jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2303923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023, Mme A C, épouse D, représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de renouvellement d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ; 2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de résident, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - la carte de résident doit être délivrée de plein droit en cas de première obtention d'une carte de séjour pluriannuelle ; - l'arrêté est entaché d'une erreur de fait, dès lors que la communauté de vie avec son époux est établie ; - il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les observations de Me Bochnakian, représentant Mme D. Considérant ce qui suit : 1. Mme A C, ressortissante marocaine née le 13 novembre 1978 à Fès, est entrée en France le 31 octobre 2017, selon ses allégations. Le 20 octobre 2018, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 19 octobre 2020, lui a été délivrée. Le 22 octobre 2020, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 30 octobre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. L'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. " 3. Pour refuser de délivrer une carte de séjour temporaire à Mme D, le préfet du Var a retenu que la persistance d'une communauté de vie avec son époux, M. B D, n'était pas établie. 4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D se sont mariés le 30 juin 2017 au Maroc et qu'une transcription à l'état civil a été effectuée le 21 septembre 2017. A l'appui de sa requête, Mme D produit notamment plusieurs documents mentionnant les noms des deux époux à une même adresse, tels qu'une facture d'énergie du 11 décembre 2017, un courrier bancaire du 9 janvier 2018 avec certification de résidence fiscale, une attestation d'abonnement Veolia du 7 novembre 2018, un avis d'impôt pour l'année 2019, un courrier bancaire du 18 février 2020. Le 22 novembre 2021, le bailleur de M. et Mme D a attesté louer un studio aux intéressés. Mme C produit également plusieurs quittances de loyer du couple, du mois de novembre 2021 à 10 juin 2023. La même adresse figure sur l'avenant au contrat à durée indéterminée de Mme D, du 8 novembre 2021 et sur ses bulletins de salaire. Enfin, Mme D produit de nombreuses photos du couple depuis le 9 juillet 2017 ainsi que quatre témoignages, émanant de leur entourage, attestant de leurs liens. Dans ces conditions, la communauté de vie entre M. et Mme D ne peut être regardée comme ayant cessé depuis leur mariage. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que le préfet du Var a entaché son arrêté d'une erreur de fait. 5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 octobre 2023 du préfet du Var doit être annulé. Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte : 6. L'exécution du présent jugement, qui ne statue pas sur la délivrance d'une carte de résident, implique nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à Mme D. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Sur les frais du litige : 7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : L'arrêté du 30 octobre 2023 du préfet du Var est annulé. Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 200 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, épouse D et au préfet du Var. Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2303923
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