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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2400016

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2400016

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2400016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er janvier 2024, M. A B, représenté par Me Ben Hassine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a fixé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en examinant sa situation à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit à l'aune de l'article R. 5221-20 du code du travail fixant les critères de refus d'un changement de statut de travailleur saisonnier à travailleur salarié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- et les observations de Me Ben Hassine représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 12 juin 1982 à Karia Azghoul Temsamane, est entré sur le territoire français le 6 février 2020 sous couvert d'un visa D " travailleur saisonnier " et a obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable en qualité de travailleur saisonnier valable du 10 juin 2020 au 9 juin 2023. Le 24 mars 2023, l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour avec changement de statut. Par un arrêté du 27 novembre 2023, le préfet du Var a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article L. 412- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

3. Il résulte de la combinaison des textes précités que, si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention salarié est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié reste subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la condition prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la production par ces ressortissants d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois.

4. En l'espèce, pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour formée par M. B, le préfet du Var a notamment considéré, sur le fondement de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (anciennement L. 313-2 du même code), que l'intéressé n'a pas produit de visa long séjour conformément à ces dispositions. A cet égard, si l'intéressé soutient qu'il n'avait pas à produire de visa ayant été titulaire d'une carte pluriannuelle de séjour et bénéficiant, à la date de l'arrêté attaqué, d'un récépissé de sa demande de titre de séjour avec changement de statut, il résulte cependant des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vertu desquelles l'étranger s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, que le titre de séjour saisonnier n'a pas pour objet, ni pour effet, d'autoriser son titulaire à résider régulièrement sur le territoire. Par suite, le préfet a pu légalement refuser de délivrer un titre de séjour au requérant pour ce seul motif.

5. Au surplus, si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de droit en refusant de lui accorder un changement de statut à l'aune des critères fixés à l'article L. 5221-20 du code du travail, ces dispositions sont relatives à l'octroi d'une autorisation de travail et il n'appartient pas au préfet du Var, dans le cadre des demandes de titre de séjour, d'en assurer le respect. En outre, le préfet du Var a pu légalement opposer à l'intéressé qu'il n'a pas produit de contrat de travail visé par les autorités compétentes en application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain précité.

6. En second lieu, les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, qui prévoient la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, font obstacle à l'application aux ressortissants marocains des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles prévoient la délivrance d'un titre de séjour salarié. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. En l'espèce, la circonstance que le préfet du Var a examiné la demande de titre de séjour de M. B à l'aune des dispositions relatives aux travailleurs saisonniers ne fait pas, par ailleurs, obstacle à l'usage de son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dès lors, le préfet du Var, qui mentionne dans son arrêté les circonstances de fait et de droit propre à la situation de l'intéressé, n'a pas entaché son arrêté d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B. Au surplus, le requérant n'établit ni même n'allègue que le préfet du Var a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour, au demeurant non sollicitée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a fixé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Par conséquent, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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