Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2304163
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2304163 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Aide sociale |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023, Mme B D et M. A D doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 octobre 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la mutuelle sociale agricole Provence Azur a confirmé la décision du 21 octobre 2022 de la direction de la mutuelle sociale agricole Provence Azur (MSA Provence Azur) lui notifiant un indu de prime d'activité de 4 829,29 euros.
Ils soutiennent que :
- l'indu de prime d'activité procède d'une erreur dans les données qu'ils ont renseignées ; ils ont coché par erreur la case " travailleurs détachés " pour Mme D ;
- ils sont de bonne foi dès lors que l'erreur commise a été signalée à la MSA Provence Azur, qu'elle a tardé à être rectifiée et qu'ils ont toujours déclaré honnêtement et correctement leurs revenus dans les déclarations trimestrielles de ressources ;
- leur situation financière ne leur permet pas de rembourser l'indu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, la MSA Provence Azur conclut au rejet de la requête et, à titre reconventionnel, à la condamnation de M. D au paiement de l'indu notifié.
Elle fait valoir que :
- l'indu de prime d'activité est fondé ;
-une remise gracieuse de cette dette ne saurait être accordée, en l'absence de saisine préalable de la commission de recours amiable d'une telle demande.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C E ;
- et les observations de Mme D qui reprend et développe les moyens invoqués dans sa requête et souligne l'impossibilité dans laquelle se trouve son foyer pour rembourser l'indu en cause du fait de ses difficultés financières.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme D à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.M. D est exploitant agricole depuis le 1er décembre 2022 et bénéficiaire de la prime d'activité. Entre septembre 2018 et mai 2019 dans ses déclarations trimestrielles de ressources à la MSA, M. D déclare que son épouse est travailleur détaché depuis le 3 juin 2019. La prime d'activité est alors calculée en fonction de ses déclarations. En octobre 2022, Mme D informe la MSA que c'est par erreur qu'elle a été déclarée " travailleur détaché " et demande la rectification de cette erreur. Après un nouvel examen du dossier, par un courrier du 21 octobre 2022, un indu de prime d'activité de 4 829, 29 euros est notifié à M. D pour des primes d'activité perçues à tort sur la période du 1er juin 2021 au 30 septembre 2022. Le 12 novembre 2022, M. D saisit la commission de recours amiable de la MSA Provence Azur afin de contester l'indu notifié. Par courrier du 24 octobre 2023, M. D est informé par la MSA que la commission de recours dans sa séance du 13 septembre 2023 a confirmé l'indu de prime d'activité, après régularisation de la situation de son épouse et après rectification d'une erreur sur l'année de référence des revenus à prendre en compte pour le calcul de la prime d'activité. Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023, M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler l'indu de prime d'activité mis à leur charge.
2.D'une part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article R. 846-5 de ce code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. / () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".
3.Il résulte de l'instruction que l'origine de l'indu résulte d'une erreur commise dans les déclarations trimestrielles de ressources (DTR) en déclarant Mme D, depuis le 3 juin 2019 " travailleur détaché ", mais également d'un calcul erroné par les services de la MSA du droit à prime d'activité de M. D. Il ressort des termes du courrier du 24 octobre 2023 que la MSA aurait dû calculer la prime d'activité sur la base du micro BA 2020 de Monsieur D, outre les autres ressources du foyer, alors que, jusqu'à la détection de l'erreur en octobre 2022, le droit à prime d'activité a été calculé sur la base du micro BA 2019. Pour contester l'indu mis à leur charge, M. et Mme D, qui font valoir qu'ils reconnaissent avoir commis une erreur en déclarant madame comme " travailleur détaché " et qu'ils l'ont eux-mêmes signalé à la MSA, qui a mis du temps pour rectifier cette erreur et a continué à verser la prime d'activité, doivent être regardés comme invoquant leur bonne foi. Outre leur bonne foi, ils invoquent leur situation financière difficile, au demeurant non justifiée, qui ne leur permet pas de rembourser la somme en cause. Toutefois, les moyens tirés de la bonne foi et de la situation précaire de M. et Mme D ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions de leur requête qui tendent à l'annulation de l'indu de prime d'activité, ces moyens n'étant opérants que dans un recours formé contre un refus de remise gracieuse de l'indu. Dès lors, ces moyens ne peuvent qu'être écartés et les conclusions à fin d'annulation rejetées.
4.Il résulte de l'instruction et des observations présentées à l'audience que M. et Mme D n'ont pas demandé la remise gracieuse de l'indu de prime d'activité mis à leur charge ainsi qu'ils le peuvent sur le fondement des dispositions précitée de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale. Il leur appartiendra, s'ils s'y croient fondés, de présenter une telle demande à la MSA en vue d'obtenir la remise totale ou partielle de leur dette, en justifiant de leur bonne foi et de la précarité de leur situation financière. A tout le moins, ils peuvent demander à la MSA, un échelonnement du remboursement de la somme en cause.
Sur les conclusions reconventionnelles de la MSA :
5.En application du principe selon lequel une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la MSA n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner les requérants au paiement des sommes qui leur sont réclamées, dès lors, notamment, qu'elle dispose du pouvoir d'émettre une contrainte qui, sauf opposition fondée, comportent les effets d'un jugement, pour le recouvrement desdites sommes.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la MSA sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B D et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
copie de la présente décision sera adressée à la Mutualité sociale agricole Provence azur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024 .
La présidente-rapporteure
Signé
Mme E La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière,
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