jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2303941 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 5 décembre 2023, M. B A C, représenté par Me Hernandez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
M. A C soutient que l'arrêté attaqué :
- méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il produit le livret de famille qui établit sa filiation avec ses deux enfants français ;
- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est père de deux enfants français dont il justifie participer à l'entretien ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
25 février 2024 à 12 :00.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 :
- le rapport de M. Karbal, conseiller ;
- et les observations de Me Lagardère substituant Me Hernandez pour M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né le 13 septembre 1983, déclare être entré en France le 17 juillet 2015 et ne plus avoir quitté le territoire français depuis lors. M. A C a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 30 octobre 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant ".
3. Doit être regardé comme subvenant effectivement aux besoins de son enfant, le père ou la mère qui a pris les mesures nécessaires, compte tenu de ses ressources, pour assurer l'entretien de celui-ci. Toute autre interprétation méconnaîtrait le droit des intéressés à mener une vie familiale normale. En outre, le domicile commun suffit à attester qu'un parent étranger, même sans emploi, contribue effectivement à l'éducation de son enfant mineur, par sa présence au quotidien, s'il remplit également la condition de durée soit depuis la naissance de l'enfant soit depuis au moins deux ans à la date de la décision attaquée.
4. Pour refuser le titre de séjour, le préfet a relevé, d'une part, que l'intéressé ne démontre pas la communauté de vie avec sa compagne et, d'autre part, qu'il ne produit aucun justificatif afin d'attester de la naissance et de la filiation de ses deux enfants, ni de l'effectivité de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses derniers et, par suite, ne satisfaisait pas à la condition ainsi prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est père de deux enfants de nationalité française nés en 2021 et 2022. Toutefois, en ne produisant qu'une promesse d'embauche, des bulletins de salaire et l'avis d'imposition sur les revenus de l'année 2022, le requérant n'établit pas, à la date de l'arrêté attaqué, entretenir une relation avec ses enfants. En outre, s'il soutient entretenir une relation avec une ressortissante française, la seule attestation qu'il produit ne saurait suffire à établir l'existence d'une vie commune avec elle. Par suite, dès lors que M. A C ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis au moins deux ans, et eu égard aux conditions de son séjour en France, en prononçant une obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni l'article L. 423-7 du code de l'entrée des étrangers et du droit d'asile, ni davantage l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A C et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Karbal, conseiller,
M. Helayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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