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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2304092

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2304092

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2304092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2023, M. E B, représenté par Me Lebreton, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) à titre principal d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Var de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la communauté de vie entre les parents, qui est établie par les pièces versées au dossier permet de justifier de l'entretien et de l'éducation pour sa fille A ;

- en outre, M. B produit un nombre important de factures du magasin Leclerc, qui démontrent qu'il a acheté du lait, des couches, de la nourriture et des affaires pour sa fille A ; ces factures ont débuté en 2020, l'année de naissance de sa fille A ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le centre de ses intérêts est en France et il est en mesure de justifier de la stabilité, de la réalité et de l'intensité de sa vie privée et familiale en France ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention Internationale relative aux Droits de l'enfant de 1989.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le requérant se trouve protégé contre l'édiction d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-3 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant n'a pas apporté d'éléments démontrant qu'il contribuait effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant à l'appui de sa demande de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 12 mars 2024, le rapport de M. Bailleux, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant de nationalité tunisienne né le 1er mars 1991 en Tunisie, marié, le 11 décembre 2018, à Mme C, Arlette D, ressortissante de nationalité française, indique être entré en France en 2020 afin de rejoindre son épouse. M. B, qui a eu deux enfants avec son épouse, nés respectivement le 19 octobre 2020 et le 14 octobre 2023, a fait une demande de titre de séjour en date du 2 février 2021 en qualité de parent d'enfant français, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Var a, par un arrêté daté du 17 novembre 2023, notifié au requérant le 23 novembre 2023, refusé la délivrance du titre de séjour à M. B et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Il s'agit des décisions attaquées dans la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". L'article 371-2 du code civil dispose que : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ". Enfin, l'article 215 du même code dispose que : " Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie. La résidence de la famille est au lieu qu'ils choisissent d'un commun accord. Les époux ne peuvent l'un sans l'autre disposer des droits par lesquels est assuré le logement de la famille, ni des meubles meublants dont il est garni. Celui des deux qui n'a pas donné son consentement à l'acte peut en demander l'annulation : l'action en nullité lui est ouverte dans l'année à partir du jour où il a eu connaissance de l'acte, sans pouvoir jamais être intentée plus d'un an après que le régime matrimonial s'est dissous ". Il appartient, dès lors, pour l'application de ces dispositions, à l'autorité administrative d'apprécier dans chaque cas sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et des justifications produites, si le demandeur contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant.

3. Le préfet du Var se borne à faire valoir que M. B n'a pas fourni les pièces au soutien de sa demande de titre de séjour tendant à démontrer qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant A, née le 19 octobre 2020. Toutefois, contrairement à ce que fait valoir le préfet du Var, il y a lieu de tenir compte des pièces produites et même établies postérieurement à la décision attaquée, mais qui révèlent ou confirment une situation antérieure à cette décision.

4. En l'espèce, le requérant fournit des factures d'électricité pour les mois de janvier et mars 2021 sur lesquelles son nom apparaît aux côtés de celui de son épouse. Il produit également son avis d'impôt sur les revenus de 2021, qui montre que les époux ont fait une déclaration d'impôts en commun. En outre, le requérant étant marié à Mme D depuis 2018, la communauté de vie due au mariage est présumée, selon les dispositions précitées de l'article 215 du code civil. Enfin, M. B fournit également à l'instance une attestation de la caisse d'allocations familiales du Var, indiquant que lui et son épouse ont perçu des allocations familiales en novembre et décembre 2021, et également pour toute l'année 2022 et également l'année 2023.

5. M. B produit ensuite, un nombre très important de factures de courses alimentaires et non-alimentaires, établies à son nom et réalisées dans un supermarché de Hyères, qui montrent qu'il contribue, de manière effective, à l'entretien de sa fille A, née le 19 octobre 2020, par l'achat, à partir du mois de novembre 2020 et postérieurement, en particulier d'aliments pour bébés, notamment du lait, ainsi que des couches pour son enfant. Ces factures couvrent en outre la période de novembre 2021 à novembre 2023, soit une période de deux ans avant la date de la décision attaquée. Si ces factures ont été établies postérieurement à la décision attaquée, ainsi qu'il a été vu précédemment, elles peuvent être prises en compte car elles révèlent une situation antérieure à cette décision.

6. Enfin, M. B fournit à l'instance une attestation de son épouse, Mme C D, dans laquelle celle-ci indique vivre avec son mari, qui l'aide financièrement, et qu'il contribue aux charges de la famille et de son enfant. Il produit également une attestation de son beau-père, M. D, qui atteste que sa fille réside avec M. B au 36 boulevard Riondet à Hyères et que celui-ci emmène sa petite-fille de temps en temps au parc.

7. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet unique motif de la décision est donc illégal et doit être censuré.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision du préfet du Var du 17 novembre 2023 portant refus de délivrance de titre de séjour, et ce sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par voie de conséquence, il y a lieu également d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet du Var a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il résulte de ce qui précède ainsi que du moyen d'annulation retenu et relatif à la légalité interne des décisions attaquées, qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de délivrer le titre de séjour sollicité par le requérant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de la demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : Les décisions du 17 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Var a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer un titre portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et dans l'attente de la délivrance de ce titre de lui délivrer un récépissé de la demande du titre de séjour sollicité.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. E B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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