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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2304216

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2304216

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2304216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 décembre 2023 et 19 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Ben Hassine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer le certificat de résidence d'un an " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien dès lors que le préfet du Var n'a pas pris en compte l'ancienneté de son séjour, ses attaches privées et familiales et son insertion socio-professionnelle ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation à l'aune des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- et les observations de Me Ben Hassine représentant Mme C, présente à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 19 mai 1970 à Ain-Tedles, allègue être entrée sur le territoire français le 20 août 2015 sous couvert d'un visa touristique maltais valable jusqu'au 20 octobre 2015. Le 1er août 2022, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 16 novembre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). ".

3. Mme C est veuve, mère de cinq enfants, tous nés dans leur pays d'origine et majeurs à la date de l'arrêté. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est présente de manière épisodique sur le territoire français depuis 2016 et travaille depuis juin 2020 en tant qu'aide-ménagère. L'intéressée soutient avoir été hébergée par M. E avec lequel il est constant qu'elle a été pacsée. Cependant, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle entretient avec lui, à la date de l'arrêté, une communauté de vie ou des liens particuliers. De plus, l'intéressée soutient sans l'établir que ses aînés l'ont rejoint en France en 2020 alors, au demeurant, qu'ils ont chacun fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire, assorties d'interdiction de retour pour B D et Imad Eddine. Elle n'établit pas davantage qu'elle s'occupe des deux enfants de son fils B D. En outre, si elle se prévaut du séjour régulier de son cadet devenu majeur, il n'est cependant pas contesté qu'il réside dans la Vienne et qu'elle n'entretient aucun lien particulier avec lui. Enfin, les seules circonstances qu'elle travaille depuis 2020 et que ses employeurs louent, par des attestations, ses qualités professionnelles ne suffisent pas pour établir que l'intéressée a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Au demeurant, en cas de retour dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie, Mme C ne sera pas privée de tout lien avec ses petits-enfants qu'elle pourra continuer à voir lors de ses séjours en France. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Var fait une inexacte application des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, qu'il a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il a commis une erreur manifeste d'appréciation à l'aune des conséquences sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par conséquent, ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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