jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2303927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Clement, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 du préfet du Var en tant qu'il a rejeté sa demande de renouvellement d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ; 2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il soutient que : - l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, en l'absence d'empêchement justifié ; - la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; - la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Le rapport de M. D a été entendu lors de l'audience publique. Considérant ce qui suit : 1. M. B C, ressortissant guinéen né le 10 mars 1995 à Ratoma, Conakry, est entrée en France en 2014, selon ses allégations. Le 22 août 2022, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 30 octobre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. L'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " 3. Pour refuser de délivrer une carte de séjour temporaire à M. C, le préfet du Var a considéré qu'il ne justifiait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille, A G C. 4. Toutefois, le nom de M. C et ses coordonnées figurent sur le contrat conclu le 19 octobre 2022 avec Mme F, assistante maternelle prenant alors en charge la jeune A. La nouvelle assistante maternelle des enfants de M. C a d'ailleurs attesté l'avoir rencontré lors des premiers entretiens d'embauche et de ce qu'il venait chercher ses enfants avec Mme E (partenaire de PACS). En outre, le requérant produit ses relevés de compte ainsi que ceux de Mme E, entre les mois d'avril et octobre 2023, desquels il ressort des versements importants sur le compte de Mme E, à la suite de retraits effectués par M. C, compris entre 750 et 1 000 euros par mois. Enfin, M. C verse au dossier plusieurs photographies en famille, notamment avec ses enfants, ainsi que 14 attestations de son entourage, notamment celles de Mme E, de sa mère, de sa grand-mère, de son oncle et de sa tante, faisant état de la réalité de ses liens avec A et Kaïs. Dans ces conditions, M. C démontre contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, depuis leur naissance. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Var a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. 5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 octobre 2023 du préfet du Var doit être annulé. Sur les conclusions à fin d'injonction : 6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour temporaire, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Sur les frais du litige : 7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Clement, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Clement de la somme de 1 200 euros. D É C I D E :Article 1er : L'arrêté du 30 octobre 2023 du préfet du Var est annulé. Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : L'Etat versera à Me Clement la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Clement renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'EtatArticle 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet du Var et à Me Clement. Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2303927
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