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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2304081

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2304081

lundi 19 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2304081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMAILLOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a été saisi par M. D..., ressortissant tunisien, d’un recours en excès de pouvoir contre le refus implicite du préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour. Le requérant invoquait notamment un défaut de motivation, un vice de procédure lié à la consultation du fichier TAJ, et une atteinte à sa vie privée et familiale en tant que père d’un enfant français. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés et que la décision préfectorale était légale au regard des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment les articles L. 423-7 et L. 432-14.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2023 et 22 septembre 2025, M. B... D..., représenté par Me Maillot, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :

1°) d’annuler la décision née le 4 septembre 2023 par laquelle le préfet du Var a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que l’arrêté préfectoral du même jour portant refus de délivrance d’un titre de séjour ;

2°) d’annuler la décision née le 27 novembre 2023 par laquelle le préfet du Var a implicitement rejeté sa demande tendant à la communication des motifs de la décision ayant rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d’enjoindre, sous astreinte, au préfet du Var de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l’attente du réexamen de sa demande, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge du préfet du Var une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Il soutient que :
- la décision implicite de refus de titre de séjour en litige n’est pas motivée, en l’absence de réponse à sa demande de communication des motifs la fondant ; la décision implicite de rejet de sa demande de communication des motifs est également illégale ;
- à défaut de justifier de la composition des membres de la commission du titre de séjour, conformément aux dispositions de l’article L. 432-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la décision contestée est entachée d’un vice de procédure ;
- la décision en litige est également entachée d’un vice de procédure en violation des dispositions de l’article L. 432-15 du code précité dès lors qu’il n’a jamais reçu de convocation, ce qui l’a privé de la garantie que constituent les droits de la défense ;
- si le préfet a consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), il doit respecter une procédure de consultation des services de police et de gendarmerie aux fins de complément d’informations et du procureur de la République sur les suites judiciaires, en application des dispositions combinées des articles R. 40-29 et R. 40-30 du code de procédure pénale et des décrets n° 2015-648 du 10 juin 2015 et n° 2017-1217 du 2 août 2017 ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas constitutifs d’une menace à l’ordre public ;
- la décision en litige est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il est père d’un enfant français et qu’il contribue à l’entretien et à l’éducation de son enfant, conformément aux dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision en litige viole les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2025, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.

Par courriers des 10 novembre et 9 décembre 2025, les parties ont été informées en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions tendant à l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Var a implicitement rejeté la demande de communication des motifs de la décision rejetant la demande de titre de séjour dès lors, d'une part, qu'une telle décision ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, et d'autre part, qu'aucun moyen n'est développé à leur soutien en méconnaissance des dispositions de l’article R. 411-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Bernabeu a été entendu au cours de l’audience publique du 15 décembre 2025 lors de laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

1. M. D..., ressortissant tunisien né le 5 janvier 2022 à Kairouan, en Tunisie, est entré en France selon ses déclarations au mois d’août 2018. Il a été confié au service de l’aide sociale à l’enfance du département du Var le 11 septembre 2018 par une ordonnance de placement provisoire du tribunal de grande instance de Toulon, puis, par un jugement en assistance éducative jusqu’à la date de sa majorité le 5 janvier 2020. Par un arrêté du 31 juillet 2020, confirmé par un arrêt de la cour administrative d’appel de Marseille du 30 juin 2022, le préfet du var a refusé à M. D... la délivrance d’un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 31 mars 2022, le préfet du Var a obligé M. D... à quitter le territoire et a assorti la mesure d’éloignement d’une interdiction de retour sur le territoire français d’un an. Par un arrêté du 19 avril 2022, le préfet du Var a assigné M. D... à résidence dans le département du Var pour une durée de 45 jours. Par un arrêté du 12 janvier 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire. Le requérant a sollicité, le 4 mai 2023, une carte de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 4 septembre 2023, le préfet du Var a toutefois refusé de lui délivrer le titre sollicité. Par sa requête, M. D... demande, dans le dernier état de ses écritures, l’annulation de la décision implicite et l’arrêté du 4 septembre 2023 par lesquels le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité ainsi que la décision implicite née le 27 novembre 2023 rejetant sa demande tendant à la communication des motifs de la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour.


Sur les conclusions dirigées contre le refus de communication des motifs de la décision implicite de refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (…). », et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ». En vertu de ces dispositions, la décision refusant la délivrance d’une carte de séjour temporaire constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées. Par suite, il est loisible à l’intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. En l’absence de communication de ces motifs dans le délai d’un mois, la décision implicite se trouve alors entachée d’illégalité pour défaut de motivation.

3. Si le requérant demande l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Var a implicitement rejeté sa demande de communication des motifs de la décision rejetant sa demande de titre de séjour, l’absence de communication de ces motifs dans le délai d’un mois n’a pas d’autre effet que de permettre au requérant de soulever, à bon droit, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet de la décision lui refusant implicitement ce titre de séjour mais ne constitue pas un acte faisant grief susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Var a implicitement rejeté sa demande tendant à la communication des motifs de la décision rejetant sa demande de titre de séjour sont irrecevables et doivent être rejetées.


Sur les conclusions de la requête tendant à l’annulation de la décision de refus de titre de séjour :

4. Au préalable, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. (…) ».

5. M. D... a sollicité, par un courrier du 2 mai 2023, réceptionné le 4 mai 2023 par les services de la préfecture du Var, son admission au séjour. En l’absence de réponse, une décision implicite de rejet de cette demande est née le 4 septembre 2023 conformément aux dispositions précitées de l’article R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Toutefois, par un arrêté du 4 septembre 2023, versé à l’instance, le préfet du Var a expressément refusé à M. D... le droit au séjour. Par suite, les conclusions de la requête doivent ainsi être regardées comme uniquement dirigées contre l’arrêté du 4 septembre 2023 qui s’est substitué à la décision implicite de rejet du même jour.
6. Aux termes de l’article L. 432-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète (…) ». Aux termes de l’article L. 432-14 du même code : « Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ».
7. En cas de consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, la possibilité pour l’étranger de faire valoir, devant la commission, les motifs qu’il invoque à l’appui de sa demande, si besoin assisté d’un conseil et d’un interprète, constitue pour lui une garantie. Dès lors, et sauf circonstance particulière rendant cette formalité impossible, ce qu’il appartient à l’autorité administrative de démontrer, l’absence de convocation de l’étranger à la réunion de la commission, qui doit se tenir dans les trois mois qui suivent la saisine de cette dernière, conformément à ce qui est prévu par les dispositions de l’article L. 432-15 du même code, entache d’illégalité la décision portant refus de titre de séjour. Il appartient en outre à l’autorité préfectorale, dès lors qu’elle décide de consulter la commission départementale du titre de séjour, de mettre en œuvre la procédure prescrite dans les formes et conditions fixées par les dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d’une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n’est de nature à entacher d’illégalité la décision prise que s’il ressort des pièces du dossier qu’il a été susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu’il a privé les intéressés d’une garantie.

9. Il ressort des pièces du dossier que, saisie par le préfet du Var, la commission du titre de séjour a émis, le 19 juillet 2023, un avis défavorable à la délivrance à M. D... d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Si l’arrêté attaqué mentionne que le requérant a été convoqué devant cette commission par courrier du 20 juin 2023 et qu’il a pu faire valoir ses observations orales devant elle, le préfet s’est toutefois abstenu de produire l’accusé réception de l’envoi du courrier de convocation daté du 20 juin 2023, alors que l’intéressé conteste avoir été destinataire de ce courrier. En outre, l’intéressé soutient, sans être contesté, qu’il a reçu un appel téléphonique de la part des services préfectoraux l’informant de la tenue de séance de la commission quatre jours plus tard, sans toutefois être destinataire d’un courrier de convocation portant la mention qu’il pouvait se faire assister d’un conseil de son choix. Dans ces conditions, faute de convocation régulière, et quand bien même M. D... était présent lors de la réunion de la commission, l’intéressé doit être regardé comme n’ayant pas été régulièrement informé de la possibilité d’être assisté d’un conseil devant la commission du titre de séjour, ce qui l’a privé d’une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure est fondé et doit être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède, et alors qu’aucun des autres moyens de la requête n’est susceptible d’entraîner l’annulation de l’arrêté attaqué, que M. D... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 4 septembre 2023.


Sur les conclusions accessoires :

En ce qui concerne les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

11. En l’espèce, eu égard au motif d’annulation retenu par le présent jugement, et aucun autre moyen n’étant de nature à entraîner l’annulation de la décision litigieuse, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Var, non pas de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité, mais de procéder au réexamen de la demande présentée par M. D... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte.

En ce qui concerne l’application de l’article L.761-1 du code de justice administrative :

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D... aurait déposé une demande d’aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. D... de la somme de 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le Préfet du Var a refusé de délivrer à M. D... un titre de séjour est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. D..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. D... une somme de 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au préfet du Var.


Délibéré après l'audience du 15 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,
- M. A... et Mme C..., premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2026.

La présidente-rapporteure,

Signé


M. BERNABEU


L’assesseur le plus ancien,
Signé
L. A...

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation, le greffier.

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