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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2303786

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303786

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Ben Hassine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou subsidiairement de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas porté une attention particulière à sa demande de titre de séjour ;

- les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas motivée au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son cas n'entre pas dans le champ d'application de ces dispositions.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 12 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il y a lieu de procéder à une substitution de base légale en substituant aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles portent sur la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, sur lesquelles s'est fondé le préfet du Var mais qui ne sont pas applicables aux ressortissants marocains s'agissant d'un point traité par l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi, le pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié (décision du Conseil d'Etat statuant au contentieux du 31 janvier 2014, Ministre de l'intérieur contre Nassiri, n° 367306, mentionnée aux tables du recueil Lebon).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bernabeu a été entendu au cours de l'audience publique du

22 janvier 2024 lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 23 octobre 1987, a déposé le

4 avril 2022 une demande de titre de séjour tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an au titre de l'admission exceptionnelle au séjour pour motif professionnel. Par un arrêté du 12 octobre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du

9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". Selon

l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à

l'article L. 412-1 () ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Var ne pouvait pas légalement rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée par M. A, ressortissant marocain, en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi que les parties en ont été averties, il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet de régulariser ou non la situation du requérant, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 précité.

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, M. A ne peut utilement soutenir que le préfet du Var a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui n'établit pas sa présence continue sur le territoire national depuis 2017, justifie d'une expérience professionnelle dans le secteur du bâtiment se résumant à deux contrats à durée déterminée à temps partiel conclus avec la SA Construction en mai 2018 en qualité d' " ouvrier qualité " puis en mars 2019 en qualité d' " ouvrier d'exécution " et un contrat à durée indéterminée signé avec cette même société le 6 septembre 2021, toujours à temps partiel et en qualité d' " ouvrier d'exécution ", l'intéressé ne produisant aucun bulletin de salaire correspondant à ce dernier contrat. S'il se prévaut également d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, en qualité de maçon, signée le 1er mars 2022 avec la société RTP Terrassement, l'intéressé ne donne aucune précision sur la nature exacte du poste brigué ni sur les qualifications ou expériences particulières qu'il aurait acquises ni les diplômes dont il serait titulaire. Enfin, M. A, célibataire et sans charge de famille, ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc où résident ses parents et l'ensemble de sa fratrie selon les indications qu'il a lui-même portées sur le formulaire de sa demande de titre de séjour, et où il aurait vécu, selon ses déclarations, au moins jusqu'à l'âge de 20 ans. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet du Var, qui s'est livré à un examen particulier de la situation de M. A, n'a pas entaché sa décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

8. A supposer que M. A ait également entendu soulever le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité que les décisions contestées comporteraient, un tel moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.

9. Par conséquent, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. Il ressort de la décision contestée que, si elle vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne comporte aucun motif de nature à justifier l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, en se bornant à mentionner que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé, au regard de sa vie privée et familiale au sens de l'article L. 612-8 du code susvisé ", les éléments de fait et de droit énoncés dans l'arrêté préfectoral avant cette mention étant exclusivement relatifs à l'exposé des raisons pour lesquelles le requérant ne pouvait prétendre à un titre de séjour en qualité de salarié. Par suite, M. A est fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2023 en tant qu'il a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. La seule annulation par le présent jugement de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de délivrer à M. A un titre de séjour, ni le réexamen de sa situation. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte du requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 octobre 2023 du préfet du Var est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. CROS

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

Le greffier.

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