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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2304212

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2304212

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2304212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, Mme B C, représentée par Me Callen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à compter de la notification de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est entrée régulièrement sur le territoire français au début de l'année 2016 ; après être régulièrement entrée en Italie en 2014 et avoir résidé à Bologne ;

- elle a déposé un dossier de demande de titre de séjour aux services de la préfecture du Var le 16 avril 2021 ;

- elle a donné naissance à un fils né à Florence en 2010, aujourd'hui âgé de 13 ans et scolarisé au collège Peiresc de Toulon ; elle a donné naissance, le 2 décembre 2020, à un second enfant aujourd'hui âgé de 3 ans et scolarisé en maternelle depuis la rentrée scolaire 2023 ; elle s'est mariée le 22 août 2016 à M. A D et a divorcé le 13 août 2020 par un jugement du tribunal judiciaire de Toulon ; ses deux enfants n'ont de lien de filiation établi qu'à l'égard de leur mère et ils vivent avec elle ;

- faute de justification de la compétence du signataire, M. Lucien Giudicelli, l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en ce que les circonstances aggravantes des faits de violences ne sont pas explicitées dans la décision attaquée ; en outre la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la condamnation pénale est ancienne car elle date de 2018 ; en outre, la peine prononcée de 8 mois d'emprisonnement avec sursis n'atteint pas le seuil de gravité permettant de caractériser une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; ses deux enfants sont nés et vivent depuis toujours sur le sol européen et sont scolarisés en France depuis l'origine ; l'intérêt supérieur des enfants commande de ne pas permettre de lui opposer la délivrance de titre de séjour et encore moins la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 9 avril 2024, le rapport de M. Bailleux, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C est une ressortissante de nationalité marocaine, née en 1982, qui est entrée en France le 23 novembre 2016, selon ses déclarations. Elle a eu un premier refus de délivrance de titre de séjour en 2017 et s'est maintenue sur le territoire français depuis cette date. Elle a déposé une nouvelle demande en avril 2021, qui a donné lieu à l'arrêté du 23 novembre 2023 portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Il s'agit des décisions attaquées dans la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R.613-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

3. En l'espèce, l'arrêté du 23 novembre 2023 est signé par M. Lucien Guidicelli, secrétaire général de la préfecture, pour le préfet et par délégation. En outre, le préfet du Var produit à l'instance l'arrêté préfectoral n°2023/47/MCI du 21 août 2023, portant délégation de signature à M. Lucien Giudicelli, qui indique à son article 2 : " Sans préjudice des dispositions de l'article 45 du décret n°2004-374 du 29 avril 2004 susvisé relatif aux compétences du secrétaire général de la préfecture en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, délégation de signature est donnée à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, sous-préfet de l'arrondissement de Toulon, à l'effet de signer : - tous actes, décisions, recours juridictionnels, saisines juridictionnelles, notamment en matière de police des étrangers () ". Par ailleurs, le préfet du Var apporte la preuve que cet arrêté de délégation a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°156 du 21 août 2023 et était donc opposable au moment de la décision attaquée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent pour signer cette décision. Ce premier moyen doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En outre, l'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La requérante, à l'appui de ce moyen d'insuffisance de motivation, se contente d'indiquer que la décision attaquée ne fait pas apparaître les circonstances aggravantes de sa condamnation le 14 novembre 2018 par le tribunal correctionnel de Toulon à 8 mois d'emprisonnement avec sursis.

6. Toutefois, la décision attaquée cite les dispositions en droit sur lesquelles elle se fonde, en l'espèce les articles L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les articles L. 432-13 et L. 432-15 du même code. Cette décision indique ensuite que Mme C a pu faire valoir ses observations devant la commission du titre de séjour qui s'est réunie le 14 novembre 2023 pour statuer sur son cas. Elle poursuit en indiquant que cette commission a émis un avis défavorable à la délivrance du titre de séjour. La décision rappelle que Mme C s'est fait connaître défavorablement des services de police et de gendarmerie en novembre 2018 et juin 2022, pour des faits de violences aggravées par 2 circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours et de violences habituelles sur un mineur de 15 ans n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à 8 jours. La décision en litige fait état de la situation personnelle et familiale de Mme C, qui est célibataire et mère de deux enfants de nationalité marocaine, et qui n'est pas dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, le Maroc. Il résulte de ce qui précède que la décision en litige fait apparaître les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de prendre en compte la nature, la gravité ainsi que le caractère récent ou non des infractions pour apprécier l'atteinte à l'ordre public, qui s'apprécie au moment de la décision attaquée.

8. En l'espèce, la requérante soutient que la peine prononcée de 8 mois d'emprisonnement avec sursis n'atteint pas le seuil de gravité permettant de caractériser une menace à l'ordre public. Toutefois, la menace à l'ordre public s'apprécie au regard du comportement de la personne actuel et prévisible et prend en compte un ensemble d'éléments, et ne se fonde pas exclusivement sur les condamnations et leurs durées pour savoir si une personne représente une menace à l'ordre public. En outre, il n'est pas contesté que la requérante a été condamnée à 8 mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel le 14 novembre 2018 en raison de violences commises avec deux circonstances aggravantes de personne en état d'ivresse et avec armes, un couteau et une arme par destination. Par ailleurs, si la requérante poursuit en soutenant que cette condamnation est ancienne, il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C a commis une récidive en juin 2022 en se faisant connaître de la police pour des faits de violences habituelles sur mineur de 15 ans, même si cette fois ces faits n'ont pas donné lieu à une condamnation. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante soit fondée à soutenir que le préfet du Var aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En outre, l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant, adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Le préfet du Var fait valoir que la requérante est célibataire et qu'elle n'a pas transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français. Il poursuit en faisant valoir qu'elle ne présente aucun élément susceptible de caractériser son intégration dans la société française, notamment professionnelle, associative, sportive ou culturelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C justifie de liens importants, durables et stables sur le territoire français, au regard de leur ancienneté, intensité et stabilité. Si Mme C soutient que la décision attaquée est susceptible de porter atteinte à l'intérêt supérieur des enfants, qui sont nés et vivent depuis toujours sur le sol européen, la décision attaquée n'aura pas pour effet de séparer les enfants de leur mère, ceux-ci pouvant très bien poursuivre leur scolarité au Maroc et suivre leur mère, au cas où l'obligation de quitter le territoire français serait mise en œuvre.

11. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant des Nations unies.

12. Il résulte de ce qui précède que tous les moyens de la requête ayant été écartés, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de cette requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la présente requête doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, soit condamné à payer quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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