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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2304006

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2304006

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2304006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFARHAT-VAYSSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 décembre 2023 et le 16 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Farhat-Vayssiere, demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente;

- le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation du fait des conséquences de cet arrêté sur son état de santé, gravement altéré suite à une agression pour laquelle il a porté plainte ; la procédure est en cours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience du

26 janvier 2024 en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 26 janvier 2024 :

- le rapport de M. Sauton, président ;

-et les observations de Me Farhat-Vayssiere, représentant M. B.

Deux notes en délibéré présentées pour M. B, enregistrées le 30 janvier 2024, n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérien, né le 1er janvier 1986 à Agbo Delta State au Nigéria, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 9 octobre 2019 selon ses déclarations. Le 12 juillet 2021, l'intéressé s'est vu délivrer une attestation de première demande d'asile par le préfet. Suite au rejet de sa demande, le 11 octobre 2022, il a demandé une carte de séjour temporaire pour admission pour soins dans le cadre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 novembre 2023, le préfet du Var a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, l'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Le requérant ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 2 janvier 2024, il n'y a pas lieu de l'y admettre provisoirement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et sous-préfet de l'arrondissement de Toulon. Par un arrêté n°2023/47/MCI du 21 août 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Var a donné délégation à M. C pour signer " tous actes et décisions en matière de police des étrangers ". Il s'ensuit que l'intéressé était compétent pour signer l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet acte manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Pour refuser d'accorder à M. B le titre de séjour sollicité, le préfet du Var s'est notamment appuyé sur l'avis émis le 27 mars 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel indique que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine.

8. Le requérant, qui a levé le secret médical, conteste l'appréciation faite par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur son état de santé et les conséquences d'une exceptionnelle gravité d'un défaut de prise en charge de cet état résultant d'un éloignement au Nigéria. Toutefois, ni les comptes rendus opératoires établis le 10 juin 2020 et le 21 aout 2020 par le service de chirurgie viscérale et oncologique de l'hôpital Saint-Anne à Toulon indiquant que l'intéressé a dû subir une laparotomie avec mise en place d'une iléostomie latérale de protection, suture gastrique et suture diaphragmatique et remise en continuité digestive suite à une plaie par arme blanche le 10 juin 2020, ni les dossiers médicaux du 10 juin 2020, 24 juin 2020, du 28 septembre 2023 et de janvier 2024 produits devant le tribunal ne sont de nature à remettre en cause le motif tiré de ce que le défaut de traitement de l'état de santé de M. B n'est pas susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication du dossier médical de l'intéressé par l'OFII, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France le 9 octobre 2019. S'il soutient être présent en France depuis plus de quatre ans, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'y a séjourné de manière régulière qu'en raison de l'examen de sa demande d'asile valable du 12 juillet 2021 au 11 janvier 2022. De plus, M. B ne fournit pas d'éléments concernant une possible insertion professionnelle en France. Enfin, le requérant est célibataire et sans enfant et ne justifie ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales au Nigéria. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Pour les raisons mentionnées aux points 6 et 7, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur l'état de santé du requérant. Enfin, celui-ci a la faculté de suivre hors de France l'instruction de sa plainte par l'intermédiaire de son conseil.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Farhat-Vayssiere et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

Le président- rapporteur,

Signé

JF. SAUTON

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. QUAGLIERINI

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2304006

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