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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2303992

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303992

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGERBI AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon, statuant en référé, a ordonné une mesure d'expertise médicale à la demande de Mme D, qui souffre de complications infectieuses après une pose de prothèse du genou en 2016 au centre hospitalier universitaire de Nice. La requête, fondée sur l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a été jugée utile pour déterminer les causes et responsabilités liées à sa prise en charge, sans préjuger du fond. Le centre hospitalier et l'ONIAM, qui ne s'opposaient pas à l'expertise, ont vu leurs protestations rejetées comme sans objet, et la demande de pré-rapport a été écartée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance n° 489447 du 1er décembre 2023, le président de la section du contentieux du conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 312-5 du code de justice administrative, le jugement de la requête présentée par Mme F D, enregistrée le 25 juillet 2023 au greffe du tribunal administratif de Nice.

Par cette requête, enregistrée le 7 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Toulon, Mme F D, représentée par la SCP gerbi Avocats agissant par Me Gerbi, demande au tribunal :

1°) d'ordonner, en application des dispositions de l'article R.532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise relative à sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Nice - hôpital Pasteur 2 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice - hôpital Pasteur 2 la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- elle souffre depuis l'âge de 48 ans de gonarthrose bilatérale ;

- elle a été opérée le 8 janvier 2016 au sein de l'hôpital Pasteur 2 à Nice pour mise en place d'une prothèse totale au niveau du genou droit après ablation de la prothèse unicompartimentale (PUC) externe par le Docteur B ;

- elle a développé par la suite un sepsis aigu sur prothèse totale de révision du genou droit avec désunion de la cicatrice ainsi qu'une volumineuse collection purulente au contact de la prothèse nécessitant plusieurs opérations ;

- à la suite d'une chute, elle a de nouveau subi des opérations chirurgicales avec la présence d'une infection persistante ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile dès lors qu'elle a pour objet de déterminer les causes, les responsabilités et les préjudices subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Nice - hôpital Pasteur 2.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Var informe le tribunal que la requérante ne dépend pas de son organisme et qu'elle n'entend pas intervenir dans la présente instance, la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 17 mai 2024, le centre hospitalier universitaire de Nice, représenté par la SELARL cabinet Chas agissant par Me Chas, informe la juridiction qu'il n'entend pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée sous les réserves et protestations d'usage et demande au tribunal de compléter la mission d'expertise selon ses dires et de rejeter les autres conclusions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la SELARL De la Grange et Fitoussi Avocats agissant par Me de La Grange, informe la juridiction qu'il n'entend pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée sous les réserves et protestations d'usage et demande au tribunal de désigner un collège d'experts compétents en chirurgie orthopédique et en infectiologie, de compléter la mission d'expertise selon ses dires, en prévoyant notamment le dépôt d'un pré-rapport par l'expert et de rejeter les autres demandes.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes- Maritimes et à l'UGM Groupe Intériale lesquelles n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Hamon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Le juge des référés peut, sur le fondement de ces dispositions, ordonner une mission d'expertise dès lors que la demande qui lui est présentée n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et qu'elle n'est pas dépourvue d'utilité.

2. La mesure d'expertise demandée par Mme D a pour objet de déterminer les causes, les responsabilités et les préjudices subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Nice - hôpital Pasteur 2 le 8 janvier 2016. Cette demande, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les protestations et réserves :

3. La présente ordonnance n'ayant ni pour objet ni pour effet de mettre en cause la responsabilité des parties précitées, les protestations et réserves formulées par le centre hospitalier universitaire de Nice et l'ONIAM sont dépourvues d'objet et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Dès lors, les conclusions de l'ONIAM, tendant à ce que la mission d'expertise prévoit le dépôt par l'expert d'un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens

5. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président du tribunal ou au magistrat délégué, lorsqu'il liquidera et taxera les frais de l'expertise, de désigner dans l'ordonnance la partie qui les supportera. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions de la requérante présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur G E, expert, demeurant Hôpital Sainte-Marguerite, 270 Bd Sainte-Marguerite à Marseille (13009) et le docteur A C, expert, demeurant Hôpital de la Timone, 264 rue Saint Pierre à Marseille (13005) sont désignés pour procéder, en présence de Mme D, du centre hospitalier universitaire de Nice, de l'ONIAM, de l'UGM groupe Intériale et de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à une expertise médicale à l'effet de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de Mme D en se faisant communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de leur mission et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Nice le 8 janvier 2016 ;

2°) procéder à l'examen clinique de Mme D, décrire son état de santé et les soins et prescriptions antérieurs à son opération chirurgicale le 8 janvier 2016 ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme D a été prise en charge, les diagnostics posés et les soins qui lui ont été administrés lors de sa prise en charge et de l'opération chirurgicale du 8 janvier 2016 ;

4°) donner leur avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme D ;

5°) déterminer, en cas d'infection nosocomiale, l'origine et les causes possibles de cette infection, sa date d'apparition et si le diagnostic et les soins apportés ont été diligents et pertinents ; donner leur avis sur le point de savoir si l'intéressée présentait des facteurs favorisant la survenue et le développement de cette infection, dire si elle serait survenue de toute façon en dehors de tout séjour hospitalier et dire, notamment, si l'enquête médicale, paramédicale et bactériologique démontre de façon certaine et exclusive que l'infection est d'origine nosocomiale et donner, le cas échéant, tous éléments permettant au tribunal de se prononcer sur l'existence d'une éventuelle cause étrangère ;

6°) préciser les germes en cause ; déterminer la porte d'entrée de cette infection en précisant quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l'origine de cette infection et par qui et dans quel établissement pratiqué ;

7°) dire, dans l'éventualité d'une infection nosocomiale, si un manquement aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales peut être relevé et si l'ensemble des mesures de prévention ont été appliquées conformément aux règles de l'art. Dans la négative, analyser la nature des erreurs, manque de précautions, négligences ou autres défaillances relevées ;

8°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de Mme D ;

8°) donner leur avis sur le point de savoir si le ou les éventuels manquements constatés ont fait perdre à Mme D une chance d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation ;

9°) donner leur avis sur l'ampleur de la chance perdue (chiffrage) et son imputabilité aux éventuels manquements constatés ;

10°) évaluer, le cas échéant, les préjudices subis, patrimoniaux et extrapatrimoniaux, en distinguant les préjudices temporaires des préjudices permanents ; déterminer notamment, la part des préjudices présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier à l'exclusion de tout état antérieur éventuel, de toute cause étrangère ainsi que de soins ayant pu être pratiqués par d'autres établissements ou par d'autres praticiens ;

11°) dire si l'état de Mme D est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressée ; préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent physique ou psychique et dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé, et, dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent physique ou psychique est prévisible et en évaluer l'importance ;

12°) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à Mme D pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

13°) donner leur avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment, aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

14°) donner leur avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme D ;

15°) donner leur avis sur les dépenses de santé de l'intéressée, la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse ainsi que d'aides techniques compensatoires au handicap de la victime, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire, justifier l'imputabilité des soins à l'acte dommageable, indépendamment de ceux liés à la pathologie initiale, en précisant s'il s'agit de frais occasionnels c'est-à-dire limités dans le temps ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant, en précisant la fréquence de leur renouvellement ;

16°) de manière générale, fournir au tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues ;

Les experts pourront, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. Ils disposeront des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Ils pourront entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de leur mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Le collège d'experts déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de cinq mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par les experts aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 4 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-13 du code susvisé.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F D, au centre hospitalier universitaire de Nice, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à l'UGM groupe Intériale et à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée aux membres du collège d'experts désignés.

Fait à Toulon, le 12 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

L. HAMON

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier,

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