vendredi 24 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2303801 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 novembre 2023 et le 8 juin 2024, M. D B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 2 novembre 2023 par laquelle le président du département du Var a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, le rejet de sa demande d'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement ".
Il soutient que son état de santé justifie la délivrance de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " dès lors que son périmètre de marche à pied est limité à 200 mètres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les difficultés rencontrées par le requérant ne sont pas de nature à justifier l'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de la présente affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 2 novembre 2023, le président du conseil départemental du Var a refusé à M. B, suite à son recours administratif préalable obligatoire déposé le 20 octobre 2023, l'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ". Par la présente requête, l'intéressé doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.
2. Le I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9 [c'est-à-dire de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées]. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. () ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées" un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ". L'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017, visé ci-dessus, relative aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans un déplacement, prévoit que le critère relatif à la " réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied " est rempli soit lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres, soit lorsqu'elle a systématiquement recours à une aide humaine, à une prothèse de membre inférieur, à une canne ou à tout autre appareillage manipulé à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs, par exemple à un déambulateur, à un véhicule pour personnes handicapées, notamment un fauteuil roulant, soit enfin lorsqu'elle a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie.
3. Il résulte de ces dispositions que l'arrêté du 3 janvier 2017 définit, en application du IV de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, de sorte que seule peut être regardée comme ayant droit à l'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " une personne qui satisfait aux critères fixés par cet arrêté, c'est-à-dire, s'agissant du critère de réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied, qui se trouve dans l'une des trois situations qu'il prévoit.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du certificat médical à destination de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Var établi le 11 juillet 2023, que M. B est atteint de lombalgies et radiculalgies chroniques accompagnées d'irritation du nerf cubital avec une perspective d'aggravation de ces pathologies. Le périmètre de marche de l'intéressé avait alors été évalué à 1 500 mètres. En outre, ce certificat précisait que, si la marche était réalisée avec difficulté, et avec des pauses, mais sans aide humaine ou technique, ses déplacements, qu'ils furent intérieurs ou extérieurs, étaient effectués sans difficultés et sans aucune aide. Toutefois, il résulte des certificats médicaux établis, d'une part, le 11 octobre 2023 par un médecin neurologue et, d'autre part, le 18 octobre 2023 par un médecin généraliste, que le périmètre de marche de M. B, dont la pathologie est évolutive, est désormais limité à 200 mètres. Dans ces conditions, compte tenu de ces nouveaux éléments, qui ne sont pas valablement remis en cause en défense, M. B doit être regardé comme remplissant, à la date du présent jugement, les conditions requises à la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " et il est, par suite, fondé à demander l'annulation de la décision du 2 novembre 2023 attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du président du conseil départemental du Var du 2 novembre 2023 doit être annulée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du président du conseil départemental du Var du 2 novembre 2023 est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au département du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.
La magistrate désignée,
Signé
M. C La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière
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