En outre, le préfet du Var a également tenu compte de ce que l'intéressé était défavorablement connu des services de police, en se fondant notamment sur les mentions figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), en tant qu'auteur de vol dans un local d'habitation ou lieu d'entrepôt et d'escroquerie, le requérant ne contestant pas la matérialité des faits reprochés. Eu égard à la nature, au caractère récent et à la réitération des faits commis par M. A sur une période très courte et concomitamment à son entrée en France, et malgré l'exercice par ce dernier d'une activité salariée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.

8. M. A ne peut en outre utilement se prévaloir d'une circulaire ministérielle du 8 février 1994, qui n'a pas fait l'objet d'une publication dans les conditions prévues à l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration et qui, en tout état de cause, ne propose pas une interprétation de la règle différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'était présent en France que depuis plus d'un an environ à la date des décisions attaquées. Il est par ailleurs sans charge de famille et ne se prévaut d'aucune autre attache personnelle précise sur le territoire français, en se bornant à se référer à un " cercle amical, social et amoureux " dans la région de Fréjus où il vit. La seule circonstance qu'il justifie de bulletins de salaire depuis le 1er décembre 2022 en qualité de technicien de maintenance informatique n'est pas suffisante pour justifier d'une parfaite intégration à la société française. Par suite, eu égard au caractère très récent de son entrée sur le territoire national, qu'il a rejoint à l'âge de 32 ans, et aux conditions de son séjour en France rappelées au point 7 ci-dessus, le refus de séjour et la mesure d'éloignement ne portent ainsi pas d'atteinte disproportionnée au droit de M. A de mener une vie privée et familiale normale et ne méconnaît dès lors pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Si le requérant soutient qu'il disposait d'un titre de séjour en cours de validité à la date à laquelle lui a été notifiée l'obligation de quitter le territoire français contestée, un tel constat est erroné dans la mesure où l'arrêté portant mesure d'éloignement est consécutif à un refus de séjour notifié dans le même arrêté et abrogeant nécessairement le récépissé de demande de titre de séjour qui lui avait été remis dans l'attente de l'instruction de cette demande.

12. Enfin, la circonstance que l'arrêté contesté ne mentionnerait pas les voies et délais de recours est sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, une telle assertion est inexacte, eu égard à la copie de l'arrêté préfectoral du 5 octobre 2023, produite en défense, qui comporte l'ensemble des mentions requises pour permettre au requérant d'exercer son droit à un recours juridictionnel effectif, ce qu'il a au demeurant fait par la présente requête.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Par voie de conséquence du rejet des conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, doivent être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. CROS

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

Le greffier

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